Archives de janvier 2010

Colloque Bibliothèque de sociologie (3) : appel à communication

Bibliothèque de sciences humaines et sociales (UMS 3036, Paris Descartes & CNRS)
Service commun de la documentation de l’université Paris Descartes
CERLIS – Centre de recherche sur les Liens Sociaux (UMR 8070, Paris Descartes & CNRS)

Bibliothèque et production du savoir sociologique

Histoire et usages

de la bibliothèque de sociologie du CNRS

Colloque
Paris, 10-11 juin 2010

La Bibliothèque de sciences humaines et sociales Paris Descartes-CNRS, le Service commun de la documentation de l’université Paris Descartes et le CERLIS (Centre de recherche sur les Liens Sociaux) organisent, les 10 et 11 juin 2010, au centre universitaire des Saints-Pères et à la Sorbonne, un colloque consacré à l’histoire et aux usages de la bibliothèque de sociologie du CNRS, devenue la Bibliothèque de sciences humaines et sociales Paris Descartes-CNRS.

Au-delà du cas particulier de cette bibliothèque, il s’agira de contribuer à une meilleure connaissance des bibliothèques savantes en sciences humaines et sociales.

Magasins de la bibliothèque. Photo : C. Duteille (CC-BY-SA)

Ces journées d’études seront organisées autour de quatre axes, chacun pouvant être traités avec des méthodes et des approches différentes :

1/ L’institution et ses hommes

Un des premiers objectifs de ces journées de recherche est de contribuer à une meilleure connaissance des histoires institutionnelle et humaine des bibliothèques savantes, notamment dans le domaine des sciences humaines et sociales. L’histoire des bibliothèques françaises reste encore largement à écrire. Malgré la parution en 1992 du dernier volume de l’Histoire des bibliothèques françaises consacré au XXe siècle, nous disposons d’extrêmement peu de travaux scientifiques sur l’époque contemporaine. Parmi ceux-ci, une minorité est consacrée à des bibliothèques universitaires ou de recherche, qui demeurent extrêmement mal connues . Il s’agira notamment de replacer la bibliothèque de sociologie dans le contexte administratif et bibliothéconomique de l’époque en étudiant le fonctionnement interne de la bibliothèque (son personnel, son budget, son organisation) et ses relations à ses tutelles (CES, IRESCO etc. ; CNRS dans son ensemble ; rayonnement national ou international) à une période où la documentation universitaire peine à se mettre en place (les SCD ne sont créés qu’en 1984) et où le retard des bibliothèques de recherche françaises est patent.

2/ La bibliothèque et ses lecteurs

La bibliothèque est constituée pour que des lecteurs utilisent les ressources qu’elle offre. Or ces derniers sont relativement mal connus. Il convient donc d’analyser le lectorat d’une bibliothèque liée à un centre de recherche mais d’ampleur nationale : qui sont-ils ? pourquoi viennent-ils ? quelles sont leurs pratiques de fréquentation ? Que font-ils des livres et des espaces de travail offerts par les bibliothèques ?
Au delà des questions purement documentaires, une bibliothèque constitue un espace de sociabilité privilégié où des décisions d’ordre scientifiques ou administratives peuvent se prendre, loin des questions purement documentaires : elle constitue un lieu de rencontre entre lecteurs, ce qui devra également être étudié.

3/ La bibliothèque et la recherche

Les collections de la bibliothèque de sociologie, situées au cœur des laboratoires, ont une influence directe sur la formation intellectuelle des chercheurs qui la fréquentent et, par conséquent, sur leurs propres travaux. À une époque où la sociologie française se structure, dans le contexte de la Guerre froide où les oppositions idéologiques sont à leur acmé, la bibliothèque se doit de faire des choix qui ont une grande influence. Les collections sont-elles pour autant en phase avec la recherche sociologique internationale, française, des laboratoires proches, au cours des soixante ans de son existence ?
Eclairer l’histoire des bibliothèques savantes, c’est éclairer l’histoire des disciplines et des savoirs savants.

