Archives de décembre 2009

Pourquoi n’avons-nous pas d’outils adaptés ?

Les personnes, qu’elles soient chercheuses ou bibliothécaires – en tout cas bibliographes – qui doivent régulièrement collationner des ouvrages le savent : la tâche est longue et fastidieuse. Pas seulement parce qu’on revient avec les mains toutes noires de la poussière qui s’est déposée lors des trois derniers siècles. Mais également car détecter des différences entre deux exemplaire est extrêmement difficile. Et pourtant, la détection de ces earmarks (euh, existe-t-il un terme français ?) est très utile pour s’assurer de l’appartenance de deux ouvrages à la même édition ou au contraire comprendre les méthodes de travail d’un atelier à partir des corrections sous presse.

Personnellement, je me borne à les relever sur les numéros de page et les signatures car il n’est tout simplement pas possible, en dehors d’une étude de longue haleine, de lire l’intégralité du texte de chaque exemplaire d’un livre.

Il existe pourtant des méthodes afin de collationner deux livres de manière plus ou moins automatisée. La plus ancienne est peut-être le collationneur Hinman [pas d'article sur la wikipédia francophone... soupir... : bon, je m'y collerai]. Inventé à la fin des années 1940 par Charlton Hinman, cette machine permet par un habile jeu de miroirs de superposer l’image de deux livres posés devant soi afin de faire apparaître les différences de composition : il a servi à des travaux de grande précision sur le folio de 1623.

Mais cela n’est pas très pratique. D’une part, la machine est complexe, coûteuse et fragile. D’autre part, elle ne permet de comparer que deux exemplaires présents dans une même bibliothèque. Or, on a surtout besoin de comparer un exemplaire de la BnF et un de la Méjanes (c’est un exemple) : étrangement, ces bibliothèques ne proposent pas le PEB sur les livres du XVIIe siècle…

En revanche, l’informatique vient encore une fois à notre secours. Rien de plus facile que de superposer deux photographies dans un logiciel de traitement d’image (The Gimp, Photoshop, etc.). Il faudrait peu de chose pour améliorer cela : une interface pratique qui fasse le travail de préparation/superposition des photos de manière rapide, comme cet outil utilisé pour comparer des photographies.

C’est ce sur quoi travaille actuellement un groupe de recherche du Center for Digital Humanities at the University of South Carolina, constitué à la fois d’informaticiens et d’historiens du livre et de la littérature (ainsi que d’étudiants). Le projet Sapheos va permettre de créer une interface qui facilitera ces comparaisons. Développé en opensource, le logiciel permettra de superposer des images même si leur taille et leur luminosité diffèrent, même si certaines pages sont courbes, etc.

[je vous conseille d'aller voir les captures d'écran sur leur site. Je ne les reproduis pas ici car cela serait contraire au droit d'auteur en l'absence de fair use dans le droit français. Le droit d'auteur à la française n'évolue pas car la plupart des gens s'assoient dessus et ne voient donc pas la nécessité de le réformer : personnellement, je décide de le respecter 1/car c'est la loi 2/pour montrer son absurdité dans de très nombreux cas]

Ne reste plus qu’à permettre aux lecteurs de prendre des photographies de bonne qualité, éventuellement grâce à un scanner en libre service. On en trouve désormais pour à peine 10 000 euros.

Tout cela est réjouissant et va dans le bon sens. Mais demeure tout de même une question : pourquoi avons-nous dû attendre 2010 pour disposer de cet outil ? Et pourquoi dépend-on des Etats-Unis pour cela ? Les bibliothèques ne devraient-elles pas aussi être des centres de recherche et développement afin de mieux servir le lecteur et de soi-même disposer des outils nécessaires à son travail ?

[Billet largement écrit à partir d'une discussion sur la liste Exlibris]


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