Moins de manuscrits, plus de TGV !

Ce qui vient d’arriver est extrêmement grave. Le gouvernement est en train de créer des précédents extrêmement fâcheux qui pourraient remettre en cause toute la gestion du patrimoine mondial, et cela pour des raisons essentiellement pécuniaires.

Expliquons.

La première étape se situe à l’automne 1866 – je trace la situation à grand trait car l’article de Wikipédia est très correct : lisez-le.

Massacre de catholiques et expédition punitive sous le Second Empire

Alors que la Corée vit repliée sur elle-même, des missions catholiques sont organisées depuis le XVIIe siècle. Un vicariat apostolique est créé en 1831 mais les trois prêtres torturés et assassinés dès 1839 et les catholiques persécutés. La France finit par imposer un traité de tolérance et réclame des explications, qu’elle n’obtient jamais. En 1864, le roi de Corée craint l’influence russe grandissante en Extrême-Orient et se tourne vers la France (présente en Chine) pour obtenir son soutien – notamment grâce à une politique plus clémente envers les catholiques. Pour des raisons complexes, il change toutefois rapidement d’avis et décide leur éradication : l’évêque est à nouveau assassiné, de même que de très nombreux prêtres et fidèles (printemps 1866).

Le contre-amiral Roze

Le contre-amiral Roze

Un prêtre est parvenu à s’échapper et prévient le contre-amiral Roze, commandant des mers de Chine, des massacres perpétrés. Celui-ci en réfère à son supérieur à Saïgon et organise peu après deux expéditions. La première sert de reconnaissance. Au cours de la seconde, menée avec sept bâtiments de guerre, Roze demande que soient remis les trois ministres ayant le plus de responsabilités dans les massacres – la Corée refuse et se justifie en disant n’avoir fait qu’appliquer ses propres lois. L’expédition progresse alors et atteint Séoul où les ordres sont de détruire tous les bâtiments de l’Etat coréen. Le 15 novembre, Roze se retire et écrit : « L’expédition que je viens de faire, si modeste qu’elle soit, en aura préparé une plus sérieuse si elle est jugée nécessaire… Elle aura d’ailleurs profondément frappé l’esprit de la nation coréenne en lui prouvant que sa prétendue invulnérabilité n’était que chimérique. Enfin la destruction d’un des boulevards de Séoul et la perte considérable que nous avons fait éprouver au gouvernement coréen ne peuvent manquer de le rendre plus circonspect. Le but que je m’étais fixé est donc complètement rempli et le meurtre de nos missionnaires a été vengé. »

Ceci n’est que le début de notre affaire car :
*Roze n’a pas seulement détruit des bâtiments mais aussi emporté du butin, dont des manuscrits anciens de la bibliothèque royale Oe-Gyujanggak (île de Kangwha) – c’est là que le bât blesse
*Le fait que l’expédition ne donne pas lieu à occupation (comme en Chine) est utilisé par la Corée, qui y voit une grande victoire et fonde sur cet épisode une légende dorée de sa puissance militaire, confinant à la xénophobie.

Un traité d’amitié est signé en 1886 entre la France et la Corée et les manuscrits ont été confiés à la Bibliothèque nationale, à Paris, dès 1867, où ils sont traités avec le reste du fonds oriental du Cabinet des manuscrits. Rapidement, Maurice Courant les décrit dans sa Bibliographie coréenne (Paris, 3 vol. et un supplément, 1894-1901) et ils sont mis à disposition des savants. Tout semble donc s’apaiser.
Néanmoins, les Coréens se souviennent de cette perte et de ses conditions et font peu à peu pression pour que la BN rende ces manuscrits.

Une revendication tardive mais pugnace ou « quand le nationalisme prend le pas sur le scientifique »

Une étape importante a lieu en 1993. Un manuscrit, coréen 2495, est prêté par la BN au moment d’une visite d’Etat du président Mitterrand. En jeu, la vente d’un TGV à la Corée. Au moment de rendre le manuscrit (en fait, le premier volume d’un ouvrage qui en compte deux), la Corée revient sur sa parole et refuse de s’en séparer. La France se couche et abandonne son manuscrit en le recouvrant du voile pudique d’un prêt de longue durée… La démission de responsables de la BN est refusée par le ministère.

