L’estampe pour chacun

Cela fait un certain temps que je voulais écrire un billet sur les initiatives destinées à ouvrir le patrimoine imprimé aux enfants car des choses très intéressantes se font, par exemple à Troyes ou Toulouse.

Mais j’ai pu dans l’entretemps expérimenter par moi-même et je dois avouer que le résultat est à la hauteur des espérances. Peut-être ne le savez-vous pas mais le département des estampes classe ses fonds dans des séries. Il existe des œuvres qui n’ont jamais été intégrées (par manque de temps ; car il s’agit de doubles, etc.) à ces séries et qui forment les « suppléments non reliés » (SNR) et la « matière ».

J’ai donc pu obtenir l’autorisation d’utiliser ces estampes pour nouer un partenariat avec des écoles de Seine-Saint-Denis. Il ne sert vraiment à rien de conserver des doubles d’images déjà conservées par ailleurs, surtout dans les séries thématiques où les œuvres sont souvent de mauvaise qualité artistique. L’idée était bien sûr de sensibiliser les enfants à la gravure ancienne mais cela allait bien au-delà grâce à la transversalité d’un projet combinant plusieurs approches et faisant appel à la fois à la prof d’histoire et à celui d’arts plastiques.

Les estampes (en double) ont donc été le support de créations (feutre et peinture à l’eau essentiellement, pour que la technique ne vienne pas contraindre la créativité) qui montrent toute l’actualité de l’estampe ancienne. Voici par exemple l’œuvre de Théo à partir de Chauveau

Banal Chauveau

Banal Chauveau

Chauveau par Théo

Chauveau par Théo

Je suis surtout très heureux que mon estimée collègue de la Réserve du département ait accepté de jouer le jeu. Il n’y avait aucune raison que les chefs d’œuvres de l’histoire de l’art soient réservés à quelques retraités du centre de Paris alors que les enfants du 9-3 seraient confinés à des maîtres du second rang : nous ne devons pas faire la même erreur que les musées, récemment soulignée par la Cour des comptes.

Plusieurs estampes de Callot et Rembrandt (pour le XVIIe s.) ont ainsi eu la chance de connaître une seconde vie (nous avons aussi utilisé 2 incunables, quelques estampes italiennes du XVIe, des estampes japonaises du XIXe, 1 Matisse et 2 Picasso).

Rembrandt en bête Noir&Blanc

Rembrandt en bête Noir&Blanc

Rembrandt revivifié par Lucas

Rembrandt revivifié par Lucas

………………………………..
Je suis surtout très content que la belle-soeur du cousin du professeur d’arts plastiques connaisse une secrétaire d’Art Press, ce qui nous a permis d’obtenir un article sur une entreprise qui leur a semblé très intéressante (à paraître), et en tout cas à mille lieux de l’idée que l’on se fait de ces vieux papiers en noir et blanc représentant de vieilles perruques : l’auteur de l’article y voit

Une fraîcheur qui interroge nos pratiques en ce qu’elle diffuse un méta-discours sur l’art considéré à la fois en tant que recréation permanente et comme interface des cultures savantes et populaires.

Elle a même parlé d’une éventuelle exposition à la Maison Rouge.

13 Responses to “L’estampe pour chacun”


  1. 1 xavier 1 avril 2011 à 10:19

    Je m’en vais de ce pas transférer ce billet à mon conservateur du patrimoine pour voir si nous n’aurions pas quelques incunables en double pour un projet « passerelle jeunesse / patrimoine » dans la réserve de la BM d’Angers. Bravo pour cette initiative !

  2. 2 Manue 2 avril 2011 à 08:07

    Super idée, en effet. On pourrait faire pareil avec les tableaux de Mondrian, après tout, ils se ressemblent tous.

  3. 3 Chalcographus 3 avril 2011 à 09:00

    Les « doubles » retouchés par les enfants subissent finalement le sort muséal que les autres en restant chez vous. Allez plus loin, que diable ! Affichez-les dans la rue, mettez-les à la disposition de tous.
    Poussez votre logique à son terme : que n’avez-vous pu convaincre la Réserve des livres rares pour que les éventuels doubles incunables imprimés qu’elle possède fassent l’objet d’un bookcrossing ?
    On verra si les bibliothécaires ont du flair (#U+061F;) et de l’humour…

  4. 4 sandrine 7 avril 2011 à 06:55

    Je donne des cours pour des enfants dans une grande association présente dans la France entiére,(familles Rurales), et nous partons souvent de tableaux ou , plus justement, de reproductions d’artistes; les enfants, beaucoup moins complexés que les adultes, s’inventent des univers colorés.
    Les techniques de la lino. et du monotype, utilisées par les plus grands, leur permettent d’avoir des résultats honorables et leur font découvrir à la fois, le monde de l’Art par la connaissance intellectuelle et, manuelle, à travers une technique et ses difficultés à resoudre et le monde des livres, quelques soient les supports,( suivant les moyens de la famille: ordi, tablettes, livres bas de gamme, livres plus haut de gamme, emprumts à la bibliothèque). Un équilibre et une ecole d’humilité.
    Bonne journée;
    Sandrine

  5. 6 Léo Mabmacien 7 avril 2011 à 08:52

    Bravo pour cet article ! Personne ne semble avoir vu le poisson d’avril ! ;-))

    • 7 RM 7 avril 2011 à 08:55

      Un poisson d’avril ? Allons bon, depuis quand est-il impossible de peinturlurer les Rembrandt ?😉

      Ceci dit, il y a réellement des choses formidables qui sont faites avec les enfants : il faudra se pencher dessus un jour ou l’autre🙂

  6. 8 sandrine 7 avril 2011 à 15:57

    Non!?, la bonne blague…
    Moi, j’ai rien vu.
    Ceci dit j’ai trouvé ça osé mais bon, l’estampillage « bibliothèque et musée » m’a fait dire que c’etait certainement trés sérieux comme affaire…
    Donc je suis « eue » avec beaucoup de bonne humeur.
    Sandrine.

  7. 9 Chalcographus 9 avril 2011 à 17:34

    Désolé pour Léo : le point d’ironie (#U+061F;) ne s’est pas affiché mais le flair évoqué dans le précédant commentaire tendait à inciter à détecter le poisson d’avril…
    Je ne peux croise que Manue soit tombé dedans ni Xavier. Leur commentaire « sent » l’ironie qui a vu le poisson…

  8. 10 GUACOLDA 11 mai 2011 à 20:35

    Mes filles font de très belles gravures, on explore ensemble de nouvelles techniques, de nouveaux supports.peut-on vous envoyer des images?
    Guacolda (Mon prénom et nom d’artiste)
    Je serai à la journée de l’estampe le 28 juin place Saint Sulpice à Paris.
    à bientôt

    • 11 RM 12 mai 2011 à 10:46

      Vous pouvez toujours nous envoyer des reproductions, oui, bien sûr (nouvellesdelestampe@gmail.com). En revanche, ce blog n’est pas *purement* professionnel : pour me contacter, merci de préférer mon adresse mail de la BnF.
      La revue aura un stand à la journée de l’estampe mais je ne pourrai sans doute pas y être présent en personne.

      Cordialement,

  9. 12 Françoise 19 juillet 2011 à 10:07

    Ce qui mettait de toute façon sur la piste d’un poisson d’avril, c’était le prénom des enfants. Quand RM parle d’enfants imaginaires, il les appelle TOUJOURS Théo et Lucas.
    Mais les siens s’appelleront Eusèbe et Polycarpe.


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