Envoi autographe de Raymond Aron à Maurice Halbwachs. Photo : R. Mathis (CC-BY-SA)

Envoi autographe de Raymond Aron à Maurice Halbwachs. Photo : R. Mathis (CC-BY-SA)

4/ Les collections et les services

La définition d’une bibliothèque a considérablement évolué au cours de la seconde moitié du XXe siècle, ce qui apparaît dans l’offre de services : elle n’est plus un reposoir de livres mais un organisme proposant de multiples facilités à un lectorat qu’il est nécessaire de connaître.
La collection, qui passe pour l’une des plus importante de France voire d’Europe, demeure néanmoins au centre des préoccupations, de sa constitution grâce aux dons de plusieurs importants sociologues (Halbwachs, Gurvitch…) à la politique documentaire actuelle prenant en compte l’environnement intellectuel de la bibliothèque.

La Bibliothèque de sciences humaines et sociales Paris Descartes-CNRS (UMS 3036), le Service commun de la documentation et le CERLIS invitent les chercheurs de tous les horizons à une réflexion interdisciplinaire, mêlant approches sociologiques, historiques et bibliothéconomiques.

Les archives de la bibliothèque, récemment triées, sont librement disponibles à la consultation (45, rue des Saints-Pères 75 006 Paris).

Comité d’organisation :
*Jean-Christophe Marcel (Paris-Sorbonne)
*Olivier Martin (Paris Descartes – CERLIS)
*Rémi Mathis (Paris Descartes – UMS 3036)

Comité scientifique :
*Anne-Marie Bertrand (Enssib)
*Sylvia Bozan (CNRS, UMS 3036)
*Jean-Michel Chapoulie (Paris I-Panthéon Sorbonne)
*Roger Chartier (Collège de France)
*Christian Jacob (CNRS)
*Jérôme Kalfon (Paris Descartes)
*Martine Poulain (INHA)
*François de Singly (Paris Descartes – CERLIS)
*Bernard Valade (Paris Descartes)

Les propositions de communication (1000 à 3000 signes) peuvent être adressées à Rémi Mathis (remi.mathis@parisdescartes.fr) avant le 31 mars 2010.

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Mission Tessier : derrière la question Google/Gallica

La mission Tessier a remis ce mardi 12 janvier son rapport au ministre de la Culture. Ses conclusions ne sont pas d’une grande originalité et viennent bien plutôt préciser les rapports de force politiques actuels sur la position à adopter vis-à-vis de Google et de Gallica.

Cela est certes très intéressant et j’espère faire le point dans un prochain billet.

Mais je crois que ce rapport est également important en ce qu’il participe du tournant qui est en train d’être pris dans les bibliothèques, en faveur des partenariats et de la dissémination des données.

Le rapport affiche rapidement la nécessité de prendre comme point de départ les pratiques réelles des internautes (p. 8), y compris en prenant en compte ces réseaux sociaux (p. 9) que certains battent froids ou considèrent comme peu sérieux.

C’est-à-dire que, contrairement à des pratiques encore trop répandues, on n’attende pas que le public daigne venir sur notre site (inconnu et mal fagotté) mais qu’on lui donne une véritable visibilité par de réelles actions.

Ceci pose donc la question de la place du patrimoine écrit sur Internet (p. 22) :

Il conviendra donc de veiller à ne pas numériser pour numériser, mais d’assurer l’accès à ces fonds numérisés, ce qui implique de réfléchir très en amont à la façon dont les documents pourront être trouvés, c’est-à-dire visibles, sur l’internet. Une réflexion approfondie sur l’ensemble des moyens permettant cette visibilité numérique (référencement, indexation, citations dans des blogs ou des sites communautaires, etc.) devra donc être engagée

Cela devra passer par un travail sur les outils qui existent actuellement. L’amélioration de l’ergonomie, de l' »utilisabilité » de Gallica est nécessaire, par « de nouvelles fonctionnalités, davantage orientées vers les aspects participatifs et communautaires », pour qu’on puisse s’y balader et pas seulement aller chercher le livre dont on a besoin, en en frémissant d’avance. L’amélioration du moteur de recherche interne de Gallica (prévu) également : un de mes grands plaisirs, en bibliothèque, est de voir des employés vérifier que le livre que je demande n’est pas disponible sur Gallica [on ne va tout de même pas me le donner si un autre exemplaire est numérisé… des fois que je l’abîme]. Ils entrent alors « Andilly » dans la recherche auteur et trouve… rien. Il fallait taper « d’Andilly », sinon la recherche échoue. Sic.

