Archive for the 'Interlude' Category

L’héraldique est partout

Article qui n’est pas directement lié au patrimoine écrit mais qui démontre l’importance d’une connaissance minimale de l’héraldique pour déchiffrer le monde symbolique qui nous entoure… et aussi parce que c’est amusant et que je me rends compte que c’est peu connu.

Savez-vous que les pièces jaunes (de 10, 20, 50 centimes d’euros) sont en réalité bleu-blanc-rouge ?

Ben oui, regardez :

Pièce de 10 centimes d'euros française, revers

Pièce de 10 centimes d’euros française, revers

En héraldique, on dispose d’un nombre limité de couleurs. En gros (il y a en plus des couleurs rares), on a quatre « émaux » (bleu, rouge, vert, noir ; appelés azur, gueules, sinople et sable) et deux « métaux » (jaune et blanc ; appelés or et argent). Comme l’estampe ne permet pas (enfin si, mais c’est compliqué) d’imprimer en couleur (et on a le même problème pour les sceaux, pour la gravure sur pierre etc.), on a pris l’habitude dans les livres anciens de symboliser chacune des couleurs héraldiques par des hachures dans un certain sens (horizontal pour azur, vertical pour gueules, les deux pour sable, en diagonal de gauche à droite pour sinople etc.).

Hachures représentant l'azur (bleu)

Hachures représentant l’azur (bleu)

Hachures représentant le gueules (rouge)

Hachures représentant le gueules (rouge)

Revenons à notre pièce de monnaie : nous avons donc

  • des hachures horizontales à gauche représentant l’azur (bleu) ;
  • rien au milieu représentant l’argent (blanc) ;
  • des hachures verticales à droite représentant le gueules (rouge).

Bref, un joli drapeau tricolore.

Voici donc comment, en bon historien, vous verrez désormais ces pièces

Pièce de 10 centimes en vraies couleurs

Pièce de 10 centimes en vraies couleurs

Solution assez élégante que cette discrète mise en couleur.

[Hors-sujet] Avertissement aux éditeurs usant de DRM…

… et s’opposant ainsi à ce que nous fassions un usage normal et serein du bien qui est nôtre, de la part de François, duc de La Rochefoucauld.

« Notre défiance justifie la tromperie d’autrui. »

La Rochefoucauld, Maximes, 86

Archives – concours – rencontre

On en soulignera jamais assez combien Twitter constitue un lieu de réflexion et de veille professionnelle de tout premier plan. Des communautés s’y forment, du travail collectif s’y élabore, des amitiés y naissent… avec des personnes que l’on est tout de même bien heureux de rencontrer IRL dans la vraie vie.

Lors des rencontres Wikimédia, j’ai ainsi pu faire connaissance du petit groupe des archivistes, parmi lesquelles Archives Masala (joli transfert réussi par la BnF au mercato d’hiver) et les deux tenancières d’Archives online.

Or, l’une d’elles, Lourdes Fuentes, organise sur son blog un petit concours, demandant de poster une photographie « qui illustre le métier d’archiviste et/ou ses évolutions ».
Mon rapport aux archives a toujours plus été celui d’un lecteur/chercheur que d’un archiviste. Mais comme j’ai trouvé le mot « archiviste » dans un diplôme qu’on a bien voulu me donner, je me permets de poster ici une photo qui illustre la manière dont je considère mon métier – ou en tout cas certaines tendances actuelles en lien avec mon métier.

Lourdes validera-t-elle la proposition d’un bibliothécaire qui passe son temps dans les vieux livres et les estampes du XVIIe, sans rien connaître au knowledge management ?

Du papier au numérique... et vice versa. Rémi Mathis - CC-BY-SA

Du papier au numérique... et vice versa. Rémi Mathis - CC-BY-SA

À gauche, un Amazon Kindle 3, affichant la préface de Mademoiselle de Maupin, de Théophile Gautier (téléchargé sur le projet Gutenberg). À droite, Les Confessions de S. Augustin traduites en françois par M. Arnauld d’Andilly, Paris, veuve Jean Camusat et Pierre Le Petit, 1649 dans une reliure en maroquin rouge à la Du Seuil.

[Nota : Je n’ai pas encore déterminé s’il s’agissait de la première ou seconde (ou autre ?) édition de cet ouvrage. Il existe en tout cas au moins deux éditions – copies ligne à ligne – qu’il est impossible de discriminer sans usage de l’empreinte STCN]

L’humour chez les imprimeurs-libraires du Grand Siècle

Dans une édition de 1682 de l’Echelle sainte de Jean Climaque, prétendument publiée par Pierre Le Petit (je dis « prétendument » car je doute fort que cela sorte de ses presses sachant qu’il ne s’agit pas de son matériel typographique et que la médiocre qualité d’impression ne lui correspond pas), on trouve le bois (anonyme) suivant :

In hoc cygno vinces

In hoc cygno vinces

Un cygne, une croix et la devise IN HOC CYGNO VINCES.

