Archive for the 'Relation aux tutelles' Category

Diffuser la culture française ou aider Télé Z ?

Le journal Owni a récemment écrit un article sur les aides publiques reçues par la presse. On y rappelle que les grands quotidiens sont très aidés (de 6 millions pour l’Humanité à 17 pour Le Monde). L’argument souvent avancé est qu’une démocratie a besoin d’une presse pluraliste : je veux bien l’entendre.

Plus surprenant en revanche sont les sommes accordées à une presse dont l’utilité sociale ou culturelle est plus faible, en particulier les journaux qui donnent les programmes de télévision (souvent agrémentés, je crois, d’articles sur les starlettes du moment, les modes et autres ephemera) : Télé 7 Jours, Télé Star, Télé Loisirs, Télé Z et Télé Cable Sat Hebdo touchent chacun entre 3 et 7 millions d’euros (23,5 millions d’euros au total pour les 5 répertoriés).

On ne parle donc pas là de sommes mineures. Nous sommes bien loin des quelques milliers d’euros d’aides accordées annuellement (par l’intermédiaire du CNL) aux revues qui publient des articles de fond.

Puisque même au plus haut niveau de l'Etat, on promeut plutôt cela que la patrimoine national, pourquoi me gêner ?

Puisque même au plus haut niveau de l’Etat, on promeut plutôt cela que la patrimoine national, pourquoi me gêner ? (Diana – CC-BY)

Ce qui est ironique là-dedans, c’est que, quand on explique qu’il serait bon de permettre la libre utilisation par le citoyen des photos/scan du domaine public des institutions publiques (donc ne posant pas de problèmes de droit d’auteurs, et déjà payées par nos impôts), on nous répond que lesdites institutions doivent trouver des fonds propres, et donc vendre.

Ces ventes de photo, pour la RMN (prise en exemple car elle centralise les fonds de nombreux musées), cela représente (d’après son dernier rapport d’activité) un chiffre d’affaire de 2,9 millions d’euros.

Largement moins que les aides publiques au seul Télé Z, donc.

Bien sûr, cette situation a des raisons historiques. Mais, comme nous ne saurions penser que le refus de la libération des œuvres de la RMN ne repose pas sur une analyse sérieuse de la situation, cela signifie que le choix a été fait, entre continuer à aider Télé Z et permettre que chacun ait accès aux 500 000 œuvres de la base de la RMN pour ses recherches et sa dilection personnelle, de favoriser la première solution.

PS : Comme il serait injuste de pénaliser Télé Z par rapport à Télé Star etc., disons plutôt baisser l’aide publique de 23,5 à 20 millions pour ces magazines qui sont les fleurons de la culture française…

PPS : Je me place dans l’hypothèse où il serait impossible à la RMN de gagner de l’argent avec ces photos si elles étaient librement disponibles. C’est bien évidemment faux : l’expérience prouve que mettre à disposition les données et vendre des services autour est plus efficace que vendre les données elles-mêmes.

PPPS : Juste au moment où – comme cela arrive sans cesse – un chercheur de mon entourage renonce à intégrer une reproduction (pourtant utile à sa démonstration scientifique) à son article scientifique car la RMN la vend trop chère pour que la revue puisse se permettre de l’acheter. Bel exemple où tout le monde est perdant.

Portrait du bibliothécaire en émancipateur

Le 27 août 2012 a été annoncé que notre ami Jérémie Zimmermann était lauréat d’un très prestigieux EFF Pioneer Award. Ce prix est remis chaque année à deux ou trois personnes pour leur « contribution importante à l’émancipation des individus par l’informatique ». Jérémie est, entre autres, récompensé pour l’énorme travail d’information qui a permis que le Parlement européen repousse le traité ACTA, qui sacrifiait les libertés individuelles et le partage de la connaissance sur l’autel de la « protection de la propriété intellectuelle » (entendre la protection d’un privilège monopolistique accordé à quelques multinationales). Jérémie est le premier Français à recevoir pareil honneur.

