Archive pour la catégorie 'Histoire du livre et des bibliothèques'

Colloque Bibliothèque de socio du CNRS (2)

Deuxième étape, constituer un comité scientifique.

À quoi ça sert ?

Un tel comité est certes très décoratif mais il peut également posséder une véritable utilité. Il s’agit de regrouper un certain nombre de personnes, si possible faisant référence dans leur domaine.
Il possède un rôle consultatif pour déterminer les grandes lignes que devra suivre le colloque d’un point de vue scientifique.
Notamment :
*s’exprimer sur l’appel à contribution (et proposer des modifications, le reprendre, le préciser etc.)
*choisir les (ou contribuer au choix des) propositions de contributions retenues

N’hésitons pas à lever le voile, c’est également une caution scientifique “pour faire sérieux”. On n’est pas dans le “vu à la télé” mais dans le “avec le soutien de [tel chercheur important]“.

Application à notre cas

Nous nous sommes fixé comme objectif avec Olivier Martin de diversifier les approches et que cela apparaisse dans le comité scientifique. Un tel comité n’est évidemment pas que scientifique et il y a donc également quelques susceptibilités à ménager…

Dans l’ensemble, les gens nous ont répondu avec une gentillesse et une disponibilité charmantes. Bien qu’on m’en parle beaucoup (en dehors du monde universitaire), je n’ai pas eu la joie de rencontrer le mandarin aigri et méprisant.

Nous sommes donc arrivés à la liste suivante :

Comité d’organisation :

*Jean-Christophe Marcel, maître de conférence à l’université Paris-Sorbonne
*Olivier Martin, professeur à l’université Paris Descartes
*Rémi Mathis, conservateur à l’université Paris Descartes-CNRS

Représentants des bibliothèques et de l’université :

*Sylvia Bozan, ingénieur de recherche au CNRS
*Jérôme Kalfon, conservateur général, directeur des bibliothèques universitaires
*François de Singly, professeur, directeur du CERLIS
*Bernard Valade, professeur, directeur de l’école doctorale

Historiens des bibliothèques et des pratiques intellectuelles

*Anne-Marie Bertrand, conservateur général, directrice de l’enssib
*Roger Chartier, professeur au Collège de France
*Christian Jacob, directeur de recherche au CNRS
*Martine Poulain, conservateur général, directrice de la bibliothèque de l’INHA

Historiens des sciences humaines

*Jean-Michel Chapoulie, professeur émérite à l’univ. Paris I Panthéon-Sorbonne
*+ O. Martin et J-C. Marcel

Sachant qu’O. Martin, J-C. Marcel, F. de Singly, B. Valade et M. Poulain sont sociologues, ce qui permet à la fois de prendre en compte la spécificité disciplinaire de la bibliothèque et de travailler sur un axe sociologique de la fréquentation des bibliothèques. Que S. Bozan, J. Kalfon, M. Poulain, A.-M. Bertrand et R. Mathis sont bibliothécaires. Que R. Chartier, Ch. Jacob, A.-M. Bertrand, J.-M. Chapoulie et R. Mathis sont historiens. Tout ça fait pas mal de compétences (on se sent petit, hein ? on aurait dû prendre des nuls pour avoir moins l’air bête auprès d’eux…) et permet de croiser les approches.

Axel Kahn, président de l’université Paris Descartes, a décliné l’invitation à entrer au comité scientifique pour des raisons d’emploi du temps mais fera certainement l’allocution d’ouverture ou la conclusion du colloque (si le temps le permet).

Maintenant que nous avons ce beau monde, reste à leur proposer un appel à communication et des pistes de recherche précises.

[à suivre]

Colloque Bibliothèque de socio du CNRS (1)

Je poursuis le propos engagé dans le billet précédent sur les activités de recherche que l’on peut mener en BU, à travers un exemple que je connais assez bien : le mien.

Après avoir entrevu un travail à engager, il s’agissait de
1/s’assurer de son intérêt scientifique (petite biblio sur l’histoire des bibliothèques de recherche dans la seconde moitié du XXe siècle ; une autre sur l’histoire de la sociologie française dans les années 1930-1960)

2/insérer cela dans les objectifs généraux de la bibliothèque et du SCD

3/obtenir l’assentiment de mes supérieurs (SCD + CNRS)

4/trouver des partenaires et intéresser d’autres personnes que moi

Ergo :
1/oui, je pense que le colloque amènera vraiment des choses. Sa position au carrefour de questions historiques, sociologiques et bibliothéconomiques est utile (j’y reviendrai quand je parlerai de l’appel à contributions)

