« Deux géants moribonds et abandonnés »

Je me fais l’écho de deux articles publiés dans le Corriere della sera et signalés par Raphaële Mouren sur la liste Bibliopat (abonnez-vous !).

Paolo di Stefano s’inquiète de ce qu’il advient des deux bibliothèques nationales de Florence et de Rome.

Biblioteca nazionale centrale di Firenze (Source : Sailko sous licence GFDL)

Biblioteca nazionale centrale di Firenze (photo : Sailko sous licence GFDL)


Il rappelle qu’elles n’ont jamais été l’objet de la sollicitude du pouvoir, ce qui se marque dans les statistiques. Pour un nombre d’unités bibliographiques sensiblement égal de celui de la BnF (paraît-il), les deux bibliothèques italiennes comptent cinq fois moins d’employés. Ces treize dernières années, 150 employés sont partis à la retraite sans être remplacés. R. Mouren rappelle que plus qu’un tiers des postes sont vacants.

Mais ces difficultés structurelles vont croissantes. Du plus anecdotique (mais révélateur – le journaliste rappelle le manque systématique de papier dans les toilettes…) à la remise en cause des missions centrales : la bibliothèque de Rome a cessé la communication des ouvrages l’après-midi ; celle de Florence met en place le même expédient (!) à partir de juillet. Le retard dans le catalogage augmente sans cesse : il serait selon l’article de plus de 150 000 volumes.

On parle d’une éventuelle fusion des deux bibliothèques, au moins d’une meilleure répartition des tâches pour gagner en efficacité. Mais cela ne sera pas suffisant si de véritables changements de politique n’ont pas lieu. Mais Osvaldo Avallone, directeur de la bibliothèque de Rome, n’est pas optimiste : « La tradizione di insensibilità per le biblioteche è una costante di tutti i governi, senza eccezioni ».

Ces problèmes sont ceux de beaucoup de bibliothèques italiennes. Stagiaire de l’Ecole des chartes, je disposais d’après-midi entiers de balades dans Venise parce que la bibliothèque où je travaillais – possédant pourtant des fonds de première importance pour l’histoire de la ville – fermait trois après-midi par semaine à 14h. Certains catalogues de manuscrits dataient du XVIIIe ou du début du XIXe siècle et n’avaient été ni recopiés ni informatisés depuis. Mais vu ce qu’étaient payés les conservateurs (pourtant excellents), il aurait été difficile de leur demander plus…

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