La Corée continue à faire pression. Un excellent accord est donc trouvé en 2006 à l’occasion de la venue à Paris du premier ministre de Corée :
*des procédures spéciales sont mises en place à la BnF pour faciliter la consultation des originaux, particulièrement aux chercheurs de ce pays
*experts français et coréens décident ensemble des spécifications relatives à la numérisation des manuscrits n’ayant pas leur équivalent en Corée. Les trente manuscrits uniques sont intégralement numérisés en couleur et disponibles sur internet.

BnF, coréen 2442, fol. 1

BnF, coréen 2442, fol. 1

Mais ce serait une erreur de considérer cette affaire comme une question historique ou scientifique. La Corée ne s’intéresse pas tant aux manuscrits qu’au symbole qu’ils représentent.
Il n’y avait donc aucune raison pour que cet accord – scientifiquement satisfaisant – mette fin aux réclamations. On entendait encore il y a quelques mois le directeur du centre de recherche coréen sur le patrimoine déclarer, avec finesse, au sujet de la BnF : « Ils gagnent trop d’argent grâce à nos trésors » (sic).

Et, il y a quelques jours, la nouvelle est tombée : c’est le président Sarkozy – connu pour sa grande culture et son amour de la chose historique – qui a finalement accepté que les manuscrits quittent la BnF.

Quelles conséquences ?

D’un point de vue scientifique, répétons-le, le fait que les manuscrits se trouvent à Paris ou à Séoul ne change pas grand chose. Les deux pays offrent de très bonnes conditions de conservation, les manuscrits uniques sont déjà numérisés, les chercheurs ont l’habitude de voyager. La question du lieu de conservation est presque futile.

En revanche, je vois dans cette affaire au moins trois lièvres qu’il convient de soulever

1. Un coin dans l’inaliénabilité des collections publiques

L’Etat acquiert mais ne rend pas. Ce qui se trouve dans les collections publiques s’y trouvera toujours : nous conservons pour l’éternité et pas uniquement jusqu’à ce qu’un nouveau directeur aux marottes différentes revende les fonds pour acheter ce qui lui plaît.

C’est une des bases des bibliothèques et musées français – cela les met à l’abri des modes et des pressions et c’est fondamental. J’ai suffisamment parlé d’affaires pitoyables arrivées dans des pays où cette règle n’existe pas pour que cela soit clair.

Or, ce que nous avons ici, c’est un contournement de l’inaliénabilité par le biais d’un prêt permanent – ou plutôt renouvelable pour éviter qu’un prêt permanent ne soit cassé par un tribunal administratif. Soyons clair : la Corée ne rendra jamais ces manuscrits même si la France le demandait – et la France ne se brouillera pas avec un partenaire commercial de cette importance pour si peu.

2. L’instrumentalisation du patrimoine

À aucun moment on n’accorde la moindre importance à ces manuscrits. De la part de gens qui n’ont que le mot d’ « exception culturelle française » à la bouche et se pressent aux expos du Grand Palais, cela peut faire sourire.

Ils ne sont qu’un élément de la diplomatie française et seront sacrifiés si besoin, sans scrupule aucun. La diplomatie elle-même n’étant qu’un outil pour signer des contrats avec un partenaire commercial.

Bref, pourquoi garder des vieux papiers alors qu’ils peuvent permettre à Bouygues de construire des beaux immeubles à Séoul ?

3. Vivre dans l’anachronisme, ou le triomphe du moralisme

« Ben oui mais les manuscrits ont été volés, c’est mal de voler ».

Certes, c’est très mal. Massacrer des catholiques aussi, remarquez.

Mais c’était il y a 150 ans au sein de civilisations différentes de la nôtre. Les Coréens n’avaient pas tort en avançant que les catholiques avaient été mis à mort « selon leurs lois ».

Et donc juger des comportements anciens avec les yeux et les valeurs d’aujourd’hui n’a aucun sens. C’est parfaitement stupide et c’est ce qu’on apprend normalement au collège, en cours d’histoire.

