Le fait d’avoir rempli récemment des dossiers d’évaluation de personnel et d’avoir ensuite discuté avec des responsables de projets extraordinaires menés à terme (ou bien engagés) avec des ressources misérables m’a amené à me poser des petites questions amusantes. Sur la place relative de l’efficacité (atteinte d’un objectif sans précision des moyens utilisés, selon Wikipédia) et de l’efficience (qualité d’un rendement permettant de réaliser un objectif avec le minimum de moyens engagés, selon la même source).
Il me semble que dans l’ensemble, les bibliothèques ne sont pas si inefficaces que ce que l’on veut bien dire. Les choses avancent, même si ces avancées reposent souvent sur les épaules d’individualités. Mais que le ressenti est différent car nous nous situons dans une société de l’efficacité et pas de l’efficience. Peu importe que l’on fasse bien son travail compte tenu des possibilités, l’importance est dans le résultat brut. Voire dans la visibilité du résultat brut.
Illustration de ce ressenti personnel ? Histoire que ça parle à tout le monde, prenons un exemple trivial, celui du championnat de France de football. Quels sont les grands clubs ? Lyon, l’OM, le PSG, Bordeaux, me direz-vous…
Classement de l’efficacité cette saison : 1/ Bordeaux 2/ OM 3/ Lyon
Voici maintenant le classement de l’efficience (en points par million d’euros de budget)
1. Auxerre 2,20 (classement au championnat : 8e)
2. Toulouse 1,83 (4)
3. Grenoble 1,76 (13)
4. Lorient 1,61 (10)
5. Nice 1,56 (9)
6. Valenciennes 1,47 (12)
7. Rennes 1,45 (7)
8. Le Mans 1,33 (16)
9. Lille 1,28 (5)
10. Bordeaux 1,23 (1)
11. Caen 1,16 (18)
12. Nancy 1,07 (15)
13. Le Havre 1,04 (20)
14. Sochaux 0,93 (14)
15. OM 0,91 (2)
16. Monaco 0,90 (11)
17. Nantes 0,88 (19)
18. PSG 0,85 (6)
19. Saint-Etienne 0,67 (17)
20. Lyon 0,46 (3)
Classement bien différent, donc. Intéressant en ce qu’il ne s’agit pas simplement de faire l’apologie des petits : un peu efficace (même aux moyens limités) reste parfois peu efficient (St Etienne passe de la 17e à la 19e place ; Nantes de la 20e à la 17e) et un efficace peut être efficient (Toulouse de la 4e à la 2de place). Des rapprochements amusants se font (l’OM et Nantes à égalité dans ce classement ; 2e et avant-dernier dans l’officiel).
[Après, il est évident qu'un budget trop important est un désavantage : seul un club possédant moins de 52 millions d'euros de budget peut atteindre la performance d'Auxerre puisqu'un club ne peut obtenir plus de 114 points en une saison (38 victoires à trois points).]
Conclusion : Auxerre, Toulouse, Grenoble font bien leur travail (et méritent la Ligue des champions !) mais tout le monde s’en fout parce qu’ils le font à trop petite échelle. Le PSG ou Lyon le font mal mais tout le monde s’en fout parce que leur budget leur permet de gaspiller et de paraître tout de même bons (efficaces).
J’ai tendance à voir cela comme un reflet de la vraie vie : l’important n’est pas de bien faire avec ce qu’on a mais d’avoir beaucoup (même si on fait mal). Et voilà pourquoi les bibliothèques sont mal barrées…
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