Archive for the 'Wikipédia' Category

Portrait Le Figaro – Madame

Un soir à la Mazarine

Il est des bibliothèques que l’on aime, des salles de lecture que l’on chérit.

Salle de lecture de la Bibliothèque Mazarine

Salle de lecture de la Bibliothèque Mazarine (M.-L. Nguyen - CC-BY - Wikimedia Commons)

Parmi elles, deux tiennent sans doute le premier rang dans mon coeur. L’Arsenal, bien sûr, la bibliothèque de mon compatriote Nodier et de Heredia, où les fonds mêlent malicieusement les papiers jansénistes des Arnauld aux poèmes érotiques de Pierre Louÿs.

Et la Mazarine, bibliothèque d’un des plus grands collectionneurs du Grand Siècle, bibliothèque de Naudé. Première bibliothèque publique de France car la culture ne vaut rien si elle n’est pas partagée pour le plus grand profit de chacun. Et première bibliothèque parisienne que j’aie visitée, pour une exposition pendant les oraux de l’Ecole des chartes…

Au hasard d'un rayonnage

Au hasard d'un rayonnage (M.-L. Nguyen - CC-BY- Wikimedia Commons)

Aussi était-il bien dommage que l’article qui lui était consacré sur Wikipédia (première source d’information de nos/vos lecteurs, bien avant notre/votre site web) ressemblât à cela au 1er janvier 2009… : des approximations, des erreurs, un texte bien court… et aucune photo, ce qui oblige à proposer comme illustration l’extérieur du Palais de l’Institut.

Aussi ai-je mis ma casquette Wikimedia France et avons-nous été très heureux que la bibliothèque Mazarine accepte de nous recevoir pour une séance de photographies, un soir, juste après le départ des lecteurs. Notre photographe, Marie-Lan, a ainsi eu tout le loisir de choisir l’objet et l’angle de ses prises de vue.

Buste de Peiresc par Caffieri

Buste de Peiresc par Caffieri (M.-L. Nguyen - CC-BY - Wikimedia Commons)

Je rassure par avance les lecteurs inquiets de l’irruption de ces nouveaux barbares que sont des wikipédiens dans le saint des saints : en plus de posséder un matériel professionnel et une excellente maîtrise de la technique photographique, Marie-Lan est ancienne élève de la rue d’Ulm. Et nous n’avons rien cassé.

En revanche, de nombreuses photographies ont pu être prises (puis traitées – pour certaines en HDR – indexées, catégorisées, géolocalisées, liées aux autres ressources) dans les salles de lecture, les magasins (du plus ordinaire aux spectaculaires « grandes échelles »), les extérieurs…

N’oublions pas que la Mazarine possède également de nombreuses oeuvres d’art (dont la description est bien entendue liée aux références de la base de données Palissy du ministère de la Culture : exemple pour le buste de Peiresc ci-dessus) et, en soi, une architecture originale des boiseries du XVIIe siècle au splendide escalier XIXe.

Verrière de l'escalier

Verrière de l'escalier (M.-L. Nguyen - CC-BY- Wikimedia Commons)

Enfin, la Bibliothèque nous a fourni des reproduction numériques de documents (lithographies, photographies) qui se trouvent dans le domaine public afin de préparer un prochain travail sur les bibliothécaires et directeurs de la Mazarine : certains ont déjà un article dans Wikipédia ; on ne sait presque rien d’autres personnes dont l’oeuvre administrative et scientifique semble mince ; en revanche plusieurs personnages des plus intéressants se voient privés d’article alors même que les travaux des conservateurs actuels fournissent des sources fiables et aisément accessibles. C’est grâce à ces versements de la Mazarine elle-même que nous pouvons admirer le malicieux sourire de Lorédan Larchey.

Lorédan Larchey, bibliothécaire de la Mazarine

Lorédan Larchey, bibliothécaire de la Mazarine (anonyme, domaine public - Wikimedia Commons)

Voilà donc Wikimedia Commons bien fournie en photographies de la Mazarine ! Commons seulement ? Non pas ! Car toutes ces photos sont soit dans le domaine public, soit placées sous licence libre : chacun est donc entièrement libre de les réutiliser comme bon lui semble, pour peu que l’auteur et la licence soit cités.

Et je ne peux m’empêcher de penser que cela n’aurait pas déplu à Gabriel Naudé.

PS : Nous remercions chaleureusement Christian Péligry et Patrick Latour, directeur et directeur adjoint de la Mazarine, d’avoir bien voulu nous recevoir et d’avoir choisi des documents anciens sur leur bibliothèque.