Pour permettre la vie en société sans tomber dans le moralisme, l’homme a inventé les « lois ». Dans une société moderne, il n’est pas interdit de faire ceci parce que « c’est Mal » ou parce que « Dieu n’aime pas ça » mais parce qu’une loi l’indique – et on discute des lois.
Or la loi française et les accords internationaux sur le patrimoine (et son pillage – unesco 1970) considèrent que ces manuscrits appartiennent à la France et qu’il n’y a aucune raison de revenir là-dessus.

L’accord venant d’être signé substitue le moralisme d’une époque (changeant et, surtout soumis aux groupes de pression) à la loi.

Il ouvre la porte à ce que pareille revendication naisse dans tous les pays et que cela donne lieu à des échanges internationaux : hors de question qu’une pièce égyptienne se trouve en dehors d’Egypte, une pièce française en dehors de France et ainsi de suite.

Car il est bien entendu que les Egyptiens/Français d’aujourd’hui sont les ayants droits de ceux d’il y a 150/500/3000 ans. L’identité nationale, ça veut dire quelque chose.
Et il serait tout de même dommage qu’un Allemand puisse voir à Berlin une pièce aztèque : des fois que ça lui ouvre l’esprit… Non, chacun chez soi, c’est beaucoup mieux.

Une réaction des conservateurs : rejoignez-les !

Voilà pourquoi j’adhère entièrement à la tribune signée par les plus importants conservateurs de la BnF dans Libération du 18 novembre, dont le directeur des collections (directeur général adjoint), les deux derniers directeurs du département des manuscrits, les deux derniers directeurs du département des estampes, les directeurs des départements des Monnaies et Médailles, de la Réserve des livres rares, des Cartes et Plans, des imprimés (section philosophie, histoire, sciences de l’homme), l’ancienne directrice du département de la Musique et les délégués aux relations internationales et à la diffusion culturelle.

Et voilà pourquoi je vous encourage à leur écrire à motioncoreeCHEZyahoo.fr, en indiquant si vous le souhaitez, votre secteur professionnel, le nom de votre entreprise ou organisme, afin de leur faire part de votre soutien devant cette situation préoccupante pour le patrimoine mondial.

10 Responses to “Moins de manuscrits, plus de TGV !”


  1. 1 Scrongneugneu 18 novembre 2010 à 23:31

    Tout cela n’est pas bien étonnant, venant d’un personnage qui se moque ouvertement du patrimoine culturel français (souvenons-nous de la Princesse de Clèves) et probablement aussi de tout autre patrimoine culturel dont la protection n’ait pas été sollicitée au cours d’un brunch au Fouquet’s, et qui se gausse aussi de l’existence d’un peuple souverain (cf. le Traité de Lisbonne), dont il est pourtant issu, mais dont il se souviendra peut-être le jour où celui-ci l’aura enfin congédié, comme l’on fait avec les domestiques indélicats…

  2. 2 Éponyme 19 novembre 2010 à 10:15

    @Scrongneugneu : Mitterrand avait fait la même chose, et on ne peut pas l’accuser, lui, d’avoir été quelqu’un qui se se moquait ouvertement du patrimoine mondial ! À l’époque, je m’en souviens, on avait déjà crié au scandale et que la boîte de Pandore était ouverte.

    Pour le reste, le vieux système de l’inaliénabilité craque de toute part. D’accord pour mettre le patrimoine nationale hors de portée de considérations tactiques, diplomatiques, politiciennes, commerciales, bref : contingentes de la part de ceux qui pour un instant nous gouvernent. C’est l’évidence.

    Mais combien de temps tiendra ce système de la prime aux pillards, aux barbares que nous sommes ou que nous avons été (cf. une fameuse lettre de Victor Hugo au capitaine Buttler à propos du sac du palais d’été de pékin, en 1860 – l’agression française contre la Corée quelques années plus tard ne me semble pas être de nature différente…) contre les revendications des pays où les œuvres volées et impudemment exposées ou conservées par les voleurs.