Le premier ? Oui et non.

Car en 2000, l’EFF a accordé son prix aux « Librarians Everywhere », aux « bibliothécaires, où qu’ils se trouvent ».

Pour l’EFF, les bibliothécaires méritent d’être honorés car « les bibliothécaires du monde entier se battent pour la liberté d’expression de tous dans le cyberespace. Ils ont été en première ligne pour éviter la censure de l’internet en bibliothèque, respecter la vie privée des utilisateurs et permettre un accès égal à toutes les informations contenues dans la bibliothèque. Ils agissent selon une éthique professionnelle forte. Leurs actions individuelles dénotent un courage admirable : ils s’engagent en faveur de la liberté de pensée et de la démocratie alors même que c’est leur emploi qui est en jeu« .

Lieu d'émancipation intellectuelle et de liberté individuelle (photo : Marie-Lan Nguyen - Wikimedia Commons - CC-BY)

Lieu d’émancipation intellectuelle et de liberté individuelle (photo : Marie-Lan Nguyen – Wikimedia Commons – CC-BY)

Bel hommage auquel il convient de penser à l’heure où les missions fondamentales de la bibliothèque sont attaquées par les représentants marchands de l’industrie du livre (droit de prêt allant jusqu’à mettre en cause l’existence même des bibliothèques ; prix unique du livre numérique ; loi sur les indisponibles privatisant des oeuvres qui pourraient appartenir à tous ; extrémisme du droit d’auteur utilisé contre les auteurs eux-mêmes ou contre les handicapés, etc.) Il reste tant à faire pour que les bibliothèques demeurent des lieux de partage de la connaissance et de l’art.

Honorer la même année les bibliothécaires et l’inventeur du web, Tim Berners-Lee, car ils contribuent pareillement à l’émancipation de l’homme grâce à l’outil informatique ; voir ces mêmes valeurs de liberté et de partage se rencontrer au-delà des faux jugements sur ce qui est « moderne » ou ne l’est pas, n’est-ce pas un beau symbole ?

Un abonnement aux musées, c’est pour quand ?

Les vacances sont souvent l’occasion de visiter musées et monuments partout en France. Mais, bien que je ne doute pas que les prix soient justifiés par des coûts élevés, les tickets d’entrée sont souvent très chers. Ayant déjà renoncé à des visites pour des questions de prix, je n’ose imaginer ce qu’il en est pour une famille avec trois enfants.

Ceci est d’autant plus surprenant qu’il est des pays où une solution simple a été trouvée. Aux Pays-Bas, où je passe une partie de mon temps, on achète pour moins de 50 euros (moitié prix pour les jeunes) une Museumkaart. La Museumkaart est un abonnement à pratiquement tous les musées du pays. On y entre pendant un an, autant de fois qu’on le désire, sans aucune limitation et, dans les grands musées, en coupant la file.

391 musées y participent. Des plus gros et touristiques (Rijksmuseum, Van Gogh, etc.) aux plus petits (3 musées à Amersfoort, les musées municipaux de presque toutes les villes et les châteaux de la campagne). Qu’ils dépendent de l’Etat, d’une municipalité ou soient privés.

L’idée est excellente. Pour ceux qui vont habituellement au musée : on peut se permettre de revenir, d’y passer 5 minutes en allant faire les courses, de découvrir un lieu consacré à telle thématique qui ne nous intéressait a priori pas tellement. Pour ceux qui n’y vont que rarement : débourser 12 euros pour aller une unique fois au musée est bien cher mais 50 euros pour l’année passe bien mieux ; et surtout, l’homme étant ce qu’il est, il cherche à rentabiliser son achat et fréquente donc plus qu’il n’aurait fait en achetant ses billets un par un.

Pendant ce temps-là en France, des cartes d’abonnement existent… mais musée par musée. Cela part dans tous les sens, sans stratégie d’ensemble. Il vous en coûtera de 15 à 80 euros dans le complexe systèmes de cartes du Louvre, 37 euros (à la place de 46, whatever that means) à Orsay, 35 euros au Quai Branly etc. Dans le domaine du patrimoine architectural, la Demeure historique propose un abonnement à 140 bâtiments (carte à 45 euros).

