Bibliothèque numérique, autorités auteur et Wikipédia

[Je te délaisse et te néglige, ô lecteur, dont la seule présence en ces lieux me surprend déjà. À cela des raisons personalo-professionnelles : je saurai dans quelques jours si je peux reprendre la rédaction de billets sur un rythme plus régulier]

En guise de reprise, je me contente donc de signaler un site qui a mis en place deux éléments que je trouve intéressants.

e-rara.ch est une bibliothèque numérique suisse constituée par la Bibliothèque de Genève, la bibliothèque de l’École polytechnique fédérale de Zurich, les bibliothèques universitaires de Bâle et de Berne et la bibliothèque centrale de Zurich. On y trouve pour l’instant quelques centaines d’ouvrages avec l’accent mis sur les imprimés du XVIe siècle.

Comme je l’avais expliqué dans mon mémoire d’étude de l’enssib (excellentissime, bien évidemment, consultation gratuite et recommandée), le fait pour un pays de posséder une bibliographie nationale rétrospective (qui faisait ringard il y a peu : pensez, cataloguer des vieux bouquins, pfoui) est un gros avantage pour ces projets de numérisation. Car si le catalogage, c’est ringard ; les métadonnées, c’est in. Les bibliographies nationales rétrospectives constituent donc des bases de métadonnées très complètes auxquelles rattacher les images numérisées. e-rara travaille donc en collaboration avec VD16, la bibliographie des ouvrages en langue allemandes publiés au XVIe siècle.

Les éléments qui me semblent originaux et intéressants sont :

*l’attribution d’un doi à chaque fichier. On n’en est pas encore à l’identifiant unique attribué à une émission que j’avais appelé de mes voeux dans un précédent billet mais cela permet au moins de savoir de quoi on parle et de désigner l’exemplaire numérisé de manière univoque et précise.

*les liens systématiques vers Wikipédia depuis le nom d’auteur : plutôt que travailler à proposer une biographie sommaire, autant réutiliser ce qui existe déjà.
Avec cependant le problème posé par la normalisation des noms : cet exemplaire est par exemple attribué à Abū-Maʿšar Ǧafar Ibn-Muḥammad. Aucune réponse dans Wikipédia quand on clique sur le lien. Or, l’article existe bien mais, selon le principe de moindre surprise, il est nommé Albumasar, nom francisé traditionnel de l’astronome. Que les personnes adeptes des histoires qui se terminent bien se rassurent : je viens de créer sur Wikipédia une redirection depuis le nom utilisé par e-rara et on trouve désormais l’article. Mais ce travail serait à faire systématiquement. Ou il faudrait réfléchir à un travail (utilisant éventuellement VIAF) pour pallier cet inconvénient. Wikimédia France se tient à la disposition du projet pour y réfléchir.
Espérons surtout que cela amènera les utilisateurs de cet intéressant projet à améliorer les articles correspondants dans Wikipédia (alors considérés comme la partie biographique des fiches autorités auteurs et ayant droit à ce titre à toute la sollicitude des bibliothécaires et chercheurs).

—-
e-rara a été récemment signalé sur l’excellente liste de diffusion bibliopat, à laquelle je recommande l’inscription (ainsi que l’adhésion à l’association du même nom)


Mise à jour (31/03 ; 21h)
La normalisation des noms est décidément une difficile affaire. À peine avais-je créé sur Wikipédia la redirection depuis la forme utilisée par e-rara que je recevais un message de mon ami Gilles Rossignol indiquant : « Pour une fois (!) je ne suis pas d’accord avec toi sur cette orthographe « moyen-âgeuse » (pas plus d’ailleurs avec la précédente que tu as bien fait de corriger). {{en}} [la wikipédia anglophone] semble avoir la bonne transcription : Abu Ma’shar al-Balkhi, ce qui correspond au farsi : ابومعشر بلخی . Ce qui donnerait en français : Abou Ma’shar al-Balkhî. J’espère n’avoir pas été trop pédant… ».
Alors, Abū-Maʿšar Ǧafar Ibn-Muḥammad (e-rara) ; Abū Maʿšar al-Balh̲ī, Ğaʿfar ibn Muḥammad ibn ʿUmar (BnF) ; Abou Ma’shar al-Balkhi ? Cela montre en tout cas que le choix d’une autorité auteur n’est ni sans importance ni aisé et qu’il est important de se faire aider de spécialistes.