2/pas difficile car
*c’est un événement (oui, je sais, c’est stupide mais nous sommes dans un monde où l’événement possède une valeur en soi)
*cela donne de la visibilité à la bibliothèque au sein de l’UFR : nous sommes un partenaire scientifique à part entière, capable de mener des projets. Cela paye puisqu’un enseignant rencontré à cette occasion nous a depuis proposé un fonds d’archives scientifiques.
*des sociologues ignorent encore que la bibliothèque de sociologie du CNRS existe encore mais a fusionné avec Paris Descartes et que ses fonds sont disponibles au centre de Paris : ils en entendront parler grâce au colloque
*nous valorisons nos fonds, les faisons connaître et en profitons pour programmer des travaux dessus (fonds Maurice Halbwachs, fonds en anglais ramené par Georges Gurvitch, archives de la bibliothèque elle-même etc.)
*cela donnera lieu à une publication sur laquelle se fonder pour ensuite promouvoir la bibliothèque
*cela évite au conservateur de déprimer en remplissant les dossiers d’évaluation du personnel (et autres tâches d’un intérêt fou) : il gagne donc en productivité…

3/Pas de problème, j’ai la chance d’être très libre dans mon travail et de bosser avec des gens intelligents.

4/Pas de problème non plus. J’en ai parlé lors d’un rendez-vous (au sujet de la bibliothèque en général) avec François de Singly et Olivier Martin. Ce dernier, qui a travaillé sur l’histoire des sciences sociales, se montre intéressé. Il donne des pistes et en parle à un de ses amis. Nous sommes rapidement d’accord pour organiser le colloque à trois (Jean-Christophe Marcel (maître de conf à Paris 4), Olivier Martin (professeur à Paris Descartes) et moi-même).

Prochaine étape : constituer un comité scientifique et lui proposer un appel à communication pour qu’il l’amende.

[à suivre]

Res, non verba

S’il y a un point sur lequel je suis d’accord avec la plupart des biblioblogueurs, c’est sur la propension des bibliothécaires à perdre un temps fou en discussion avant de prendre la moindre décision. Ô combien de réunions dont on sort sans que chaque personne sache ce qu’il doit faire avant la prochaine rencontre ni de date pour cette prochaine rencontre… D’après mon directeur vénéré, il s’agirait d’un trait plus typiquement SHS-ien que duro-scientifique, ce qui est fort probable car j’ai cru rencontrer certains profs de la fac dont ma bibliothèque dépend qui ont le même travers.

Cela est d’autant plus surprenant pour moi que, en dehors de mes études, j’ai été formé à l’école de Wikipédia : là, quand quelque chose cloche, on ne va pas se plaindre à quelqu’un mais on répare, tout seul ou en demandant l’aide d’un autre contributeur. Neuf fois sur dix on agit et la validation vient a posteriori ; il est très rare qu’une action faite de bonne foi par un contributeur ne soit pas acceptée par la communauté. Si c’est le cas, il existe des lieux de prise de décision (pages de discussion de l’article ou du contributeur, projets, “prises de décision”, etc.), de manière rapide et légère. Et si un contributeur se trompe par manque d’expérience, méconnaissance des sources ou incapacité à utiliser les outils, on corrige son travail, on le forme, on le conseille. L’efficacité est aussi maximale parce que se tromper ne signifie pas être marqué au fer rouge pour la vie entière : on se trompe souvent mais on corrige plus souvent encore.

Rédiger un blog fait courir le risque de tomber dans ce travers : beaucoup parler sans faire grand chose. Voire beaucoup parler sans se fonder sur une connaissance véritable, comme me le fait justement remarquer DJB dans les commentaires du billet précédent. Pour éviter cet écueil et continuer à approfondir la réflexion sur les conservateurs et la recherche, je vais vous entretenir pendant plusieurs mois d’un projet qui me tient à coeur : l’organisation d’un colloque sur l’histoire de la bibliothèque de sociologie du CNRS.

Comme vous l’avez sans doute compris, je considère que le boulot d’un conservateur n’est pas seulement de faire des plannings ou un budget. Or, en arrivant dans la bibliothèque dont je suis responsable (à la suite de rocambolesques aventures sur lesquelles je ne reviendrai pas ici par charité janséniste), je me suis trouvé face à un fonds spécialisé de très grande qualité. Je ne suis pas du tout spécialiste de la matière (mais je continue à penser qu’il est important de l’être – et je travaille pour cela) mais je suis en revanche très intéressé par l’histoire des bibliothèques et, d’une manière générale, celle des pratiques intellectuelles. En couplant l’étude de ces dernières avec de l’histoire administrative, on arrive assez rapidement à se dire qu’il y a quelque chose à creuser par là.

Récapitulons :
*des fonds qui ont une histoire originale (bibliothèque du premier vrai labo de sociologie français)
*des lecteurs qui ont utilisé ce fonds pour refonder la socio française au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (c’est en tout cas la geste héroïque que l’on se raconte chez les sociologues, nous nuancerons certainement)
*une bibliothèque portant sur une discipline en pleine structuration institutionnelle pendant les années 1950-1960
*encore beaucoup à faire de toute façon sur l’histoire des bibliothèques de recherche, terra pas loin d’être incognita et qu’on ferait bien d’un peu mieux cogniter

Nous avons donc là l’ébauche d’un sujet.

[à suivre]