Un soir à la BnF

Entendu (ou presque) ce soir, aux alentours de la BnF :

– Où voulez-vous dîner ce soir ?
– Chez Racine.
– Chez Racine ?
– Non, chez Racine

Car la BnF tente de donner un coup de fouet au mécénat. Ne disposant pas de fonds suffisant pour couvrir les acquisitions même les plus importantes, ses dirigeants ont décidé de faire appel au privé.

Seul problème : cela n’est guère dans les habitudes des entreprises françaises. Et pourtant, la loi est particulièrement favorable à ces pratiques : une entreprise peut ainsi déduire de ses impôts 90% du montant du don, tout en gagnant en image et en obtenant une publicité à coût réduit.

C’est pourquoi la BnF ne veut plus compter sur la seule bonne volonté des donateurs ou sur les amitiés personnelles de ses conservateurs. D’une part, le projet de réaménagement du site Richelieu comprend la création d’une salle destinée à exposer les derniers dons. D’autre part, des opérations « de prestige » reprenant des méthodes du privé. Ce soir, par exemple, un dîner dans le hall des globes de Coronelli – au montant d’ailleurs étonnamment bas (à partir de 500 euros le couvert – une paille pour une transnationale).

Certains trouveront assurément contestable que l’on fasse des courbettes à des personnes à la seule vue de l’épaisseur de leur portefeuille alors que des conservateurs de niveau international continuent à être payées au bout de 20 ans de carrière comme des cadres issus de l’ESC Pau en début de carrière. D’autant que les avantages pour le donneur sont déjà très grands : la BnF espère obtenir 200 000 euros. Soit un coût de 20 000 euros après déduction fiscale pour l’entreprise. 20 000 euros pour être assuré d’obtenir des articles positifs dans des quotidiens nationaux voire à la télévision, c’est donné (rappelons qu’un spot de publicité de 30 secondes sur une unique chaîne coûte 250 000 euros lors d’une soirée de foot).

Mais ce serait mêler des considérations morales à un projet pragmatique : il faut que la culture du mécénat perce en France. La BnF tient à ce que ce soit à son profit et s’en donne les moyens. Sans cela, les grandes oeuvres encore en main privées – manuscrits médiévaux ou littéraires – risquent de partir les uns après les autres dans les universités américaines.

À défaut de jouer dans la même division, encourageons cependant les universités à recueillir les papiers de leurs plus importants professeurs (même en science et en médecine !) et les BM ceux des personnalités locales. Les archives et papiers personnels sont toujours uniques et n’ont d’importance que celle qu’on veut bien leur accorder…

Source : Le Monde.fr ; Livre Hebdo (n°781)

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Cette entrée a été publiée le 15 juin 2009 à 21:01. Elle est classée dans Constitution des collections, Relation au lecteur et taguée , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

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