    C’est une question qui mérite d’être posée sur le fond, au-delà de misérables prétextes d’un « prêts » renouvelable tous les cinq ans, ou de motivations plus honorables mais tout de même un peu spécieuses de respect dû aux morts, comme dans l’affaire de la restitution des cadavres volés de guerriers maoris.

    Mais dans tous les cas, s’arcbouter sur des principes si méprisants du droit des peuples, tellement ignorants de l’histoire, si profondément liés à la période coloniale (la référence de l’article aux archives algériennes ne vient pas ici par hasard !) n’est plus vraisemblable à notre époque.

  3. 3 MagDL 20 novembre 2010 à 20:28

    Bonsoir,
    Cet événement m’inspire une autre réflexion : qu’en est-il de la Corée du Nord ? N’a-t-elle pas elle aussi des droits sur ces manuscrits ? Accepter de « rendre » ces documents à la Corée du Sud, d’un point de vue diplomatique, ne revient-il pas à lui reconnaître publiquement une légitimité plus importante qu’à l’état rival, ce qui nous met dans une position très délicate ? Il me semble que rien que pour cela, on aurait mieux fait de refuser…

    @ Eponyme : « ignorant de l’histoire » est une expression que j’appliquerais plutot à ceux qui la voient, comme le dénonce l’article, avec les yeux et la morale d’aujourd’hui, et jugent avec nos critères une époque révolue. Le premier enseignement que donne l’histoire, c’est l’humilité, et le premier but de l’étude de l’histoire, c’est de comprendre, pas de juger : c’est ainsi seulement que l’on évite de refaire les mêmes erreurs.

  4. 4 Éponyme 22 novembre 2010 à 19:45

    Chère MagDL,

    Un soudard aux ordres d’un dictateur part pour le lointain et mystérieux Orient aux fins évidentes de le piller. Son prétexte : des amis de l’Inquisition venus réactiver dans ces contrées leurs antiques pratiques y ont été quel que peu malmenés… C’est ainsi qu’aurait pu commencer ce billet, au lieu de faire un exposé faussement neutre de cette immorale épopée.

    Alors oui, on ne doit pas faire l’histoire en y appliquant les valeurs du passé : c’est exactement ce que j’ai voulu dire. Et on pourrait avoir l’humilité de considérer que les valeurs des peuples qui furent opprimés ne sont pas nécessairement celles de leurs oppresseurs. Encore que les valeurs de Victor Hugo, pour être anciennes, ne sont pas nécessairement mauvaises (mais ont échappés à notre bibliothécaire favori !).

    Sinon, je suis entièrement d’accord avec le problème de la Corée du Nord, que je n’avais pas vu. On n’est pas sortis de l’auberge !

  5. 5 christine 22 novembre 2010 à 21:46

    Eponyme fait bient de faire remarquer que le vieux système de l’inaliénabilité craque de toute part.
    doit on mettre les tetes mahories et les antiquittés égyptiennes récemment rendues par le Louvre à l’Egypte, dans le même sac que les manuscrits coréens? La raison d’Etat trouve toujours moyen de contourner la loi. d’ailleurs on se demande si finalement la loi n’est pas appelée à être réformée, pour rattraper la réalité et la pratique.

  6. 6 RM 22 novembre 2010 à 22:20

    @MadDL et Éponyme : La France n’entretient aucune relation diplomatique avec la Corée du Nord – je doute que l’on se gêne beaucoup pour cette dernière. En revanche, ce cas montre en effet que se présenter comme les ayants droit d’un temps révolu est extrêmement dangereux et hypothétique. Les Coréens du Sud actuels ne sont pas ceux qui se sont faits piller. Un peuple n’est pas immuable. Ou alors, laissez-moi porter plainte contre les Suédois qui se sont comporté de manière parfaitement déplaisante en Franche-Comté pendant la Guerre de Trente Ans. J’en dirais autant des Français de l’époque mais, maintenant que la Comté est française, l’aporie nous guette…

