– Le livre va disparaître ! – Et alors ?

Je me permets de me situer dans la lignée du billet sans intérêt qui précède celui-ci afin de continuer à faire preuve de mauvais esprit.

Comme un certain nombre de collègues, je fais une overdose des discours sur la disparition prochaine du livre et des mêmes réflexions sempiternellement ressassées.

« Mon âme à moi, elle est plus grosse » ou le livre comme dieu-fétiche

Ce type de dessin me sort par les yeux.

ipad-livre-ame

Condamnation morale de l'électronique au nom de... quoi déjà ?. Dessin de Robert Conrad, publié dans Books

J’aimerais avoir plus de renseignements :

*Qu’est l’âme d’un livre ?

*Tous les livres ont-ils une âme ?

*Si oui, était-ce déjà le cas des rouleaux ou seuls les codices en ont-ils une ? Il y a là toute une théologie à faire : vivement le concile.

*Si non, la présence d’une âme dépend-elle
**du livre comme objet en tant que tel (un beau roman de chez Gallimard ou POL en aurait et pas l’ignoble PQ sur lequel est imprimé tel livre ?),
**comme objet personnel (aurait une âme le livre que j’ai lu auprès de ma fiancée à une période agréable de ma vie – un livre est-il un doudou ?)
**ou comme texte (Marc Lévy a-t-il une âme ?) ?

*Mais alors :
**Si cela dépend de l’objet, pourquoi parler de livre en général ?
**Si cela dépend de l’histoire de l’objet, une tablette électronique peut évoquer les mêmes souvenirs qu’un livre papier
**Si cela dépend du texte, la question numérique/papier ne se pose même plus

Utiliser des termes qui n’ont pas de sens précis, jouer sur les a priori et les habitudes des gens pour faire passer tout comportement différent du sien comme déviant et finalement illégitime, cela ne s’appelle-t-il pas de la démagogie ?

Les historiens ne sont pas des romantiques

Un historien ne peut penser de cette manière. Il y a eu au fil du temps diverses manières de transmettre l’information. Le livre tel qu’on le connaît est une de ces manières. Il a joué un rôle énorme dans l’histoire, qu’il est passionnant d’étudier. Mais il n’est ni meilleur ni moins bon qu’un autre système : il correspond juste à une époque.

Je ne peux m’empêcher de penser que ce sont les mêmes personnes qui trouveront ridicules les hommes du Moyen Âge ou de l’époque moderne et qui vouent ce culte au papier. Parce qu’ils jugent tout à l’aune de leur propre époque – posée comme supérieure par principe. Appliquée de manière géographique, cette manière de voir les choses s’appelle du « racisme » – mais, ça, on sait que c’est Mal. De manière chronologique, ça s’appelle « être de son temps » – ni d’avant ni d’après – et c’est Bien (paraît-il).

Au littéraire au cœur tendre qui vient pleurer sur l’éventuelle disparition du codex, l’historien répond : « Et alors ? les tablettes d’argiles et de cire et les rouleaux de parchemin aussi ont disparu ».

Les bibliothécaires, résistants au culte du livre ?

Cette approche romantique du livre me semble extrêmement dangereuse en ce qu’elle fait perdre au livre sa substance. Il devient une pure coquille, bonne en soi. Sans autre raison d’être bonne que la décision qu’on a prise de le définir comme tel. Un fétiche. Comme dans les religions qui périclitent (jadis la romaine, aujourd’hui la catholique) demeurent les signes extérieurs du culte mais on n’en comprend plus le sens profond.

Il fut un temps où le livre était synonyme de culture, d’étude, de sérieux. Il y a bien longtemps que ce n’est plus le cas : l’édition est pour une part une industrie culturelle, pour la plus grande une industrie tout court.

Quiconque fréquente réellement les livres sait la vacuité de la position consistant à lier livres et culture, les bibliothécaires en premier lieu. Qu’ont de respectables ces livres de vedettes de la chanson ou du sport écrits par un nègre ? Pourquoi vouer un culte à cet énième roman sans originalité dont la « durée de vie » sera de deux semaines ? Ce livre qui explique en 2010 que la recherche documentaire se fait sur un Minitel (1,29 F/min) a-t-il sa place ailleurs qu’à la poubelle ?