Cela reste très cher et surtout, on a l’impression que chaque musée fait cavalier seul (voire qu’ils se concurrencent entre eux avec tous les coûts induits de marketing) quand les Pays-Bas proposent un accès aisé et unifié à la fois dans l’intérêt du public… et celui des musées eux-mêmes.

L’open data en bibliothèque départementale

La bibliothèque départementale de Saône-et-Loire est le premier réseau rural à participer au mouvement de l’open data, dont nous avons déjà souligné le caractère fondamental pour rendre nos missions de service public et concourir à la diffusion de la connaissance. Après avoir abordé l’open data dans une très grande structure avec Frédéric Blin de la BNU de Strasbourg, nous nous entretenons donc avec Jérôme Triaud, conservateur des bibliothèques, directeur de la lecture publique de Saône-et-Loire.

Jérome Triaud

Jérome Triaud

RM : La direction de la lecture publique de la Saône-et-Loire met ses données à disposition de tous dans le cadre de l’open data : pouvez-vous nous expliquer comment la décision à été prise ?

Jérôme Triaud : Comme vous le savez, le département de Saône-et-Loire a été le premier département français à s’inscrire dans ce vaste mouvement de libération de données. C’est en septembre 2011 que l’annonce a été faite et que le site opendata71.fr a été ouvert. Depuis, l’ensemble des services collaborent à la fourniture de données de tout type. J’ai pensé que la bibliothèque départementale ne pouvait pas rester à la traîne et qu’elle devait s’engager pleinement dans ce projet départemental. Mettre à disposition les données brutes que nous produisons est le prolongement direct de notre activité de bibliothécaire. Nous collectons des documents, organisons les savoirs, réalisons leur médiation : cela est connu. Mais les bibliothécaires sont de plus en plus conscients qu’ils sont des producteurs de contenus…Et des données nous en produisons au quotidien : les métadonnées de nos catalogues pour commencer, mais aussi nos bibliographies commentées – les fameux coups de cœur – nos dossiers documentaires, nos statistiques etc…Bref, il m’est apparu que nous ne pouvions pas rester en retrait.

RM : En quoi consistent ces données et à quoi peuvent-elles servir ? Y a-t-il déjà des projets ou des réutilisations ?

Jérôme Triaud : Les données de la DLP que vous pouvez retrouver sur le site Opendata71 sont essentiellement issues de son catalogue. Mais nous avons également mis à disposition l’ensemble des statistiques que nous produisons à partir de l’activité de notre réseau de 130 bibliothèques. Ainsi, les données versées par la DLP sur le site Opendata71 concernent la lecture publique sous toutes ses facettes : gestion des bibliothèques, cartographie documentaire, état des prêts, taux d’inscription et répartition des inscrits, mais aussi activité des bibliothèques dans le domaine de l’animation culturelle, et quelques éléments liés à la formation des professionnels qui font vivre la lecture publique en milieu rural, qu’ils soient salariés ou bénévoles.
Ces données peuvent être agrégées à d’autres données. Prenons un exemple : nous avons réalisé un très bon dossier sur le centenaire de la naissance d’Henri Vincenot, auteur bourguignon. On pourrait très bien imaginer une application touristique qui se servirait de ces éléments, ainsi que des données de notre catalogue pour créer un parcours Vincenot en Bourgogne. On trouverait des images et la géolocalisation des lieux liés à l’auteur, mais aussi des éléments de fond concernant sa biographie. Enfin, le touriste pourrait localiser les bibliothèques proposant des oeuvres de Vincenot…
Mais d’autres services pourraient être mis en œuvre : actuellement, nous n’avons pas de catalogue collectif départemental. En agrégeant nos données et celles de nos bibliothèques-partenaires, nous pourrions construire ce service aux usagers.