    @christine : Ce n’est pas la même chose de rendre des antiquités issues de fouilles clandestines (ou de vol pur et simple) récentes : là, j’y suis pleinement favorable et la loi le permet, dieux merci. Car cela permet de protéger le patrimoine. Alors qu’à l’inverse, les revendications sur des pièces présentes à l’étranger depuis des siècles ne visent souvent qu’à jouer sur la nationalisme et la fierté patriotique des populations dans des buts purement politiques. Et les têtes maories ne font pas exception : cela permet de montrer qu’on se soucie des « natives » à peu de frais.
    Quant à une réforme de l’inaliénabilité, il n’est évidemment pas impossible qu’elle nous soit resservie – cela se situerait parfaitement dans la lignée de la mise en valeur du patrimoine de l’Etat. En ce qui concerne les fonds anciens des bibliothèques, je l’accepterai quand on aura un catalogue, émission par émission, de l’ensemble des fonds d’Etat afin de se défaire de pièces en parfaite connaissance de cause… Cela devrait nous laisser quelques siècles de répit.

    • 7 Éponyme 23 novembre 2010 à 08:19

      @RM.
      La délégation générale de Corée du nord en France est située au n° 47 de la rue Chauveau, à Neuilly-sur-Seine. Son téléphone est le 01.47.47.53.85, c’est ouvert (sauf le week-end) de 9h à 12h30 et de 14h30 à 18h30. Il faut donc bien que la France entretienne des relations avec cet antipathique régime, même si nous n’avons pas avec lui d’échanges d’ambassadeurs et pas de reconnaissance officielle.

      Cela dit, le problème n’est pas là, mais de la restitution ou de la non-restitution d’œuvres et de documents volés, pillés, spoliés ou extorqués par le passé et désormais réclamés par les peuples ou les pays qui en sont les producteurs. Pour mémoire, ça c’est déjà produit dans l’histoire : souvenez-vous des prises de guerre de l’Allemagne nazie. Pourquoi est-ce ue ça ne se reproduirait pas ?

      Nous (l’Occident, pour aller vite) avons été dominants sur la planète pendant une petite poignées de siècles. Nous ne le sommes plus et il serait temps de s’en apercevoir : les règles du jeu ont changé, les amiraux crapuleux sont morts et leurs empereurs aussi. S’arcbouter sur une morale coloniale ne sert désormais plus à rien, et au lieu de poser des «conditions » à votre « acceptation » de la chose, il serait plus pertinent de réfléchir sérieusement à cette question avant de perdre sous la pression ds parts essentielles de ce que nous considérons à juste titre comme tant partie intégrante de notre patrimoine.

      Quant aux Suédois et leurs destructions, la comparaison est amusante et nul doute qu’elle fera beaucoup avancer la réflexion.

      Au fait, si ces manuscrits coréens sont digitalisés en très haute résolution, vaut-il vraiement la peine de faire un tel foin ? M’ennuierait bien plus, voyez-vous, que l’Égypte, l’Italie ou la Grèce nous réclame ce qu’on a volé chez eux et qui se trouve au Louvre : ça, c’est impossible à numériser…

  7. 8 RM 23 novembre 2010 à 08:54

    @Éponyme
    J’ai du mal à vous suivre étant donné que
    1/vous coupez les cheveux en quatre sur certains points (la Corée du Nord, qui n’est reconnue par la France et avec qui ce pays n’a donc pas de relations diplomatiques ; mais cela nous éloigne de notre sujet)
    2/j’ai déjà répondu aux points que vous soulevez. Si mon avis ne vous intéresse pas (ce que je comprendrais fort bien), ne venez pas sur mon blog – rien ne vous y oblige.

