Res, non verba

S’il y a un point sur lequel je suis d’accord avec la plupart des biblioblogueurs, c’est sur la propension des bibliothécaires à perdre un temps fou en discussion avant de prendre la moindre décision. Ô combien de réunions dont on sort sans que chaque personne sache ce qu’il doit faire avant la prochaine rencontre ni de date pour cette prochaine rencontre… D’après mon directeur vénéré, il s’agirait d’un trait plus typiquement SHS-ien que duro-scientifique, ce qui est fort probable car j’ai cru rencontrer certains profs de la fac dont ma bibliothèque dépend qui ont le même travers.

Cela est d’autant plus surprenant pour moi que, en dehors de mes études, j’ai été formé à l’école de Wikipédia : là, quand quelque chose cloche, on ne va pas se plaindre à quelqu’un mais on répare, tout seul ou en demandant l’aide d’un autre contributeur. Neuf fois sur dix on agit et la validation vient a posteriori ; il est très rare qu’une action faite de bonne foi par un contributeur ne soit pas acceptée par la communauté. Si c’est le cas, il existe des lieux de prise de décision (pages de discussion de l’article ou du contributeur, projets, « prises de décision », etc.), de manière rapide et légère. Et si un contributeur se trompe par manque d’expérience, méconnaissance des sources ou incapacité à utiliser les outils, on corrige son travail, on le forme, on le conseille. L’efficacité est aussi maximale parce que se tromper ne signifie pas être marqué au fer rouge pour la vie entière : on se trompe souvent mais on corrige plus souvent encore.

Rédiger un blog fait courir le risque de tomber dans ce travers : beaucoup parler sans faire grand chose. Voire beaucoup parler sans se fonder sur une connaissance véritable, comme me le fait justement remarquer DJB dans les commentaires du billet précédent. Pour éviter cet écueil et continuer à approfondir la réflexion sur les conservateurs et la recherche, je vais vous entretenir pendant plusieurs mois d’un projet qui me tient à coeur : l’organisation d’un colloque sur l’histoire de la bibliothèque de sociologie du CNRS.

Comme vous l’avez sans doute compris, je considère que le boulot d’un conservateur n’est pas seulement de faire des plannings ou un budget. Or, en arrivant dans la bibliothèque dont je suis responsable (à la suite de rocambolesques aventures sur lesquelles je ne reviendrai pas ici par charité janséniste), je me suis trouvé face à un fonds spécialisé de très grande qualité. Je ne suis pas du tout spécialiste de la matière (mais je continue à penser qu’il est important de l’être – et je travaille pour cela) mais je suis en revanche très intéressé par l’histoire des bibliothèques et, d’une manière générale, celle des pratiques intellectuelles. En couplant l’étude de ces dernières avec de l’histoire administrative, on arrive assez rapidement à se dire qu’il y a quelque chose à creuser par là.

Récapitulons :
*des fonds qui ont une histoire originale (bibliothèque du premier vrai labo de sociologie français)
*des lecteurs qui ont utilisé ce fonds pour refonder la socio française au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (c’est en tout cas la geste héroïque que l’on se raconte chez les sociologues, nous nuancerons certainement)
*une bibliothèque portant sur une discipline en pleine structuration institutionnelle pendant les années 1950-1960
*encore beaucoup à faire de toute façon sur l’histoire des bibliothèques de recherche, terra pas loin d’être incognita et qu’on ferait bien d’un peu mieux cogniter

Nous avons donc là l’ébauche d’un sujet.

[à suivre]

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Cette entrée a été publiée le 27 mai 2009 à 04:59. Elle est classée dans Histoire du livre et des bibliothèques, Le travail du conservateur, Représentation du livre et des bibliothèques et taguée , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

3 réflexions sur “Res, non verba

  1. C’est charitable, un janséniste ?

    • Le , RM a dit:

      Ca dépend envers qui. Envers un jésuite, soyons clair, non 🙂 Envers ledit P. A., qui représente le modèle de la personne prête à toute les bassesses pour sauver son petit confort égoïste, tout en faisant preuve d’une mauvaise foi insigne, c’est dur… [il est rare que j’en veuille à quelqu’un mais là…(d’ailleurs pas tant pour ce qu’il m’a fait que pour ce qu’il a fait à des amis)]

  2. Pingback: Colloque Bibliothèque de socio du CNRS (1) « À la Toison d’or

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