Les conservateurs et la recherche

Bref billet pour grouper quelques réflexions sur les liens qui existent/doivent exister entre les conservateurs et la recherche.

D’abord – publicité oblige – le compte rendu d’un colloque organisé par l’INP en décembre dernier sur les conservateurs et la recherche (rédigé par votre humble serviteur, pour le BBF) : on ne voit presque pas ce que je pense de la question à travers ces pages 🙂

Ensuite, la question de l’identité des conservateurs – roulant largement sur la question de la recherche – a récemment été abordée sur le blog de Daniel Bourrion, conservateur responsable de la bibliothèque numérique de l’université d’Angers. Une discussion souvent intéressante mais des positions inconciliables, allez voir vous-mêmes (texte + commentaires bien sûr)
*Épisode 1 : où nous arrivons à un consensus pour dire qu’un pourcentage très élevé de conservateurs ne font pas de recherche
*Épisode 2 : Il déplore cette volonté chez les conservateurs de passer pour ce qu’ils ne sont pas, ce qui est censé les empêcher de bien faire leur travail de manager/gestionnaire/praticien / je déplore que si peu de conservateurs fassent de la recherche et qu’ils soient si peu reconnus comme chercheurs
*Épisode 3 : Conclusion pleine d’activisme

La question du conservateur scientifique est posée avec plus de rigueur chez Lully, qui aboutit à une conclusion nuancée.

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Cette entrée a été publiée le 25 mai 2009 à 18:19. Elle est classée dans Le travail du conservateur et taguée , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

11 réflexions sur “Les conservateurs et la recherche

  1. Le , dbourrion a dit:

    Nous ne sommes définitivement pas d’accord, je crois 🙂

  2. Le , RM a dit:

    Définitivement pas :-).

    As-tu vu le dernier post de David Monniaux ? Si plus d’universitaires prenaient ainsi parti, les choses changeraient et on aurait enfin des spécialistes d’une discipline dans les bibliothèques traitant de cette discipline.

    Ce ne sont pourtant pas les docteurs sans affectation, à qui on pourrait mettre une petite couche d’enssib si besoin est, qui manquent 😉

    • Le , dbourrion a dit:

      Ah ben là nous sommes d’accord (bien que je pense que le doctorat ne soit absolument pas nécessaire) : il n’y a pas assez de bibliothécaires de formation scientifique (j’entends par là, sciences dures) ;

      Toutefois, le problème ne vient pas des universitaires, mais du recrutement : franchement, qui à part quelqu’un sortant de Lettres, Philo ou Histoire, peut avoir les concours de Bib ou Conservateur ? Notre concours de recrutement participe très largement de ce dont parle David Monniaux…

  3. Merci pour la synthèse. Si j’ai bien compris, la question « qu’est-ce qu’un conservateur de bibliothèque » est à peu près réglée ; c’est la question « qu’est-ce que DOIT être un conservateur de bibliothèque » qui vous divise encore.

    Ma proposition pour couper la poire en deux:

    1) En bibliothèque de recherche, je suis d’accord, il vaut mieux qu’il soit scientifique et si possible versé dans la science traitée par les fonds dont il a la charge.

    2) Mais en SCD, en banal et moyen SCD de province, quand il est sur un poste de chargé de mission genre (au hasard) politique documentaire, ou formation des usagers, à mon avis il vaut mieux qu’il soit du genre « manager » s’il veut survivre… (Exemple : un mien collègue de niveau scientifique en infocom et ex-urfist vient de découvrir avec effroi, en arrivant chez nous, qu’être responsable de la formation des usagers, c’est surtout faire des plannings ;D).

    Bref, tout dépend des postes…

    • Le , RM a dit:

      OK mais ty perds la sacro-sainte unité de la profession. En gros, il faut
      *des ingénieurs de recherche (spécialisés dans le domaine) dans les bibliothèques de recherche
      *des conservateurs du patrimoine écrit dans les bibliothèques de conservation
      *et des « managers-organisateurs » dans les SCD ordinaires.

      Je suis bien d’accord avec toi. Mais je crains que certains ne le pensent pas.

      Et du point de vue recherche :
      *les IR peuvent être éventuellement intégrés aux travaux de l’UFR, du labo etc. (ce qui se fait parfois dans les labos CNRS ou INSERM)
      *les conservateurs du patrimoine écrit doivent au moins faire « des recherches » si ce n’est « de la recherche », comme un conservateur de musée
      *les « managers » continuent à faire leurs emplois du temps, à organiser des formations etc. en étant réellement efficaces dans ces tâches

  4. Le , DJB a dit:

    Bonjour RM,

    Je ne vais pas entrer dans le débat sur ce que doit être un conservateur.

    Et simplement faire remarquer que la forme que prend ce débat contradictoire (qu’on peut caricaturer – à ton avantage – comme la querelle des Anciens pro-recherche et des Modernes pro-management ?) donne une fois de plus raison à ceux qui constatent l’absence d’esprit scientifique dans la réflexion professionnelle. Dans d’autres langues, « scientifique » est parfois vaguement équivalent à « empirique », or, sur ce terrain comme sur d’autres on doit constater que les bibliothécaires rejoignent le travers de certains sociologues : théoriser largement sur la base d’un faible matériau empirique. Tu es historien, tu veux des sources, tu cites systématiquement tes sources en fin de billet. Tu as horreur du vide. Alors je sais d’avance, vieux, que tu seras d’accord avec ces deux remarques :

    – avant de se demander si le conservateur (ou plus généralement le cadre de bibliothèque) doit être un scientifique, ne faut-il pas se demander combien de conservateurs sont des scientifiques ? Ont eu dans le passé une activité de recherche ? (approche macro)

    – en dehors des cas plus ou moins évidents (conservateurs à la BNF, etc), comment ceux qui ont une activité de recherche concilient-ils cette activité avec les fonctions professionnelles assorties à leur poste ? Quelles influences réciproques entre les deux domaines d’activité ? Ceux qui ont eu une activité de recherche dans le passé perçoivent-ils des effets de cette expérience passée sur leur expérience pro quotidienne ? (approche micro)

    Tout cela n’empêche pas de continuer à poser les problèmes in abstracto, mais je doute qu’on sorte des apories sans le passage par la phase de description.