3 Responses to “Bibliothèque numérique, autorités auteur et Wikipédia”


  1. 1 Antoine T. 12 avril 2010 à 11:20

    Fascinant et éternel problème des translittérations qu’on ne sait jamais comment faire, selon quelle norme, selon quel point de vue linguistique, avec des diacritiques pénibles ou sans… Une thèse d’Ecole des chartes sur le sujet devrait être soutenue d’ici un an… Sinon il est toujours éclairant de lire l’article de Philippe Chevrant-Breton sur la question, ou bien l’introduction des normes ISO qui est assez bien faite sur les différents niveaux de translittération possible (il n’est pas évident qu’il faille utiliser le même niveau sur Wikipedia et dans un catalogue de bibli)…

  2. 2 Philippe Ch. 24 août 2010 à 16:23

    Bonjour Antoine, bonjour Remi
    Merci Antoine pour votre aimable renvoi vers cet article sur la translitteration, en attendant cette these qui fera bien plus ample lumiere sur un sujet qui continue d’en avoir grand besoin.
    Ironie du sort, me voici a amene a renoncer a toute accentuation pour ecrire ici, non que ces diacritiques me soient penibles, je suis simplement assujetti a un clavier QWERTY, car je sejourne a l’etranger et j’y utilise un ordinateur de fortune.
    Puisse cette entorse a l’orthographe ne pas gener.
    Concernant les auteurs persans d’expression arabe, c’est le cas de notre savant, nous nous autorisons a la BnF (catalogue general des imprimes), a donner une forme translitteree conforme aux usages de la langue arabe plutot qu’au persan, parce que c’est la langue de leurs oeuvres. Et c’est un choix delicat.
    Evidemment, nous actualisons aussi et surtout les vedettes en ajoutant des formes en caracteres originaux, (dans toutes les notices d’autorite concernees par l’arabe c’est chose courante depuis qu’une solution satisfaisante pour la question de l’article « al » c’est a dire en 2007)
    J’en viens au choix des vedettes d’auteurs arabes dans les reseaux suisses. Pour ce que j’en sais, les bibliothecaires du RERO ont adopte depuis un an ou deux la forme romanisee a l’americaine, la ou leurs collegues et compatriotes du reseau germanophone ont constitue et continuent d’alimenter un solide reservoir de vedettes romanisees selon l’usage des bibliotheques allemandes.
    Si les auteurs arabes se multiplient sur e-rara, il est donc possible que le mode de romanisation de leur nom varie en fonction de la provenance des documents (Geneve ou Zurich).
    La aussi, VIAF est en positions de rendre de precieux services. A la lecture du message de Gilles Rossignol, je ne peux me defendre de penser que s’il existe des normes et standards de romanisation, notamment de l’arabe, qui fournissent une methode objective, inversement en matiere de « francisation » courante des noms arabes le bon sens – heureusement si bien partage – reste decidement le seul guide.

    • 3 RM 4 septembre 2010 à 13:59

      Merci pour cette clarification.

      Je redonne ici le lien vers l’article du BBF de Philippe Chevrant-Breton : http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2007-03-0029-005 et attends en effet vivement cette thèse.

      La question a en effet posé de gros problèmes sur Wikipédia, parfois jusqu’au ridicule, notamment pour savoir s’il fallait mettre des macrons sur les « o » de Tokyo. Certains sont encore prêts à égorger leur prochain en raison de leur désaccord sur cette grave question…


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