L’écartèlement du patrimoine écrit

Le décret qui règle la nouvelle organisation du ministère de la Culture est paru au Journal officiel du 15 novembre. Comme prévu, il est créé un secrétariat général et trois directions générales, qui regroupent les nombreuses anciennes directions et délégations.

L’ancienne direction des archives de France (DAF) disparaît et les compétences de l’Etat en matière d’archives font désormais partie de la direction du patrimoine.
Ce n’est peut-être pas le rôle d’un blog sur le patrimoine de rappeler cela mais penser que les archives ne relève que du patrimoine est extrêmement réducteur : les archives sont avant tout des documents dont l’utilité est juridique. Ce n’est presque que par hasard que les plus anciens de ces documents deviennent « patrimoniaux ». Certains pensent donc qu’un rattachement de la DAF au Premier Ministre (comme la Documentation française et le Journal officiel) serait plus pertinent.

D’autre part, la direction du livre a causé bien des soucis. Car le livre, c’est à la fois du patrimoine, de la création et un média. Il aurait pu appartenir aux trois directions générales. Mais démembrer l’ancienne Direction du livre et de la lecture aurait été peu pertinent.
Les compétences de l’Etat en matière de livre ont donc été confiées à la direction des médias. L’incohérence n’est d’ailleurs pas cachée puisque cette direction générale a clairement le patrimoine des bibliothèques dans ses missions : « Elle veille à la conservation, à l’enrichissement et à la valorisation du patrimoine des bibliothèques et des médiathèques. Elle exerce le contrôle technique de l’Etat sur les bibliothèques et les médiathèques des collectivités territoriales. » (titre I) et « Elle exerce le droit de préemption prévu par le code du patrimoine » (titre II).

On dira que cela n’est pas pire qu’au temps où DLL et DAF coexistaient. Certes mais à présent, ces anciennes directions sont en plus noyées dans de grandes structures où leur survie est loin d’être assurée. Les bibliothèques seront gérées avec le cinéma, les journaux et le disque. Les archives avec les musées et l’architecture…

Avec de plus le risque de creuser un peu plus la distinction stupide qui existe encore dans bien des esprits entre patrimoine et création en créant des directions distinctes (et forcément concurrente lors de la répartition des budgets). Comme si le patrimoine n’était pas de la création ancienne, comme si la création actuelle n’était pas appelée à devenir patrimoine un jour, comme si la création ne se nourrissait pas du patrimoine, comme si le patrimoine était abandonné et déconnecté de la société actuelle. Bref, comme si on vivait dans un présentisme perpétuel sans recul.

1 Response to “L’écartèlement du patrimoine écrit”


  1. 1 Omorand 19 novembre 2009 à 00:46

    « Comme si le patrimoine n’était pas de la création ancienne, comme si la création actuelle n’était pas appelée à devenir patrimoine un jour, comme si la création ne se nourrissait pas du patrimoine, comme si le patrimoine était abandonné et déconnecté de la société actuelle. »

    Je ne peux que souscrire à tes interrogations. J’y suis d’autant plus sensible en qualité d' »agent régional du dépôt légal », puisque les documents reçus au dépôt légal sont des documents patrimoniaux à ce titre, et il n’est pas toujours facile d’en convaincre les différents interlocuteurs.

    Mais cela ne touche pas que le dépôt légal imprimeur : le fonds local de conservation, dans lequel on intègre des livres aujourd’hui d’édition courante, qui sont un patrimoine pour demain ; les livres d’artistes, patrimoniaux par leur très faible tirage (voire pour certains leur caractère unique) et pourtant on ne peut plus contemporains ; des manuscrits du 20e et même maintenant du 21e siècle ; enfin les archives que nous produisons au quotidien : tout cela est un patrimoine qui se construit (enfin, pour les archives, uniquement les archives historiques)

    Mais cela, la réforme du ministère y est sensible, puisqu’on lit, à propos de la direction générale de la création artistique (article 4) : « Elle mène une politique d’acquisition et de conservation patrimoniale ».

    Après, réorganisez, réorganisez, il en restera toujours quelque chose, et les questions d’organigramme ne sont pas, ne devraient pas être les plus importantes.


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