Le bibliothécaire sait que le lien systématique entre livre et culture a disparu et qu’il y a des bons et des mauvais livres. C’est son métier de choisir les bons et de les diffuser au public idoine. Poser tout livre comme bon, c’est à la fois nier les qualités des vrais bons livres et nier le travail d’accompagnement, de sélection et de médiation qui doit être effectué. Vous nous permettrez donc de juger sur pièce, au cas par cas.

Mais bien souvent, le sectateur du dieu Livre n’a pas plus de doute sur ce qui est Mal que sur ce qui est Bien. Et ce qui est mal, c’est l’électronique, qui tue le livre.
Leur raisonnement est simple, si l’on remonte à son origine

J’aime la culture et la réflexion
OR Ca se trouve dans les livres
DONC J’aime les livres
OR Internet/l’Ipad tue les livres
DONC je n’aime pas internet/l’Ipad etc.

Très bien. L’erreur étant que, dans l’entre-temps, la culture a largement changé de support. Il est désormais extrêmement rare qu’un scientifique publie un livre et les revues uniquement en ligne sont majoritaires. Seule une lointaine nostalgie et un goût immodéré de l’immortalité (matérielle, forcément matérielle) empêchent les sciences humaines de suivre le même chemin.

Personnellement, je passe la moitié de mon temps dans les livres et l’autre devant internet. Il est d’ailleurs rare que je lise/travaille avec un livre sans avoir internet à côté. Et je lis des livres sur internet. Et les renseignements glanés sur internet permettent d’écrire des livres.

Mon bureau

Mon bureau, à l'heure où je vous parle. Au premier plan, le Mal. Derrière, le Bien, tout plein d'âme et de senteurs.

Donc, oui, il est très possible que le livre sur papier disparaisse pour un certain nombre d’usages et je n’y vois aucun inconvénient. Ce phénomène m’intéresse car un modèle vieux de 500 ans est en révolution mais je refuse d’en avoir une approche morale, lyrique ou romantique.

Conclusions

1/ Je ne sais pas ce qu’est « le Livre ».

1 bis/ Un livre n’a pas de valeur en soi

2/ Il n’y a aucun lien automatique entre « livre » et « Culture » (avec un grand C)

2 bis/ Certains livres abêtissent autant leurs lecteurs que TF1 ses téléspectateurs

3/ Une œuvre n’est pas moins belle ni intéressante sur tablette électronique.

3 bis/ Bien au contraire, les possibilités offertes par le changement de support doivent amener une créativité nouvelle et bienvenue

4/ Un livre n’est pas une hostie consacrée ; un écrivain n’est pas une vestale ; détruire un livre n’est pas un blasphème

5/ Je trouve très drôle que les chantres de l’odeur du papier se trouvent souvent chez les romanciers, les petits éditeurs, d’une manière générale dans un milieu qui conchie le conservatisme et se veut engagé. Voir certaines personnes qui se définissent comme libertaires et athées (avec la rhétorique compassée qui va avec) assumer la position la plus dogmatique, religieuse et morale qui soit réjouit mon malheureux esprit épris de paradoxes.

29 Responses to “– Le livre va disparaître ! – Et alors ?”


  1. 1 Alphos 28 mai 2010 à 00:43

    Le Nutella est BEAUCOUP trop près des magnifiques exemplaires anciens. Et il est bien plus dangereux pour les livres qu’Internet ou l’iPad😉

    La prochaine fois, réduis pas la photo, on arrive pas à distinguer les titres sur les tranches ^^’

    PS : j’ai une édition originale des Caractères de La Bruyère, une « de poche » du Werther de Goethe, et une splendide édition bichrome de l’Entendement Humain, entre autres merveilles, et jamais du Nutella ne s’en approchera à moins d’1m50 sous peine de pendaison par les orteils et lapidage au M&M’s du contrevenant, le temps qu’il comprenne :p

  2. 2 Nuekke 28 mai 2010 à 06:44

    Par delà la Bien et le Mal, il y a le Nutella. Vérité du chercheur.