Non, la Saône-et-Loire, ce n'est pas que ça (photo Félix Potuit CC-BY-SA)

Non, la Saône-et-Loire, ce n’est pas que ça (photo Félix Potuit CC-BY-SA)

RM : Votre action est doublement original puisque à la fois les collectivités rurales et le monde de la culture sont en retard sur l’open data : en quoi ce mouvement vous semble-t-il important pour ces deux mondes ?

Jérôme Triaud : On donne souvent une image peu flatteuse des départements ruraux, éloignés de la modernité. Mais il y a une richesse des données produites par les collectivités rurales qui mérite d’être exploitée et qui permettra à ces collectivités de créer de nouveaux services. Nous avons tout intérêt à ne pas se laisser mettre en place deux pays, l’un qui serait en phase avec les technologies de l’information et de la communication et l’autre, qui s’en tiendrait définitivement éloigné.
Quant au monde de la culture, il est étonnant et pour le moins paradoxal de constater ce peu d’intérêt pour l’opendata. Les acteurs de la culture sont des créateurs mais aussi des passeurs de culture. On glose depuis longtemps sur la menace que font peser les industries culturelles sur la diversité culturelle : l’opendata est une réponse essentielle car il accélère le mouvement de circulation des idées et permet la reprise en mains par les citoyens de leur destin démocratique. Comme le dit Bernard Stiegler, l’opendata est « un événement d’une ampleur comparable à l’apparition de l’alphabet. »

« Il est de notre mission de service public de rendre ces données et fichiers numériques librement accessibles et réutilisables par les citoyens » : interview de Frédéric Blin (BNU)

Le conseil d’administration de la Bibliothèque nationale et universitaire (BNU) de Strasbourg a décidé le 27 janvier de placer toutes ses productions numérisées sous la Licence ouverte / open licence (étalab).

Ceci marque une avancée considérable car, jusqu’à maintenant, les institutions culturelles utilisaient souvent la loi de 1978 (78-753) sur les données publiques pour restreindre (en tout cas « contrôler ») la diffusion. Pour la première fois, une grande bibliothèque se place dans l’esprit de l’open data pour permettre la réutilisation par tous de ces données dans un cadre juridique clair, prenant en compte les enjeux de manière large et non uniquement bibliothécaire.

Nous proposons aujourd’hui une interview de Frédéric Blin, directeur de la conservation et du patrimoine de la BNU et membre du board de l’IFLA.

Rémi Mathis : La BNU a décidé de placer toutes ses données sous des licences permettant des réutilisations les plus larges qui soient (étalab pour les images et CC0 pour les métadonnées) : pouvez-vous nous expliquer pourquoi et dans quel cadre ?

Frédéric Blin : La BNU a trois missions principales : favoriser la recherche, valoriser nos fonds, les conserver. Notre position de départ est qu’il nous faut lever tous les freins ou complications inutiles à l’accomplissement de ces trois missions.

La décision exacte votée par notre Conseil d’administration est formulée de la manière suivante :

  • les données bibliographiques (dont les métadonnées des documents numériques) produites par la BNU sont considérées comme des données publiques et à ce titre placées sous Licence Ouverte ou autre licence compatible (libre réutilisation, y compris à des fins commerciales, sous réserve de mentionner la source de l’information) ;
  • les fichiers numériques issus de la numérisation par la BNU d’œuvres du domaine public conservées dans ses collections sont considérés comme des données publiques et à ce titre placés sous Licence Ouverte ou autre licence compatible.

Par ailleurs, la décision précise que les cadres réglementaires, normatifs et professionnels n’étant pas figés, la réflexion de la BNU est amenée à se poursuivre sur ces dossiers. Néanmoins, il nous a semblé nécessaire de nous prononcer aujourd’hui sur la réutilisation de nos données, tant pour des raisons internes qu’externes à la BNU.

