Archives de septembre 2010

Vous avez deux minutes, pour une petite enquête ?

Exceptionnellement, un billet qui n’est pas de ma blanche main mais de celle de Silvère, charismatique leader du groupe de veille collaborative auquel j’appartiens, le « Bouillon des bibliobsédés » – que vous suivez tous afin d’être tenu au courant de l’actualité des bibliothèques et du traitement de l’information, bien sûr…

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Le 29 septembre 2009 ce fut la naissance du Bouillon des Bibliobsédés, agrégation et redistribution de la veille d’une vingtaine de volontaires autour des thématiques de l’information documentation grâce à l’indispensable Lully.

Voilà maintenant un an que cette veille partagée fonctionne, il est temps de faire un bilan. Nous vous proposons donc de répondre à cette enquête en ligne destinée aux utilisateurs du bouillon et/ou du nectar. Elle a été réalisée de manière collaborative par les veilleurs grâce à l’excellent logiciel libre Limesurvey mis à disposition par Olivier Le Deuff, merci à lui.

Nous avons souhaité cette enquête anonyme, pas trop longue et largement ouverte à vos suggestions, n’hésitez pas à vous y exprimer et soyez sûr que toutes vos remarques seront lues par les veilleurs ! Nous vous proposerons bien entendu tous les résultats dans les prochaines semaines. Merci d’avance pour vos réponses et n’hésitez pas à disséminer largement cette enquête pour que nous ayons le plus de réponses possibles !

Apologie pour l’usage de l’empreinte. 2. À quoi ça sert ?

On me demandait en commentaire du précédent billet ce qu’est une empreinte typographique.

C’est très simple : il s’agit d’une suite de caractères relevés selon une méthode particulière (il y a plusieurs méthodes concurrente, nous en parlerons dans les prochains billets) dans un livre ancien.

D’après l’Oxford Companion to the Book, l’idée en reviendrait à Falconer Madan (on ne prête qu’aux riches) mais elle est surtout mise en pratique quand se développent les bases de données bibliographiques informatisées.

À quoi cela sert-il ? D’une part (1) à établir une relation de un-à-un, d’autre part (2) à rapidement identifier un livre.

1/ Etablir une relation de un-à-un

Prenons un exemple contemporain (parfaitement) au hasard : ce livre. Quand on a dit qu’il s’agit de Rémi Mathis, Les bibliographies nationales rétrospectives, 2010, on sait à peu près de quoi on parle. Il n’y a qu’une seule édition et pas de différence de composition entre les exemplaires. L’empreinte est inutile.

Prenons maintenant cet exemple-ci. Je suis incapable en voyant cette notice de savoir de quelle édition il s’agit. Car Fricx a publié parallèlement deux éditions du texte, l’un comptant infiniment plus de gravures que l’autre. Indiquer Flavius Josèphe, Histoire des Juifs écrite par Flavius Joseph, sous le titre de « Antiquitez judaïques », traduite sur l’original grec revu sur divers manuscrits, par Monsieur Arnauld d’Andilly, Bruxelles : Fricx, 1701-1702 n’est donc pas pertinent car non-discriminant.

On remarquera au passage qu’on ne s’aperçoit de la non-pertinence qu’a posteriori, une fois qu’on est tombé par hasard sur des exemplaires des deux éditions. La bibliographie est un sport de combat, mais fort amusant.

Vous me direz : « OK mais fournir la collation aurait suffit à différencier les deux éditions ». Vous avez raison et c’est pour cela que fournir la collation (qui « décrit » l’ensemble du livre) est essentiel (et que vous invite à rejoindre la Collation formula appreciation Society sur Facebook).

Mais il est des cas où la collation ne suffit pas. Car deux copies ligne à ligne auront des collations semblables et le cas est extrêmement fréquent. À l’inverse, il faut pouvoir rassembler sous la même édition des livres qui peuvent présenter des pages de titre et des dates très différentes… voire une collation différente. C’est le cas quand un libraire rachète le fonds d’un prédécesseur : il remet alors en vente les vieux exemplaires sous sa marque et il n’est pas rare qu’il ajoute alors des tables, une préface ou le catalogue de ses livres. Sans empreinte, il est souvent impossible de se rendre compte qu’il s’agit de la même édition, écoulée en deux émissions distinctes.

L’empreinte sert donc à cela :
*être sûr que deux exemplaires possédant la même empreinte appartiennent à la même édition
*être sûr que deux exemplaires possédant des empreintes différentes appartiennent à des éditions distinctes

2/ Rapidement identifier un exemplaire

Dès lors que cette relation de un à un existe, l’identification des livres en est grandement favorisée. Il suffit de relever l’empreinte et on sait directement à quelle édition appartient l’ouvrage. Même si votre exemplaire est incomplet et n’a plus de page de titre.