  3. 3 Nuekke 28 mai 2010 à 07:06

    La question de la disparition du livre a été posée il y a quinze ans déjà lors de l’essor d’internet et des débuts de la documentation électronique. Nous avons aujourd’hui la réponse : le livre n’a pas disparu. Aujourd’hui, l’apparition des tablettes et de la technologie du papier électronique modifie certainement l’appréhension, au sens concret, que nous pouvons avoir de la lecture sur support électronique, et je crois qu’elle remplacera le livre là où il n’est pas un support adapté : manuel scolaire ou universitaire, par exemple. C’est le confort de lecture et de consultation qui tranchera. Il n’y à rien à contempter ni à détruire, ni d’un côté ni de l’autre, mais juste, comme le signale ce billet, à démêler les enjeux industriels et commerciaux de cette affaire, sans hypocrisie intellectuelle. Si un objectif doit toujours être en ligne de mire, c’est celui de la liberté et de la pérennité de l’accès au texte. Les gestes éditoriaux (et bibliothéconomiques) pour garantir cette liberté ne sont pas les mêmes et ne nécessitent pas le même type de vigilance selon que le support est du papier ou de l’électronique.

  4. 4 Nicolas 28 mai 2010 à 07:15

    ho les titres on veut pas les voir, à tous les coups c’est du Pomponne😀 et il n’est pas question qu’un pot de nutella s’approche aussi près de mon PRS-505.

    Sinon, oui, cent fois oui Rémi. Ceci dit je dois avoir un « advanced programming in the unix environment » et un « intermediate Perl » qui traînent dans (oui dans) mon lit depuis une semaine, et ça me plaît. Donc oui, le livre peut-être un doudou🙂.

  5. 5 Deltrio 28 mai 2010 à 08:43

    Le livre va disparaître? Les bibliothèques vont disparaître et les bibliothécaires avec? Depo

    Ce discours me plaît. Et de toute façon, nous passons déjà plus de temps devant nos écrans que dans les livres imprimés…C’est un constat dur et réel…

    Alors, nos amis éditeurs vont-ils enfin sérieusement « booster » l’offre en ligne et les livres numériques?

    Oh! Mais on est le 28 mai! Je vais de ce pas manipuler l’Ipad dans ma grande surface culturelle préférée…

  6. 6 RM 28 mai 2010 à 09:02

    > Alphos : Je n’achète que du Nutella « early-printed-books-proof ». Si jamais tache il devait y avoir (et il n’y a jamais eu), je compte sur nos arrières-neveux pour la regarder la larme à l’oeil en se disant « C’est RM qui a fait cette tache ! Comme c’est émouvant ». Une tache autochocolatée vaut bien un envoi autographe, non ?

    > Nuekke : Exactement ! J’aime les livres, j’en ai beaucoup (et ça me coûte cher…) mais, je suis désolé, quand je travaille, je préfère pouvoir faire une recherche en plein texte pour retrouver un passage ; je trouve plus facilement un resto sur internet que dans un city-guide ; je suis heureux d’avoir toute la doc pour mon travail dans mon ordinateur quand je passe un WE à la campagne.
    Nous avons la chance extraordinaire de vivre à une époque où deux technologies coexistent, avec toutes deux des avantages et des défauts en fonction des divers usages que l’on peut avoir d’un texte ; l’une des deux étant en évolution en rapide.
    Observons et agissons, sans a priori.

    > Nicolas : Même pas vrai, les livres ne sont pas de Pomponne mais de son pôpa, dont je prépare la bibliographie (et Dieu sait qu’il a publié et a été réédité pendant toute la seconde moitié du XVIIe et le XVIIIe siècle, le bougre)🙂
    Oui, le livre peut être un doudou, c’est certain. Mais 1/c’est un argument un peu faiblard, surtout quand il vient de gens qui s’autoproclament « défenseur de la Culture » 2/un ordi aussi peut être un doudou. Bien des gens donnent un nom à leur ordi, collent des autocollants dessus, travaillent au lit avec etc.

    > Deltrio : Ce qui me gêne en plus, c’est que ce type de discours sert souvent à cacher l’incapacité de certains éditeurs/libraires/bibliothécaires etc. à s’adapter à des conditions nouvelles. Dire « oui mais c’était mieux avant, on avait une âme » parce qu’on ne comprend pas le monde actuel me gêne un peu.
    Et ce qui me gêne encore plus, ce sont les gens qui tentent d’embarquer dans leur nostalgie immobile les imprimeurs-libraires anciens. Se cacher derrière les Elzevier comme symbole du « bon vieux temps » me semble assez spécieux dans la mesure où ces derniers étaient à la pointe de l’innovation pour la technique et la diffusion. La phrase suivante ne veut rien dire mais, mutatis mutandis, si les Elzevier publiaient aujourd’hui, ils seraient un groupe international présent partout sur internet.