En ce qui concerne les raisons internes, la BNU est engagée dans une politique ambitieuse de numérisation de ses collections : cette politique se traduit notamment par la conduite de projets d’envergure (numérisation de plusieurs centaines d’ouvrages du 16e siècle, participation au programme européen Europeana Collections 1914-1918, etc.), et par l’objectif de disposer en 2012 d’une bibliothèque numérique moderne et performante. Nous nous devions de définir les usages que nous allions permettre de tous ces documents rendus accessibles sur internet. En les rendant librement réutilisables, nous souhaitons en premier lieu faciliter le travail des chercheurs (terme à entendre naturellement au sens large : étudiants, chercheurs, sociétés savantes, public éclairé, etc.) et les inciter à découvrir et exploiter nos fonds. De même, nous encourageons ainsi les auteurs et éditeurs à recourir à des documents de la BNU pour illustrer leurs productions, contribuant ainsi à la valorisation de nos fonds.
En ce qui concerne le contexte général, la question de la réutilisation des données publiques a abouti ces derniers mois à un certain nombre de réalisations ou de prises de positions. Ainsi : le gouvernement a instauré la mission Etalab en février 2011 et ouvert le portail data.gouv.fr en décembre ; la Bibliothèque nationale de France a inauguré le portail data.bnf.fr en juillet ; la Conférence des Présidents de bibliothèques nationales européennes s’est prononcée en septembre en faveur de l’Open Data ; la Fondation Europeana s’est doté d’un « Data Exchange Agreement », par lequel elle demande à ses fournisseurs de contenus de placer leurs métadonnées sous licence CC0 afin d’en autoriser la libre réutilisation ; dans le dossier de l’état civil numérisé par les archives départementales, le Tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 13 juillet 2011 a jugé que « les informations publiques sollicitées [par des sociétés commerciales] peuvent faire l’objet d’une réutilisation à des fins commerciales dès lors qu’elles ont été élaborées par les collectivités publiques dans le cadre de leur mission de service public ». En parallèle, le développement du web sémantique et la question de l’adoption du format RDA en France nous semblent devoir aboutir à terme à une nécessaire libération des données bibliographiques : nous anticipons d’une certaine manière sur ces évolutions prévisibles.

Outre ces éléments de contexte, nous estimons, d’une part, que les données bibliographiques produites par un établissement public sont un bien public, et d’autre part, que l’acte de numériser un document appartenant au domaine public ne crée pas de droit d’auteur spécifique lié à la version numérique de ce document. Par conséquent, il est de notre mission de service public de rendre ces données et fichiers numériques librement accessibles et réutilisables par les citoyens.

 

A la cigogne d'Alsace

À la cigogne d'Alsace, E. Staerck, 7 quai Saint-Jean, Strasbourg. Carte postale, vers 1900. BNUS (domaine public ; licence ouverte)

 

RM : Les institutions (musées, bibliothèques…) qui restreignent les usages qui peuvent être faits des documents numérisés soulignent parfois la nécessité de trouver des fonds propres et donc de valoriser ces documents. Est-ce à dire que vous ne croyez pas à cette source de financement ou que vous pensez qu’il y a d’autres priorités ?

FB : Nous avons bien entendu analysé cette question. Avant notre décision, nous appliquions une redevance d’usage, de l’ordre de 35€ par image. Ce règlement était basique, nous aurions pu l’affiner. Cependant, les sommes récoltées par la BNU chaque année au titre de la redevance d’usage étaient minimes, de l’ordre de 3000€. Elles ne couvraient naturellement pas le temps de travail de la secrétaire chargée de gérer les factures et la correspondance avec les lecteurs, ni le temps des autres personnes – y compris de l’Administrateur – impliquées en cas de demande d’exonération ponctuelle ou systématique. En outre, nous espérons que l’abandon de la redevance d’usage entrainera une augmentation des demandes de numérisation de documents, service qui lui restera payant. Dans notre cas particulier, nous pensons qu’en autorisant la libre réutilisation, l’établissement sera au final bénéficiaire au strict plan financier. Dans le cas d’autres structures, cela pourrait être différent.
D’autre part, nous estimons que la libération des données favorise la créativité artistique et intellectuelle, de même que commerciale : établissement public, il est dans l’intérêt de la BNU de favoriser le dynamisme économique et commercial du pays, créateur d’emplois et générateur de rentrées fiscales. La BNU devient ainsi indirectement une source d’activité économique : le retour sur l’investissement consenti par la Nation pour le financement de la BNU trouve ici une concrétisation potentiellement mesurable.

