La mission Tessier a remis ce mardi 12 janvier son rapport au ministre de la Culture. Ses conclusions ne sont pas d’une grande originalité et viennent bien plutôt préciser les rapports de force politiques actuels sur la position à adopter vis-à-vis de Google et de Gallica.
Cela est certes très intéressant et j’espère faire le point dans un prochain billet.
Mais je crois que ce rapport est également important en ce qu’il participe du tournant qui est en train d’être pris dans les bibliothèques, en faveur des partenariats et de la dissémination des données.
Le rapport affiche rapidement la nécessité de prendre comme point de départ les pratiques réelles des internautes (p. 8), y compris en prenant en compte ces réseaux sociaux (p. 9) que certains battent froids ou considèrent comme peu sérieux.
C’est-à-dire que, contrairement à des pratiques encore trop répandues, on n’attende pas que le public daigne venir sur notre site (inconnu et mal fagotté) mais qu’on lui donne une véritable visibilité par de réelles actions.
Ceci pose donc la question de la place du patrimoine écrit sur Internet (p. 22) :
Il conviendra donc de veiller à ne pas numériser pour numériser, mais d’assurer l’accès à ces fonds numérisés, ce qui implique de réfléchir très en amont à la façon dont les documents pourront être trouvés, c’est-à-dire visibles, sur l’internet. Une réflexion approfondie sur l’ensemble des moyens permettant cette visibilité numérique (référencement, indexation, citations dans des blogs ou des sites communautaires, etc.) devra donc être engagée
Cela devra passer par un travail sur les outils qui existent actuellement. L’amélioration de l’ergonomie, de l’"utilisabilité" de Gallica est nécessaire, par "de nouvelles fonctionnalités, davantage orientées vers les aspects participatifs et communautaires", pour qu’on puisse s’y balader et pas seulement aller chercher le livre dont on a besoin, en en frémissant d’avance. L’amélioration du moteur de recherche interne de Gallica (prévu) également : un de mes grands plaisirs, en bibliothèque, est de voir des employés vérifier que le livre que je demande n’est pas disponible sur Gallica [on ne va tout de même pas me le donner si un autre exemplaire est numérisé... des fois que je l'abîme]. Ils entrent alors "Andilly" dans la recherche auteur et trouve… rien. Il fallait taper "d’Andilly", sinon la recherche échoue. Sic.
Mais cela passera aussi par des pratiques qui se mettent actuellement lentement en place : l’acceptation que l’expertise sur les documents se trouve plus chez les milliers de lecteurs que chez les quelques bibliothécaires et, partant, la nécessité de permettre aux premiers d’enrichir description et organisation des documents.
L’auteur de ces lignes ayant eu l’honneur de négocier au nom de Wikimédia France (dont il est membre du CA ; en collaboration avec Alexandre Moatti) un accord avec la BnF, il vous en parlera bientôt.
Il est enfin nécessaire d’aller vers une mise à disposition la plus grande possible. Il convient pour cela de régler quelques difficultés juridiques comme celle des oeuvres orphelines (p. 12) mais dans le but d’une plus grande diffusion de ces oeuvres et non pour reprivatiser – cette fois-ci au profit de l’Etat – ce qui était libre auparavant. Il est agréable de voir que les membres de la mission pensent ainsi en termes d’"usages légitimes". Cela est piquant car on retrouve la notion états-unienne de fair use qui manque tant au droit français. On lit ainsi que ce ne serait pas forcément une mauvaise chose que de passer outre le droit des bases de données (derrière lequel se cache notamment la BnF pour protéger son coûteux travail de numérisation) pour permettre, selon les cas, le téléchargement systématique (p. 16).
Bref, conséquence de l’immixtion du politique dans les problématiques patrimoniales, la question de l’utilité sociale (et donc de l’utilisation) des fonds patrimoniaux des bibliothèques se retrouve sur le devant de la scène : les professionnels seront donc appelés à modifier leurs pratiques afin de s’adapter à celles d’un public à conquérir, ce qui peut être d’une très grande fécondité pour peu que les questions soient réellement posées (en dehors des a prioris idéologiques).
Ce rapport – ainsi que celui de l’été dernier sur la diffusion des oeuvres culturelles publiques – vont dans le sens d’un renouvellement des pratiques des professionnels du patrimoine écrit que j’appelle de mes voeux depuis quelques temps déjà, ce qui me réjouit…
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Et puisque tout le monde semble soudainement passionné par le livre ancien : je vous livre un scoop. Vous voyez l’édition que Pierre Le Petit a donnée en 1671 des Confessions de Saint-Augustin dans la traduction de d’Andilly ? Eh bien, il n’y en a pas une mais deux.
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