  7. 7 Eunostos 28 mai 2010 à 09:33

    Une mise au point énergique et bienvenue. D’ailleurs, les antiquisants eux aussi ont tout intérêt à utiliser les innombrables ressources en ligne proposées aux latinistes et aux hellénistes. Et quitte à parler de romantisme, lire Homère en pdf m’abîme souvent dans des rêveries pleines d’espoir et d’optimisme.

    Quitte à râler, cependant, autant râler aussi contre le lancement régulier de tel ou tel support numérique miracle supposé annoncer la disparition du livre – bref, contre l’utilisation du mythe de la révolution technologique à des fins de marketing (je vous regarde, suppôts d’Apple, mais vous n’êtes certes pas les premiers), et contre l’avide colonisation du domaine du savoir par des multinationales en quête d’argent et de contrôle (Google, c’est bien, mais quand ils se prennent pour la Pythie, ça l’est moins – sans parler des abonnements aux bouquets de revues et des logiciels de bibliographie et autres outils de travail vendus à des prix exorbitants). Mais ce sont des problèmes un peu différents.

    Il faudrait aussi dire un mot des problèmes de conservation des données – qui concernaient déjà le livre « papier », beaucoup d’éditeurs ayant recours, à ce que j’ai lu, à du papier de très basse qualité qui se dégrade extrêmement vite (il n’y a qu’à voir les plus vieux poches de la bibliothèque parentale, d’ailleurs), mais qui touchent plus encore les données numériques. Pourvu que dans quelques siècles, on n’en vienne pas à regretter amèrement cette belle révolution technologique du numérique, autant que nous regrettons la disparition des tablettes d’argile non cuites et autres papyri hautement putrescibles…

  8. 8 Mathieu P. 28 mai 2010 à 09:35

    Au niveau industriel, la question de la substituabilité entre livre physique et livre numérique se pose, malgré un argumentaire des éditeurs, qui postulent une absolue équivalence des deux.

    Pourtant, un récent travail de David Bounie et coauteurs montre que même pour le livre physique, la structure des ventes d’Amazon n’est pas la même que celle de la librairie physique.
    http://ses.telecom-paristech.fr/bounie/documents/Recherche/Article_REP_BounieEangWaelbroeck.pdf

    La question se redouble quand on parle du livre numérique, dont on ne sait pas encore bien de quoi il s’agit.

  9. 9 Neokant 28 mai 2010 à 11:28

    On devrait pouvoir faire un parallèle avec l’analyse que fait Boudon du rapport aux valeurs dans leur évolution (dans « Déclin de la morale ? Déclin des valeurs ? ») : de même qu’il est faux de dire que les valeurs se perdent, étant donné qu’elles se contentent de changer, de même est-il faux de dire que le livre a une âme et que le nouveau support en est dépourvu. Les tenants de valeurs anciennes ne les retrouvent pas dans ce qui se présente maintenant, certes, mais c’est parce qu’ils ne savent pas trouver les nouvelles.

  10. 11 Deltrio 28 mai 2010 à 13:03

    @RM : Vous avez raison, le discours nostalgique est un cache-sexe qui ne pourra mener loin éditeurs/libraires/bibliothécaires.

    Mais c’est le propre des périodes de profond bouleversement de les favoriser.

    Une initiative de Bd en « streaming » sur Babelio : http://www.babelio.com/bdnumerique

  11. 12 Isabelle Rambaud 29 mai 2010 à 11:56

    Tout à fait d’accord sur le fonds, la révolution numérique et la nécessaire cohabitation.
    Plus réservée sur la formule un peu rapide « détruire un livre n’est pas un blasphème ». D’accord, ce n’est pas un blasphème (encore que : les croyants de toutes religions n’auront pas votre point de vue par rapport à leurs Livres sacrés si on détruit volontairement leurs ouvrages !) mais si l’intention est de détruire la pensée contenue dans le livre, cela reste « grave » parce qu’il y a atteinte à la liberté de penser et d’écrire : les autodafés de l’Inquisition ou des nazis devaient se réclamer de la formule. Et la méthode s’applique pareillement aux livres tablettes : un bon petit virus et vos serveurs seront HS meme s’il n’y a pas intention de nuire , vos livres numériques idem.
    Faites nous vite un « papier » sur ces risques, intentionnels ou non ?
    Le roi de l’intention, saint Augustin, devrait vous inspirer…

  12. 13 Manue 29 mai 2010 à 18:23

    « si les Elzevier publiaient aujourd’hui, ils seraient un groupe international présent partout sur internet » : comme Elsevier par exemple ??
    (désolée c’était trop tentant)

    Sinon, merci, mille fois merci pour ce billet. Drôle, et vrai, et excellent. Et vive le nutella, le livre ancien, et le numérique.