RM : Une autre crainte réside dans la perte de contrôle de la bibliothèque de l’usage qui est fait de ses fonds. Voire dans la nécessité d’accompagner le lecteur, qui a besoin de la médiation d’un bibliothécaire, ce qui serait perdu en cas de dissémination. Là encore, serait-ce de fausses questions ?

FB : Il est illusoire de croire que nous pourrions contrôler les usages faits de nos images. Nous n’avons pas le temps ni les moyens de consacrer du personnel à cette tâche. Nous sommes néanmoins attachés et attentifs à ce que l’accès libre et gratuit aux données produites par la BNU reste garanti : leur exploitation commerciale potentielle par des tiers ne remet pas en cause l’accès des citoyens à ces données directement auprès de l’établissement, dans une logique de service public. La médiation peut tout à fait se faire dans cette optique, ou dans le cadre de partenariats de recherche. La constitution au printemps de cette année d’un conseil scientifique propre à la BNU vise ainsi à renforcer une implication déjà ancienne dans les activités scientifiques, en Alsace et au-delà, se traduisant par de multiples partenariats, colloques, ou publications. La BNU mène également des partenariats de co-édition de certaines de ses collections inédites : le dernier exemple en date est la coédition avec un éditeur strasbourgeois des partitions de deux concerti pour piano de la compositrice alsacienne Marie Jaëll, dont nous conservons les manuscrits. La bibliothèque est ainsi impliquée de diverses manières dans la diffusion et l’exploitation de ses fonds. Mais elle n’a pas forcément les forces, ni la vocation, de toujours imaginer de nouveaux projets ou de nouveaux usages : l’important reste de ne pas interdire la créativité extérieure en enfermant nos données.

Aedes Eclesiae Cathedralis Argentoratensis (estampe vers 1650, BNU STRG.CC.39 NBI 1 ; domaine public, licence ouverte)

RM : Cette mise à disposition est-elle une fin en soi ou s’accompagnera-t-elle de « push », c’est à dire d’une volonté de dissémination, soit de votre fait, soit passant par des partenariats ?

FB : Nous sommes dans une optique de valoriser le plus largement possible nos richesses documentaires. L’ouverture d’une bibliothèque numérique moderne, le moissonnage prochain par Gallica et Europeana, la participation à des projets collectifs comme la Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux de l’IRHT, Calames ou bien sûr le Sudoc, sont autant d’actions volontaristes que mène la BNU depuis de nombreuses années pour certaines d’entre elles. Nous sommes en parallèle régulièrement sollicités pour participer à des projets – locaux ou nationaux – autour de l’e-tourisme par exemple, ou au titre des initiatives d’excellence. En raison de l’opération BNU Nouvelle, qui mobilise fortement l’ensemble du personnel, nos possibilités de dégager les moyens nécessaires à ces participations sont pour l’instant relativement limitées. Nous tâchons cependant d’accompagner au mieux les initiatives présentées, notamment celles issues des communautés universitaires en relation avec les humanités numériques. En 2014, lorsque BNU Nouvelle sera achevée, nous disposerons d’outils nous permettant d’être à la hauteur de notre statut de deuxième bibliothèque de France, et nous pensons que la décision prise en janvier 2012 sur le statut des données que nous produisons y aura contribué.

RM : Merci beaucoup pour ces réponses, Frédéric, et félicitations à vous-même, à l’administrateur de la BNU, M. Albert Poirot, et au CA qui a pris cette décision !

Pourquoi les éditeurs français courent à leur perte

Une chose est très précieuse quand vous étudiez l’histoire du livre et de l’imprimé. C’est le recul.

