Archives de mai 2009

Colloque Bibliothèque de socio du CNRS (1)

Je poursuis le propos engagé dans le billet précédent sur les activités de recherche que l’on peut mener en BU, à travers un exemple que je connais assez bien : le mien.

Après avoir entrevu un travail à engager, il s’agissait de
1/s’assurer de son intérêt scientifique (petite biblio sur l’histoire des bibliothèques de recherche dans la seconde moitié du XXe siècle ; une autre sur l’histoire de la sociologie française dans les années 1930-1960)

2/insérer cela dans les objectifs généraux de la bibliothèque et du SCD

3/obtenir l’assentiment de mes supérieurs (SCD + CNRS)

4/trouver des partenaires et intéresser d’autres personnes que moi

Ergo :
1/oui, je pense que le colloque amènera vraiment des choses. Sa position au carrefour de questions historiques, sociologiques et bibliothéconomiques est utile (j’y reviendrai quand je parlerai de l’appel à contributions)

2/pas difficile car
*c’est un événement (oui, je sais, c’est stupide mais nous sommes dans un monde où l’événement possède une valeur en soi)
*cela donne de la visibilité à la bibliothèque au sein de l’UFR : nous sommes un partenaire scientifique à part entière, capable de mener des projets. Cela paye puisqu’un enseignant rencontré à cette occasion nous a depuis proposé un fonds d’archives scientifiques.
*des sociologues ignorent encore que la bibliothèque de sociologie du CNRS existe encore mais a fusionné avec Paris Descartes et que ses fonds sont disponibles au centre de Paris : ils en entendront parler grâce au colloque
*nous valorisons nos fonds, les faisons connaître et en profitons pour programmer des travaux dessus (fonds Maurice Halbwachs, fonds en anglais ramené par Georges Gurvitch, archives de la bibliothèque elle-même etc.)
*cela donnera lieu à une publication sur laquelle se fonder pour ensuite promouvoir la bibliothèque
*cela évite au conservateur de déprimer en remplissant les dossiers d’évaluation du personnel (et autres tâches d’un intérêt fou) : il gagne donc en productivité…

3/Pas de problème, j’ai la chance d’être très libre dans mon travail et de bosser avec des gens intelligents.

4/Pas de problème non plus. J’en ai parlé lors d’un rendez-vous (au sujet de la bibliothèque en général) avec François de Singly et Olivier Martin. Ce dernier, qui a travaillé sur l’histoire des sciences sociales, se montre intéressé. Il donne des pistes et en parle à un de ses amis. Nous sommes rapidement d’accord pour organiser le colloque à trois (Jean-Christophe Marcel (maître de conf à Paris 4), Olivier Martin (professeur à Paris Descartes) et moi-même).

Prochaine étape : constituer un comité scientifique et lui proposer un appel à communication pour qu’il l’amende.

[à suivre]

Blague de bibliothécaires…

Chaque métier, chaque corporation, chaque groupe humain a ses habitudes, son jargon, ses idoles… et son humour.

On pardonnera aisément au lecteur commun de parfois rester dubitatif devant une blague de juriste ou de médecin. La blague de biologiste ou de mathématicien demande une culture spécialisée qu’il est bien malaisé d’acquérir en quelques mois. Les canulars normaliens ont parfois pris des proportions telles qu’ils font partie des classiques de la culture étudiante. L’humour chartiste fleure souvent bon le Moyen-Âge, à base de sceaux apposés sur le registre de présence [voire de signatures plus étranges encore], de formulaires diplomatiques utilisés à tort et à travers (emails, invitations, voire faire-part de mariage), de décoration de Quicherat… Mêlons à cela les habitudes des étudiants en général. Une thèse digne de ce nom doit normalement comporter une référence bibliographique pipeau ou les amis de l’auteur dans l’index.

Et l’humour de bibliothécaire ? Souvent mélange de potacherie, d’érudition et de culture spécialisée, à première vue ? [mais cela demanderait encore une fois un mémoire d’enssib : quand on pense que certains rédigent des mémoires sur des sujets – déjà traités plusieurs fois – d’une rasoiritude sans nom alors que de si beaux thèmes restent intraités, à peu que le coeur ne me fend]

Posons donc une première pierre du corpus à étudier. Il s’agit d’une page de l’ISTC, la bibliographie générale des incunables. La notice sur le plus célèbre d’entre tous, la Bible à 42 lignes (B42) de Gutenberg.