On a cependant le droit d’effectuer quelques vérifications supplémentaires – mais on perd en tout cas beaucoup moins de temps à entièrement collationner l’exemplaire.

Pour une héraldique de l’internet

Regardant l’affichage de mon navigateur, je me suis rendu compte que l’internet – mêlant image et texte – nous avait fait revenir à un système proche de l’héraldique.

Rappelons-nous (en très gros). Au milieu du XIIe siècle se mettent parallèlement en place les noms de famille et les armoiries : dans les deux cas, cela permet d’identifier une famille ou un groupe et, à l’intérieur de celui-ci, un individu.

Cela demeure : l’identité visuelle d’un site (ses couleurs, entre autre) est aussi importante que son nom. C’est pourquoi, bien souvent, nous nous bornons à afficher ses armoiries (euh, pardon, son favicon) et non plus son nom.

Car il est évident pour nous que

= FlickR = http://www.flickr.com

de la même manière que

= La Rochefoucauld.

Il en est d’ailleurs de même en bas des billets de blogs ou articles de journaux, qui proposent de diffuser l’information sur des réseaux sociaux, à partir de leur logo uniquement.

Cette analogie va plus loin. Souvenons-nous que la seule règle impérative de l’héraldique est celle de non-superposition des émaux et des métaux. En clair, on range les couleurs en deux catégories : les « métaux » (or et argent, c’est à dire jaune et blanc) et les « émaux » (azur, gueules, sinople, sable, i.e. bleu, rouge, vert et noir) et il est interdit de superposer deux émaux ou deux métaux (je simplifie).

À cela certainement des raisons de visibilité, nécessaire au temps où les armoiries permettaient d’identifier de loin des combattants en armure sur le champ de bataille. Ces questions de visibilité demeurent bien évidemment sur l’écran d’un ordinateur… si bien que la règle héraldique est très souvent suivie par les logos des sites.

Blasonnons donc gaiement !

* Facebook : : D’azur, à la lettre « f » d’argent posée à senestre
* Wikipédia : : D’argent à la lettre « W » de sable
* WordPress : : D’azur à l’orle d’argent et à la lettre « W » aboutée du même

* Laposte : : D’or à l’oiseau stylisé d’azur
* L’équipe : : D’argent à la lettre « E » de gueules posée en barre
* Nonfiction : : De sinople à l’ombre de curseur de souris posée en bande

* BnF : : D’argent à l’accolade de sable posée en pal
* British Library : : d’argent, au pal élargi de gueules
* Library of Congress : : Parti, au 1 d’azur plain, au 2 d’azur à cinq fasces ondées d’argent

* revues.org : : d’argent à la lettre « r » d’azur senestrée d’un tourteau de sinople en pointe

Avez-vous d’autres exemples joliment héraldiques ?

Apologie pour l’usage de l’empreinte. 1.La page de titre ment

Toute personne ayant un tant soit peu fréquenté les livres anciens sait que la page de titre se compte parmi les rares concurrents de l’arracheur de dents pour le titre d’archi-menteur de nos contrées.

Tantôt le même texte est proposé sous des titres différents selon les éditions, tantôt il est fait mention d’un privilège qui n’existe pas, les éditions pirate portent souvent le nom de l’imprimeur libraire originel (et par toujours la mention « jouxte la copie »). Surtout, il est absolument impensable de croire les mentions du quantième de l’édition. Ne parlons même pas des différentes émissions d’une même édition ou des éditions partagées rarement signalées comme telles.

N’oublions pas que la page de titre est imprimée par un marchand qui ne cherchait pas à fournir des métadonnées fiables à de futurs bibliographes mais uniquement à vendre sa production. Et de la même manière que les gens d’aujourd’hui veulent la version 4 de l’Iphone même si la 3e est meilleure, ils désiraient au XVIIe siècle la « nouvelle édition ». Qu’à cela ne tienne, il suffit alors d’imprimer une page de titre signalant « nouvelle édition » et de la relier avec le précédent tirage, éventuellement en changeant la date.

Il serait déjà fou de penser que page de titre identique signifie succession identique des mêmes cahiers et page de titre différente succession différente. Mais plus fou encore de penser que les imprimeurs libraires proclament une vérité pleine et claire sur leurs pages de titre.

Dès lors, il est impensable de cataloguer un livre en se fondant uniquement sur la page de titre : il faut trouver des éléments qui décrivent de manière fine l’ensemble de l’unité bibliographique. La collation en est un, l’empreinte en est un autre. Les deux sont indispensables.


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