Prenons un exemple : à la fin du XIXe siècle, les graveurs sur bois de bout voient leur travail menacé par les nouveaux procédés photomécaniques de reproduction tels que la photogravure. C’est tout un système économique qui risque de s’effondrer, ainsi qu’un important savoir faire technico-artistique.
Ils se débattent, ce qui prend entre autres la forme de la parution d’une revue, L’image, qui obtient le soutien d’un grand nombre d’artistes de l’époque – symbolistes et réalistes mélangés.

Cela n’a bien évidemment jamais empêché la photogravure (puis d’autres procédés) de prendre le pas sur la gravure sur bois. Les questions de diffusion à large échelle telle que demandée par les journaux et celles de sauvegarde d’un savoir-faire artisanal soutenu par l’intelligentsia de l’époque ne se situent pas sur le même plan. Et cela n’a pas empêché la gravure sur bois de survivre, mais dans des utilisations très spécifiques – essentiellement artistiques.

Peut-être en est-il aujourd’hui de même pour le livre sur papier. Pas pour toutes ses utilisations mais pour un certain nombre. Or, le livre amène avec lui tout un écosystème, parmi lesquels les éditeurs. Ces derniers peuvent posséder une véritable utilité dans le processus de mise en forme, d’éditorialisation et de diffusion des textes : il serait dommage qu’ils disparaissent. Et pourtant, on a l’impression que certains agissent dans cet unique but, en refusant de modifier certains modes de fonctionnement qui ne reposent pourtant sur aucune autre justification que l’habitude.

C’est ce que j’ai voulu montrer en coordonnant un dossier à ce sujet pour le site Nonfiction.fr : « Pourquoi les éditeurs français courent à leur perte ».

*Je propose un article montrant combien le comportement des éditeurs vis-à-vis des lecteurs est à l’exact opposé de ce qu’il convient de faire sur Internet, lieu où le succès passe par les réseaux et les relations humaines – pas par les anciennes méthodes de communication ou la médiation mondaine.

*Lionel Maurel, auteur du blog S.I.Lex, démontre que le contrat d’édition est enfermé dans une conception fixiste, qui n’est plus adaptée aux besoins actuels mais que l’on refuse pourtant de modifier.

*Mathieu Pérona, docteur en économie et co-auteur d’un récent livre sur le prix unique, souligne que, en ce qui concerne le prix de vente, l’on tente actuellement encore une fois de plaquer des méthodes anciennes à des problèmes nouveaux – ce qui est contre-productif. Ne serait-il pas plus efficace de réfléchir à un modèle adapté ?

*Constance Krebs, enfin, rappelle que le même problème se pose sur le fond : il est impossible d’éditer un livre électronique comme un livre sur papier. Proposer un pdf (ou même un ePub) comme il est fait actuellement est un très grand appauvrissement de la richesse du texte. Là encore une réflexion devrait être menée par les éditeurs afin de proposer de la véritable édition numérique, non simplement homothétique.

Je vous en souhaite bonne lecture !

Rencontres Wikimedia

Ces deux derniers jours avaient lieu les Rencontres Wikimédia, dans des locaux cordialement mis à disposition par l’Assemblée nationale.

Ces dernières avaient pour thème « Patrimoine culturel et web collaboratif » : wikipédiens de tous les pays et professionnels des bibliothèques, archives et musées se sont retrouvés pour présenter les projets réalisés ou en cours et nouer des liens entre eux.

Sans doute aurai-je l’occasion de revenir sur certaines communications : il s’est dégagé de ces projets une envie, une énergie, une compétence, une capacité d’entreprendre et de mener à bien des projets proprement enthousiasmants.

Je me borne pour l’instant à mettre en ligne la présentation du principal projet que j’ai mené : la collaboration avec la BnF. Ce dernier était présenté à la tribune par Nicolas Vigneron (aspects techniques) et moi-même pour Wikimédia France et Arnaud Beaufort pour la BnF.


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