Eh oui, même les imprimeurs-libraires jansénistes sont capables de commettre des calembours de bas-étage.

On devait bien rigoler à Port-Royal.

Pour une héraldique de l’internet

Regardant l’affichage de mon navigateur, je me suis rendu compte que l’internet – mêlant image et texte – nous avait fait revenir à un système proche de l’héraldique.

Rappelons-nous (en très gros). Au milieu du XIIe siècle se mettent parallèlement en place les noms de famille et les armoiries : dans les deux cas, cela permet d’identifier une famille ou un groupe et, à l’intérieur de celui-ci, un individu.

Cela demeure : l’identité visuelle d’un site (ses couleurs, entre autre) est aussi importante que son nom. C’est pourquoi, bien souvent, nous nous bornons à afficher ses armoiries (euh, pardon, son favicon) et non plus son nom.

Car il est évident pour nous que

= FlickR = http://www.flickr.com

de la même manière que

= La Rochefoucauld.

Il en est d’ailleurs de même en bas des billets de blogs ou articles de journaux, qui proposent de diffuser l’information sur des réseaux sociaux, à partir de leur logo uniquement.

Cette analogie va plus loin. Souvenons-nous que la seule règle impérative de l’héraldique est celle de non-superposition des émaux et des métaux. En clair, on range les couleurs en deux catégories : les « métaux » (or et argent, c’est à dire jaune et blanc) et les « émaux » (azur, gueules, sinople, sable, i.e. bleu, rouge, vert et noir) et il est interdit de superposer deux émaux ou deux métaux (je simplifie).

À cela certainement des raisons de visibilité, nécessaire au temps où les armoiries permettaient d’identifier de loin des combattants en armure sur le champ de bataille. Ces questions de visibilité demeurent bien évidemment sur l’écran d’un ordinateur… si bien que la règle héraldique est très souvent suivie par les logos des sites.

Blasonnons donc gaiement !

* Facebook : : D’azur, à la lettre « f » d’argent posée à senestre
* Wikipédia : : D’argent à la lettre « W » de sable
* WordPress : : D’azur à l’orle d’argent et à la lettre « W » aboutée du même

* Laposte : : D’or à l’oiseau stylisé d’azur
* L’équipe : : D’argent à la lettre « E » de gueules posée en barre
* Nonfiction : : De sinople à l’ombre de curseur de souris posée en bande

* BnF : : D’argent à l’accolade de sable posée en pal
* British Library : : d’argent, au pal élargi de gueules
* Library of Congress : : Parti, au 1 d’azur plain, au 2 d’azur à cinq fasces ondées d’argent

* revues.org : : d’argent à la lettre « r » d’azur senestrée d’un tourteau de sinople en pointe

Avez-vous d’autres exemples joliment héraldiques ?

Interlude (3)

J’aime beaucoup la poésie de Rollinat. On y trouve une exagération systématique qui le rend fort sympathique. Il a trouvé son style et s’y complaît avec tout ce que cela a de naïf dans l’horreur et le macabre perpétuel – tout en demeurant un poète impeccable usant de formes fixes parfaitement maîtrisées. On peut lui reprocher tout ce qu’on reprochait à Baudelaire en son temps… sauf qu’il n’y a rien derrière. C’est un Baudelaire au premier degré.

Voici donc son évocation d’une bibliothèque. Ce n’est pas très loin de la vérité, je trouve. Que lui jettent en tout cas la première pierre les quelques personnes – s’il y en a – qui n’ont jamais rêvé de – « fumer l’opium dans un crâne d’enfant, Les pieds nonchalamment appuyés sur un tigre ! »

La bibliothèque

À José-Maria de Heredia.

Elle faisait songer aux très vieilles forêts.
Treize lampes de fer, oblongues et spectrales,
Y versaient jour et nuit leurs clartés sépulcrales
Sur ses livres fanés pleins d’ombre et de secrets.

Je frissonnais toujours lorsque j’y pénétrais :
Je m’y sentais, parmi des brumes et des râles,
Attiré par les bras des treize fauteuils pâles
Et scruté par les yeux des treize grands portraits.

Un soir, minuit tombant, par sa haute fenêtre
Je regardais au loin flotter et disparaître
Le farfadet qui danse au bord des casse-cous,

Quand ma raison trembla brusquement interdite :
La pendule venait de sonner treize coups
Dans le silence affreux de la chambre maudite.

Un grand nombre de ses oeuvres sont bien évidemment disponibles sur Wikisource.

Interlude (2)

Outside of a dog, a book is man’s best friend.
Inside of a dog, it’s too dark to read.

Groucho Marx


février 2017
L M M J V S D
« Oct    
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728