Mais cela passera aussi par des pratiques qui se mettent actuellement lentement en place : l’acceptation que l’expertise sur les documents se trouve plus chez les milliers de lecteurs que chez les quelques bibliothécaires et, partant, la nécessité de permettre aux premiers d’enrichir description et organisation des documents.
L’auteur de ces lignes ayant eu l’honneur de négocier au nom de Wikimédia France (dont il est membre du CA ; en collaboration avec Alexandre Moatti) un accord avec la BnF, il vous en parlera bientôt.

Il est enfin nécessaire d’aller vers une mise à disposition la plus grande possible. Il convient pour cela de régler quelques difficultés juridiques comme celle des oeuvres orphelines (p. 12) mais dans le but d’une plus grande diffusion de ces oeuvres et non pour reprivatiser – cette fois-ci au profit de l’Etat – ce qui était libre auparavant. Il est agréable de voir que les membres de la mission pensent ainsi en termes d' »usages légitimes ». Cela est piquant car on retrouve la notion états-unienne de fair use qui manque tant au droit français. On lit ainsi que ce ne serait pas forcément une mauvaise chose que de passer outre le droit des bases de données (derrière lequel se cache notamment la BnF pour protéger son coûteux travail de numérisation) pour permettre, selon les cas, le téléchargement systématique (p. 16).

Bref, conséquence de l’immixtion du politique dans les problématiques patrimoniales, la question de l’utilité sociale (et donc de l’utilisation) des fonds patrimoniaux des bibliothèques se retrouve sur le devant de la scène : les professionnels seront donc appelés à modifier leurs pratiques afin de s’adapter à celles d’un public à conquérir, ce qui peut être d’une très grande fécondité pour peu que les questions soient réellement posées (en dehors des a prioris idéologiques).

Ce rapport – ainsi que celui de l’été dernier sur la diffusion des oeuvres culturelles publiques – vont dans le sens d’un renouvellement des pratiques des professionnels du patrimoine écrit que j’appelle de mes voeux depuis quelques temps déjà, ce qui me réjouit…

***

Et puisque tout le monde semble soudainement passionné par le livre ancien : je vous livre un scoop. Vous voyez l’édition que Pierre Le Petit a donnée en 1671 des Confessions de Saint-Augustin dans la traduction de d’Andilly ? Eh bien, il n’y en a pas une mais deux.

Partager l’expertise

« Can you help? » n’est pas seulement le cri du touriste à la sortie du métro Palais-Royal – Musée du Louvre.

C’est également celui du bibliothécaire/bibliographe/chercheur qui a épuisé l’ensemble de la littérature spécialisée, est allée jusqu’à dépouiller les périodiques finnois de l’Entre-deux-guerres et se trouve obligé de confesser son impuissance. Et de faire appel à la cantonade afin de trouver de l’aide. Encore faut-il que la cantonade soit suffisamment nombreuse afin d’augmenter les chances de tomber sur la personne qui possède la réponse.

C’est pourquoi le site d’une grande association internationale est un endroit idéal. Cerl a donc depuis un certain temps mis en place une page spéciale destinée à ce type de requêtes.

Un exemple : vous tombez sur un tampon de ce type

Tampon G avec couronne (Photo : Renae Satterley)

La partie est bien mal engagée car, quand bien même vous pouvez indiquer dans quel livre vous avez tiré la photo, les indices sont minces et nombreux les noms de famille commençant par « G ». En désespoir de cause, vous postez la requête sur Cerl et là, miracle, il existe à la British Library un Guilford Project qui travaille sur les manuscrits de Frederick North, 5th Earl of Guilford, bibliophile et lettré romantique. John Goldfinch, qui s’occupe de l’ISTC à la British, met la personne sur cette voie et le tampon est rapidement identifié comme celui de la bibliothèque des comtes de Guilford (probablement Frederick).

Le système, qui fonctionne déjà depuis un certain temps, a récemment pris une nouvelle forme (2.0, si j’ose dire) avec possibilité pour les personnes intéressées de se créer un compte afin de se loguer et de participer à une discussion. Le système inclut une recherche en plein texte sur l’ensemble des pages et des discussions. Il s’agit finalement ni plus ni moins que d’un service de référence en ligne spécialisé et en vase clos.

Comme tous les systèmes communautaires, cela ne peut fonctionner que si le nombre de personnes jouant le jeu est suffisamment élevé mais, à l’heure où on accorde de plus en plus d’importance aux provenances, il serait dommage de n’y jeter pas un oeil de temps en temps.


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