    J’aime bien ton blog.

    DJB

    • Le , RM a dit:

      Cher DJB,

      Pour répondre à tes deux questions :

      – j’ignore s’il existe de telles statistiques mais il est à peu près sûr que de plus en plus de conservateurs ont une expérience car le niveau du concours est désormais tel qu’un grand nombre d’impétrants sont titulaires d’un master.
      Mais je ne suis pas sûr que la question se pose nécessairement dans ce sens : si on a envie de ne recruter que des personnes ayant des compétences scientifiques, il suffit de modifier le concours pour que ce soit le cas.
      Cela dit, il n’y a a priori pas de réelles raisons juridiques ou administratives pour que les lauréat du concours de l’enssib soient différents de ceux de l’INP ; pour que les conservateurs des bibliothèques diffèrent de ceux du patrimoine. La différence du rapport à la recherche repose certainement plus sur des habitudes professionnelles et la manière dont les gens se considèrent.

      – approche micro : c’était le thème de la matinée du colloque du 18 décembre. Certes un peu biaisée parce que ceux qui intervenaient étaient favorable à la recherche des conservateurs. En tous les cas, tu as raison, il faudrait faire une vraie étude sociologique pour approfondir notre réflexion : cela pourrait même donner lieu à un très bel ouvrage au Cercle de la Librairie…
      En attendant, je vais vous parler de mon activité de « recherche » en tant que conservateur, même en BU (pas de celle que je fais la nuit chez moi, même si je reste persuadé qu’elle est fondamentale et possède une grande influence sur mon activité de bibliothécaire)

  5. Le , S. von K. a dit:

    Il peut être effectivement difficile de faire la part entre recherche perso / recherche relative au poste lorsqu’elle existe.
    Pour parler de mon expérience de conservateur à la BnF (niche fort minoritaire par rapport à l’ensemble de la profession j’en conviens), il s’avère que mon poste me permet de faire passer dans son orbite des recherches que je menais personnellement depuis l’Enssib. En effet, je coordonne les départements où sont conservés les collections qui m’intéressent.
    Mes travaux sont censés se dérouler sur mon temps libre, mais mes interlocuteurs professionnels sont généralement ceux qui s’occupent des objets de mon attention: il serait un peu absurde à mon avis de ne pas profiter de nos rencontres quotidiennes pour glisser quelques propos sur mes recherches. De plus, être conservateur m’ouvre facilement l’accès à des documents qui sont très difficilement communiqués aux chercheurs extérieurs, ou qui ne sont même pas signalés aux lecteurs (« trop fragile », « incataloguables », « ça n’intéresserait personne », etc.).
    Bref, si je venais en tant qu’ individu, je ne pourrais sans doute réaliser qu’une partie de mes recherches, alors qu’en tant que conservateur de la maison, la route s’aplanit immédiatement….

  6. Bonjour,

    Je vois que mon billet est évoqué ici.

    Mon impression est que, suivant une mode consistant à transformer tout en « science », on ne trompe les étudiants et le public sur le métier réel de bibliothécaire universitaire — et on propose des formations et des concours inadaptés.

    En bibliothèque de recherche, du moins en sciences, le travail de bibliothécaire est un travail de gestion ; ce n’est pas le bibliothécaire qui dirige la politique d’achats. Cela ne veut pas dire que c’est un travail simple ou secondaire (de nombreux chercheurs sont incapables de gérer quoi que ce soit). Avec les marchés publics, les abonnements électroniques, les sites Web, c’est devenu vraiment touffu.

    Mais rien de cela n’est de la science, ni ne demande d’avoir de grandes connaissances en philo, lettres ou histoire.

    Je ne veux pas faire de comparaison polémique, mais il semble que c’est un peu le sens de la remarque du Président de la République au sujet de la _Princesse de Clèves_ : les connaissances exigées aux concours de la fonction publique sont parfois sans grand rapport avec la réalité du travail.

    De mon point de vue, c’est un travail plus proche de celui d’un ITA/IATOS administratif que d’un scientifique.

    • Le , RM a dit:

      Bonjour,

      Je suis assez d’accord avec toi quant à la notion de « science » et au peu de technicité du métier de bibliothécaire en BU.

      En revanche, normalement, si, c’est/ce devrait être le bibliothécaire qui détermine la politique d’achat (et plus généralement la politique documentaire) de la bibliothèque. C’est précisément la raison pour laquelle il est nécessaire, je pense, de posséder de solides bases dans la matière, en plus de la connaissance du paysage éditorial et des outils utiles. C’est pourquoi former de véritables scientifiques aux bibliothèques me semble beaucoup plus utile que de balancer des historiens ou des littéraires en bibliothèques de sciences en tentant de les persuader que ce n’est pas grave s’ils ne comprennent rien à la discipline.

      Et donc, oui, si le métier de conservateur est celui-là, il peut tout à fait être effectué, sans perte de savoir-faire, par un ingénieur d’étude/de recherche ou un documentaliste. C’est pour cette raison que j’ose croire que le métier de conservateur est autre, qu’il va au-delà de cette gestion de base. Et que tous les conservateurs ne font pas un métier de conservateur.

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