  13. 14 Gilles 29 mai 2010 à 19:41

    Oui, « Et alors » ? Je suis bien d’accord avec le fond de cet article. J’ai particulièrement apprécié le syllogisme final qui résume en 5 lignes le manque de réflexion des contempteurs rétrogrades du livre-doudou.

    D’ailleurs j’adorerais avoir une tablette de lecture électronique pour pouvoir lire dans mon lit, couché sur le côté (rien de plus malaisé que de parcourir les pages droites du bouquin quand je suis posé sur mon flanc droit).

    Il y a juste une partie du texte qui ne cesse de ma navrer : c’est la critique du mauvais livre et de TF1.

    Comment peut-on être à la fois cultivé et incapable de comprendre l’inévitable diversité humaine ? Comment peut-on se dire démocrate (voire socialiste, bien souvent) avec un raisonnement aussi aristocratique ? D’où viennent ces relents de dictature culturelle ? De tels raisonnements ne transpirent-ils pas une sorte d’autodafé verbal qui jure cruellement dans la bouche de celui qui devrait élever les masses par son exemple et ses conseils, au lieu de les vouer aux gémonies ? Je croyais que la raison-même de la Culture, c’était de construire des hommes sages et respectueux, au lieux de ces intolérants fielleux que l’on voit partout (Christine Bravo, dans le « Thé ou café » de ce matin tenait les mêmes discours :-))) ) ?

    Pour ma part, il me semble qu’il est tout autant ridicule de regretter le livre-papier que de regretter qu’il existe des lecteurs populaires. Cela procède du même snobisme :

    J’aime la culture et la réflexion
    OR on la trouve chez les bons éditeurs
    DONC j’aime les bons éditeurs.
    OR la culture populaire tue les bons éditeurs
    DONC la culture populaire est méprisable.

    Si vous vous trouvez dans la partie de droite de la courbe de Gauss et que vous supprimez la partie située à votre gauche, vous constituerez une nouvelle courbe de Gauss dans laquelle vous serez… à gauche : à supprimer !

  14. 15 Christian Jacomino 30 mai 2010 à 07:37

    Il fallait que ce soit dit. Merci de l’avoir fait.
    Je cite votre article ici:
    http://voixhaute.com/spip/spip.php?article307

  15. 16 ALiCe__M 30 mai 2010 à 08:31

    Merci pour cette mise au point salutaire.
    On parle « d’âme » du livre, mais aussi beaucoup de sa « sensualité »… et là je me dis que ceux-là même qui aimaient la « sensualité » des plumes Sergent-Major, sont aujourd’hui en train de tweeter.

  16. 17 Jastrow 30 mai 2010 à 08:42

    Gilles, la qualité d’un livre est orthogonale à son genre.

    Il existe d’excellents livres de fantasy, science-fiction, policiers ou de divertissement, par ailleurs vendus à très gros tirages à bas prix. Je pense par exemple aux œuvres de Terry Pratchett ou plus anciennement de P. G. Wodehouse. Ce ne sont pas ce que Rémi cite.

    En revanche, certains livres valent à peine le papier sur lequel ils sont imprimés, aussi bien des représentants de la culture populaire que de la culture plus académique. Rémi cite d’ailleurs des représentants des deux.

    Prenez par exemple Star Wars. La trilogie originale est l’une des œuvres de la culture populaire les plus marquantes de ces dernières années. Elle a donné lieu à d’innombrables produits dérivés ; parmi les plus médiocres figurent très clairement les livres. Je peux en témoigner pour en compter plusieurs dizaines dans ma bibliothèque🙂

  17. 18 RM 31 mai 2010 à 18:43

    > Eunostos : À propos de conservation, disons qu’on ignore si les données numériques pourront en effet être conservées alors que, pour le papier actuel, on est sûr qu’il ne le sera pas😉

    > Mathieu P. : Les résultats de cette étude sont-ils si surprenant puisque les produits offerts ne sont pas semblables, non plus que le profil sociologique des acheteurs ? Dans le milieu bibliothécaire, je crois que les différences d’usages (actuels) sont pris en compte (au moins de manière inconsciente ; souvent consciemment) avec des réflexions sur ce qu’il faut acheter en papier/en électronique. Mais cela évoluera bien évidemment, surtout que l’électronique offre des possibilités différentes : les éditeurs ne pourront très longtemps balancer les pdf de leurs livres papier sans aucune valeur ajoutée. On en est en fait encore au moment où les incunables imitaient les manuscrits dans leur présentation et leur structuration.

