Archives de 21 octobre 2009

L’anonymat du conservateur

Ce billet est double car il a une double origine :

*d’une part une brève dans Livres Hebdo indiquant que je ne sais quel éditeur créait une nouvelle collection : celle-ci porte le nom de son directeur, qui doit être connu à peu près des 0,001% de la société vivant entre Saint-Germain-des-Prés et Saint-Michel – et encore.
Et la fréquentation de théâtres où la mention du directeur est quasi systématique, jusqu’à être intégrée au logo !

*d’autre part, la difficulté que j’éprouve souvent en tant que lecteur à trouver un véritable contact sur le site d’une bibliothèque. Établir un lien avec le responsable du fonds ancien/réserve etc.

Traitons donc les deux points, qui me semblent liés :

1/ Jouer sur les noms (des directeurs), jusqu’à les considérer comme une marque (?)

Je me garderais bien de proposer quoi que ce soit à ce sujet

Proposition de logo pour la BnF

Proposition de logo pour la BnF

Il s’agit là de stratégies de communication sur lesquelles je ne voudrais pas me prononcer sans avoir vu de vraies études.

En revanche, il est tout de même troublant que le type de logo ci-dessus/dessous paraisse parfaitement saugrenu à un bibliothécaire alors que la pratique est monnaie courante dans de très nombreux domaines d’activité.

Sans vouloir trop lourdement appuyer sur la maladive timidité du bibliothécaire, non plus que sur les larges chevilles du théâtreux moyen, à l’heure où on insiste sur la notion de service et de médiation, on peut tout de même trouver étrange ce retrait systématique et ce refus de jouer le jeu des médias. Ce n’est pas forcément mal mais c’est en tout cas le symbole d’une culture très particulière de la profession.

Proposition de logo pour la Mazarine

Proposition de logo pour la Mazarine

On me dira que les directeurs de théâtre, souvent metteurs en scène, influent plus sur l’institution dont ils ont la charge qu’un directeur de bibliothèque. D’abord c’est à voir : on voit bien souvent des changements radicaux (en bien ou en mal… ou les deux) lors de changements de directeurs. Ensuite, quand bien même cela serait, ce ne serait qu’un signe supplémentaire de la transparence demandée au conservateur, de son anonymat obligé.

2/ Se présenter ; être disponible

En revanche, le second point me semble plus important. Quand je vais en bibliothèque, j’aime savoir à qui j’aurai affaire. On ne demande pas les mêmes choses à un conservateur spécialiste de la période qui nous intéresse, à un conservateur qui connaît mal ladite période et à un magasinier. Non qu’on ne puisse poser la question aux trois mais on la posera différemment. Et savoir à qui on s’adresse évitera bien des malentendus – mettre mal à l’aise un non-spécialiste en lui posant des questions trop précises / donner l’impression au spécialiste qu’on le prend pour un idiot parce qu’on prend trop de gants pour poser une question.

Certes, certaines bibliothèques offrent un contact aisé et pratique : on trouve en cherchant un peu celui de responsable de la Réserve sur le site de la BSG et la répartition des tâches apparaît sur celui de l’Institut.

Mais on oscille souvent entre le trop peu – sur le site de la Mazarine apparaît uniquement le nom du directeur et pas ceux des conservateurs des livres anciens – et le trop – l’annuaire de la BIUM où quatre noms sont donnés pour le service, sans possibilité pour le lecteur de savoir qui fait quoi (ne serait-ce que savoir qui est le chef de service).

Surtout, rien à la BnF où, du coup, les relations avec les présidents de salle sont souvent très étranges voire pleines de malaise ; rien non plus à l’Arsenal.

Au-delà du contact, la présence d’un CV ne serait pas forcément de trop. La pratique est presque systématique pour les universitaires, pourquoi ne l’est-elle pas pour les conservateurs ? A-t-on peur de pouvoir instaurer des relations avec les lecteurs ?

Encore une fois, on ne peut pas à la fois tenter de faire passer les bibliothèques pour des lieux de service où la richesse vient autant des hommes que des collections et cacher ces hommes aux lecteurs, les rendre le plus transparents possibles et ainsi faire obstacles à des relations professionnelles auxquelles les deux parties auraient à gagner.

La richesse humaine des bibliothèques est immense : n’ayons pas honte de la mettre en valeur.


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