La page de la B42 dans l'ISTC

La page de la B42 dans l'ISTC

L’importance et la renommée du livre fait que l’on connaît depuis longtemps tous les exemplaires. Même ceux incomplets (même si la Bibliothèque du Musée Correr de Venise, où j’ai jadis effectué un stage, n’en possède qu’un feuillet, cela fait quelque chose de le tenir en main…). Pourtant, quand on dénombre les exemplaires répertoriés par l’ISTC, le compte n’y est pas. Est-ce à dire qu’un nouvel exemplaire a été découvert récemment ?

Moui, à peu près. Dans une collection privée. Dans un très ancien château. Très connu des Anglais mais beaucoup moins de nous autres mangeurs de grenouilles, Blandings Castle [si, si, regardez, il apparaît en 2 position de « British Isles »]

Humour anglais ou humour de bibliothécaire ? Pire, humour de bibliothécaire anglais ? Ce petit clin d’oeil sympathique m’a en tout cas donné envie d’aller lire du P. G. Wodehouse

MàJ : La perfide Albion a beau pavaner, c’est en France, à Colmar, que l’on vient de trouver un nouveau fragment dans un défait de reliure. Enfin, soyons franc, l’intérêt scientifique est tout de même assez mince… (source : Cecitueracela)

Bénie soit la Beuneufeu !

La BnF offre (enfin) un accès distant à certaines de ses bases de données.

Il faut posséder une carte de recherche d’un an, ça se passe ici et c’est bien pratique [Joie, joie, pleurs de joie…]

Que cela puisse éventuellement contribuer à vider les salles de lecture de la BnF des chercheurs (qui pourront travailler depuis chez eux) et ainsi augmenter l’importance relative des étudiants [beurk, des étudiants :-)], cela n’a à mon humble avis aucune importance : nous rendons un service aux chercheurs et ne cherchons pas à les enchaîner à un lieu physique. Au contraire, cela fera revenir à la BnF des chercheurs qui avaient pris l’habitude de prendre une carte dans des bibliothèques étrangères proposant déjà ce service [Personnellement, j’avais jusqu’à il y a peu une carte de la Bibliothèque royale des Pays-Bas à cet usage].

MàJ : La base HPB n’est pas disponible en accès distant, hélas : encore un effort, camarade !

Res, non verba

S’il y a un point sur lequel je suis d’accord avec la plupart des biblioblogueurs, c’est sur la propension des bibliothécaires à perdre un temps fou en discussion avant de prendre la moindre décision. Ô combien de réunions dont on sort sans que chaque personne sache ce qu’il doit faire avant la prochaine rencontre ni de date pour cette prochaine rencontre… D’après mon directeur vénéré, il s’agirait d’un trait plus typiquement SHS-ien que duro-scientifique, ce qui est fort probable car j’ai cru rencontrer certains profs de la fac dont ma bibliothèque dépend qui ont le même travers.

Cela est d’autant plus surprenant pour moi que, en dehors de mes études, j’ai été formé à l’école de Wikipédia : là, quand quelque chose cloche, on ne va pas se plaindre à quelqu’un mais on répare, tout seul ou en demandant l’aide d’un autre contributeur. Neuf fois sur dix on agit et la validation vient a posteriori ; il est très rare qu’une action faite de bonne foi par un contributeur ne soit pas acceptée par la communauté. Si c’est le cas, il existe des lieux de prise de décision (pages de discussion de l’article ou du contributeur, projets, « prises de décision », etc.), de manière rapide et légère. Et si un contributeur se trompe par manque d’expérience, méconnaissance des sources ou incapacité à utiliser les outils, on corrige son travail, on le forme, on le conseille. L’efficacité est aussi maximale parce que se tromper ne signifie pas être marqué au fer rouge pour la vie entière : on se trompe souvent mais on corrige plus souvent encore.

Rédiger un blog fait courir le risque de tomber dans ce travers : beaucoup parler sans faire grand chose. Voire beaucoup parler sans se fonder sur une connaissance véritable, comme me le fait justement remarquer DJB dans les commentaires du billet précédent. Pour éviter cet écueil et continuer à approfondir la réflexion sur les conservateurs et la recherche, je vais vous entretenir pendant plusieurs mois d’un projet qui me tient à coeur : l’organisation d’un colloque sur l’histoire de la bibliothèque de sociologie du CNRS.

Comme vous l’avez sans doute compris, je considère que le boulot d’un conservateur n’est pas seulement de faire des plannings ou un budget. Or, en arrivant dans la bibliothèque dont je suis responsable (à la suite de rocambolesques aventures sur lesquelles je ne reviendrai pas ici par charité janséniste), je me suis trouvé face à un fonds spécialisé de très grande qualité. Je ne suis pas du tout spécialiste de la matière (mais je continue à penser qu’il est important de l’être – et je travaille pour cela) mais je suis en revanche très intéressé par l’histoire des bibliothèques et, d’une manière générale, celle des pratiques intellectuelles. En couplant l’étude de ces dernières avec de l’histoire administrative, on arrive assez rapidement à se dire qu’il y a quelque chose à creuser par là.