    > Néokant : Tu veux dire qu’il faudrait accompagner le déploiement des livres électroniques par une cellule d’aide psychologique au changement ? Je rigole mais ce que tu dis est certainement vrai, sauf que les valeurs n’ont finalement pas changé. Il ne faudrait pas oublier le fond parce qu’on tient trop à l’outil.

    > JM Salaün : Je l’avais lu à sa sortie (quand j’étais petit) et il faudrait bien que je le reprenne, oui. Il existe en version électronique😉 ?

    > Deltrio : Merci pour le lien !

    > Isabelle Rambaud : Oui, certes, mais on parle alors de *certains* livres, de *certains* textes. Ensuite, nous sommes parfaitement d’accord, je pense, pour dire qu’il est nécessaire que le passage au numérique s’accompagne de certaines assurances de la part des éditeurs/distributeurs. Entre autre, que nous *achetions* véritablement le texte, dans un format interopérable, et non un droit d’usage révocable afin de conserver sa bibliothèque quand on change d’ordinateur…

    > Manue : Par exemple🙂 J’offre des soirées de baby-sitting gratuites à la première personne qui osera appeler sa fille Elzevire. Je trouve que c’est très joli, mais je suis visiblement le seul dans mon entourage. Pfff.

    > Gilles : Argh, me comparer à Christine Bravo, c’est dur🙂. Ceci dit, je ne condamne pas les lectures populaires, je souligne le fait qu’il existe des livres de qualité et d’autres qui ne le sont pas. Mais il y a des lectures populaires de qualité, de très mauvais livres « savants »… et même des moments où on a envie de lire un livre que l’on sait sans aucun autre intérêt que d’être distrayant.

    > Christian Jacomino : Merci ! Je me présenterai désormais comme « RM, auteur de billets délicieux et percutants »😉

    > ALICe-M : Sans compter la sensualité de ma souris…

    > Jastrow : Parfaitement d’accord avec Jastrow, qui sait que je me permets de répondre « 42 » à certaines questions et que Bertram Wooster demeure mon modèle d’élégance😉

  18. 19 Robert Conrad 1 juin 2010 à 11:53

    Mais alors … Je dessine quoi moi s’il faut que tout le monde soit d’accord ?!
    Cela dit, merci pour l’excellente analyse que je partage presque intégralement, en amoureux que je suis de livres anciens, mais aussi de nouvelles technologies.

  19. 20 RM 1 juin 2010 à 22:30

    > Robert Conrad : Je suis ravi que vous le preniez comme ça ! Bien cordialement, RM

  20. 21 Mathilde 2 juillet 2010 à 09:31

    Très intéressant, mais..si si, il y a des livres qui ont de la valeur en soi !

  21. 22 Robert Conrad 2 juillet 2010 à 09:52

    Bon,
    Il y a aussi les séances de dédicaces … sur l’iPad, ce sera coton !

  22. 23 RM 2 juillet 2010 à 19:09

    > Robert Conrad : Pas faux… Vous ferez un petit dessin à côté. Ou vous le ferez à la palette électronique et on fusionnera ce fichier avec celui du livre🙂

  23. 24 La Martienne 12 octobre 2010 à 20:00

    Diable ! Comment ai-je pu passer à côté de cette note ! Il est décidément temps que je re-fréquente ton blog un peu plus assidument.

    Et, sinon, le Nutella, c’est le Mal. Ce n’est ni du vrai chocolat, ni des vraies noisettes. Ergo…😉

  24. 25 sandrine 6 avril 2011 à 14:33

    Bonjour,
    Je vois que quelques soient les blogs, le sujet est toujours aussi polémique; ah, oui, le livre papier.
    Un support parmi les autres, question de génération aussi peut être.
    Relieur… d’Epad, ça risque d’étre dur. je vais me reconvertir en fabricant de pochette-doudou pour tablettes numériques.
    S.


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