    Donc, une dernière fois, les vols sous l’Allemagne nazie sont tout simplement des vols, dont le butin est immédiatement réclamé. Il est rendu dès qu’on le peut et c’est parfait. Cela n’a rien à voir avec des prises de guerre (ou des pillages) dans un contexte différent du nôtre.
    Parler de « nous » pour évoquer l’Occident comme s’il existait une Chrétienté éternelle, qui demeure telle qu’en elle-même depuis le Moyen Âge (et à qui on peut donc s’adresser aujourd’hui encore pour réclamer réparation des guerres, viols, vols ou pensées impures) me semble une vision assez particulière de l’histoire. Peut-être celle d’un certain XIXe mais certainement pas celle des historiens.
    Je suis toujours surpris qu’au nom de l’anticolonialisme on puisse en arriver à avoir une telle vision de l’identité des peuples – vision qui dresse des « types » immobiles et n’est finalement pas si loin de la vision coloniale. Vous continuez à parler de Blancs (pardon, d’Occident) et de races inférieures (pardon, de peuples non occidentaux) et vous vous bornez à vouloir renverser le rapport de force du XIXe siècle ; je vous réponds que c’est votre manière même de penser qui pose problème et qu’il faut sortir de l’approche moralisante de l’histoire si l’on veut y comprendre quelque chose.

    Quant à votre dernière réflexion, c’est précisément sur cela que porte mon billet : regretter que des affaires purement politiques (voire démagogiques) telles que celle-ci ne créent un précédent qui risque d’amener une re-négociation générale au sujet des pièces (égyptiennes, italiennes, grecques…) qui se trouvent depuis des siècles dans les musées sous prétexte qu’on n’a pas de certificat d’exportation signé de Mehemet Ali ou de Ludovic Sforza.

  8. 9 Éponyme 27 novembre 2010 à 11:21

    @RM.
    Vous coupiez les cheveux en quatre avec cette histoire de reconnaissance diplomatique, ça m’a amusé de les couper en huit. Je reconnais que j’ai eu tort, j’aurais dû vous laisser à ces plaisanteries.

    Sinon, je ne parle ni de blancs (sans capitale, s’il vous plait) ni de races inférieures, mais de dominants et de dominés. Pardonnez-moi de faire cette différence évidemment un peu subtile (je fais évidemment partie des dominants, pourtant je fais aussi partie de ce qu’on appelle parfois les races inférieures, voulez-vous d’autres détails émouvants ?).

    Par ailleurs, je parle d’histoire et de temps qui changent. Et pardonnez-moi aussi de ne pas voir la différence entre « les vols sous l’Allemagne nazie », qui « sont tout simplement des vols » et « des prises de guerre (ou des pillages) dans un contexte différent du nôtre. » Un pillage est un pillage, une prise de guerre est une prise de guerre, nazisme ou pas.

    Enfin, les pratiques universitaires de pillage et de spoliation sont parfois très merveilleuses, voir ceci : http://www.rue89.com/humeurs-andines/2010/10/28/le-perou-reclame-les-tresors-du-machu-picchu-a-luniversite-yale-173638. Certes, le Pérou n’a pas de canonnières, je crains que Yale ne risque rien et puisse conserver longtemps ses manuscrits coréens volés (oups ! pardon, je me suis emmêlé les pinceaux.) Si on souhaite, c’est mon cas, que ce genre d’affaires ne se multiplient pas stérilement, une remise à plat de l’ensemble du problème s’impose. Et sinon, que voulez-vous, les plus forts gagneront – sauf que dans cette histoire, nous ne sommes plus les plus fort, notre orgueil de dominants dusse-t-il en souffrir.

    Et pour finir : « Si mon avis ne vous intéresse pas (ce que je comprendrais fort bien), ne venez pas sur mon blog – rien ne vous y oblige. » Seriez-vous si mandarinal que contester votre point de vue signifie pour vous qu’il n’intéresse pas celui qui le conteste ? Descendez donc de votre superbe !

    Votre point de vue, contestable et contesté, est fort intéressant. Je lis régulièrement votre blog, j’y apprends plein de choses — y compris sur d’étranges mentalités, mais surtout sur des pratiques scientifiques dont j’ignore trop de choses, moi dont pourtant le métier est le livre… Je crains que vous n’ayez à l’avenir à me compter encore parmi vos fidèles lecteurs, et à l’occasion parmi vos contradicteurs.


  1. 1 Tweets that mention Moins de manuscrits, plus de TGV ! « À la Toison d’or -- Topsy.com Rétrolien sur 18 novembre 2010 à 16:16

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