Récapitulons :
*des fonds qui ont une histoire originale (bibliothèque du premier vrai labo de sociologie français)
*des lecteurs qui ont utilisé ce fonds pour refonder la socio française au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (c’est en tout cas la geste héroïque que l’on se raconte chez les sociologues, nous nuancerons certainement)
*une bibliothèque portant sur une discipline en pleine structuration institutionnelle pendant les années 1950-1960
*encore beaucoup à faire de toute façon sur l’histoire des bibliothèques de recherche, terra pas loin d’être incognita et qu’on ferait bien d’un peu mieux cogniter

Nous avons donc là l’ébauche d’un sujet.

[à suivre]

Les conservateurs et la recherche

Bref billet pour grouper quelques réflexions sur les liens qui existent/doivent exister entre les conservateurs et la recherche.

D’abord – publicité oblige – le compte rendu d’un colloque organisé par l’INP en décembre dernier sur les conservateurs et la recherche (rédigé par votre humble serviteur, pour le BBF) : on ne voit presque pas ce que je pense de la question à travers ces pages 🙂

Ensuite, la question de l’identité des conservateurs – roulant largement sur la question de la recherche – a récemment été abordée sur le blog de Daniel Bourrion, conservateur responsable de la bibliothèque numérique de l’université d’Angers. Une discussion souvent intéressante mais des positions inconciliables, allez voir vous-mêmes (texte + commentaires bien sûr)
*Épisode 1 : où nous arrivons à un consensus pour dire qu’un pourcentage très élevé de conservateurs ne font pas de recherche
*Épisode 2 : Il déplore cette volonté chez les conservateurs de passer pour ce qu’ils ne sont pas, ce qui est censé les empêcher de bien faire leur travail de manager/gestionnaire/praticien / je déplore que si peu de conservateurs fassent de la recherche et qu’ils soient si peu reconnus comme chercheurs
*Épisode 3 : Conclusion pleine d’activisme

La question du conservateur scientifique est posée avec plus de rigueur chez Lully, qui aboutit à une conclusion nuancée.

Histoire du livre et bibliothèques sur Wikipédia

Bibliothèques et bibliothécaires sont très sous-représentés sur Wikipédia. À cela une raison principale : le peu de contributeurs soucieux de traiter de ces thématiques.

Je ne vais pas m’embarquer ici dans une analyse car c’est ce que nous avons fait avec Olivier Morand, conservateur du fonds anciens de la Bibliothèque municipale d’Orléans, dans un article à paraître prochainement dans le Bulletin des bibliothèques de France (« Les sciences de l’information et des bibliothèques au prisme de Wikipédia », 2009-4).

Mais, outre l’utilité pour tous d’avoir accès à des renseignements clairs et sûrs, il est important que nos matières soient présentes sur WP afin de gagner en reconnaissance.

En attendant, je vous propose donc de compléter certains articles.

Un que je viens de créer exprès pour vous sur Michel Garel

Et un article de fond qui évolue très peu et qui aurait pourtant besoin d’oeils experts : Histoire du livre

Rappelons que les articles doivent être neutres, citer leurs sources (sources sérieuses) et faire le point sur les connaissances actuelles.

Vous n’êtes pas obligés de vous créer un compte pour contribuer (mais ça facilite la discussion). En cas de problème, vous pouvez me laisser un message ici : je suivrai de toute façon ces deux articles [sauf ce week-end, loin d’internet :-)]

Mise en ligne du catalogue des incunables de la Bodleian

Le catalogue des incunables de la Bibliothèque bodléienne d’Oxford est désormais en ligne sur le site de l’excellent Centre for the Study of the Book (dont il faudra que je reparle à l’occasion, tiens).

Vous le trouverez ici.

Les notices – d’une très grande précision à la fois codicologique et textuelle – sont organisées par émission, avec description précise du ou des exemplaires conservés à la Bodleian.

Le catalogue reprend également le catalogue des incunables hébreux, publié en 2005 ainsi qu’une partie sur les « blockbooks » et les estampes.

Il est mis en ligne sous la forme de différents fichiers pdf mais il est possible d’y effectuer des recherches en plein texte et on a également accès à trois index des auteurs, des imprimeurs et des provenances.

À défaut d’une véritable base de données, l’expédient est donc ingénieux et pratique. En tout cas utile pour les incunabulistes.


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