Wikimédia France signe un partenariat avec la BnF

J’aurai l’occasion de revenir, ici et ailleurs, sur ce partenariat, qui vient d’être signé et permettra de proposer des oeuvres patrimoniales en plein texte avec une transcription fiable et réutilisable.

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La Bibliothèque nationale de France et Wikimédia France ont signé un accord de partenariat qui va permettre à tous les internautes, au travers de Wikisource, d’avoir accès aux transcriptions d’oeuvres tombées dans le domaine public issues de Gallica.

Au final, ce sont 1 400 textes en français qui vont être intégrés à Wikisource.

Ces textes, numérisés par la BnF, ont bénéficié d’une transcription automatique afin de permettre la recherche directe dans le texte. Toutefois, sur des textes anciens, cette reconnaissance automatique introduit souvent des erreurs. Ce partenariat va permettre aux internautes de participer à la correction des textes afin que ceux-ci soient en tout point conformes avec la version originale.

Au travers de ce partenariat, Wikimédia France valorise le travail effectué par les internautes sur le projet Wikisource et démontre que les collaborations entre des projets menés de front par des bénévoles, comme Wikisource et Wikipédia, et des organismes publics comme la BnF, permettent d’ouvrir au plus grand nombre l’accès à des ressources littéraires de qualité.

La correction collaborative des textes numérisés hébergés sur Wikisource offre au lecteur une qualité et une fiabilité uniquement possible au travers d’une correction humaine respectueuse du texte original.

Wikisource est un projet Wikimedia créé en 2003 qui a pour but de mettre à disposition du plus grand nombre des retranscriptions d’oeuvres tombées dans le domaine public ou publiées sous licence libre.
Le projet a d’ores et déjà recueilli 50 000 textes, tous dans le domaine public ou sous licence libre, qui permettent au grand public d’avoir accès librement à ces livres souvent anciens. Les enseignants, élèves et étudiants travaillant sur des oeuvres anciennes font partie du public visé par Wikisource, mais l’objectif est bien de créer une bibliothèque virtuelle riche et fiable.

Wikisource: http://fr.wikisource.org/wiki/Wikisource:Accueil
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BnF I François-Mitterrand, Quai François Mauriac, Paris XIIIe
Contacts presse :

* BnF

Chef du service du service de presse: Claudine Hermabessière – 01 53 79 41 18
claudine.hermabessiere@bnf.fr

* Wikimedia France

Chef de projet : Rémi Mathis remi.mathis@wikimedia.fr
Chargé de communication : Christophe Henner – 06 29 35 65 94
christophe.henner@wikimedia.fr

Bibliothèque numérique, autorités auteur et Wikipédia

[Je te délaisse et te néglige, ô lecteur, dont la seule présence en ces lieux me surprend déjà. À cela des raisons personalo-professionnelles : je saurai dans quelques jours si je peux reprendre la rédaction de billets sur un rythme plus régulier]

En guise de reprise, je me contente donc de signaler un site qui a mis en place deux éléments que je trouve intéressants.

e-rara.ch est une bibliothèque numérique suisse constituée par la Bibliothèque de Genève, la bibliothèque de l’École polytechnique fédérale de Zurich, les bibliothèques universitaires de Bâle et de Berne et la bibliothèque centrale de Zurich. On y trouve pour l’instant quelques centaines d’ouvrages avec l’accent mis sur les imprimés du XVIe siècle.

Comme je l’avais expliqué dans mon mémoire d’étude de l’enssib (excellentissime, bien évidemment, consultation gratuite et recommandée), le fait pour un pays de posséder une bibliographie nationale rétrospective (qui faisait ringard il y a peu : pensez, cataloguer des vieux bouquins, pfoui) est un gros avantage pour ces projets de numérisation. Car si le catalogage, c’est ringard ; les métadonnées, c’est in. Les bibliographies nationales rétrospectives constituent donc des bases de métadonnées très complètes auxquelles rattacher les images numérisées. e-rara travaille donc en collaboration avec VD16, la bibliographie des ouvrages en langue allemandes publiés au XVIe siècle.

Les éléments qui me semblent originaux et intéressants sont :

*l’attribution d’un doi à chaque fichier. On n’en est pas encore à l’identifiant unique attribué à une émission que j’avais appelé de mes voeux dans un précédent billet mais cela permet au moins de savoir de quoi on parle et de désigner l’exemplaire numérisé de manière univoque et précise.

*les liens systématiques vers Wikipédia depuis le nom d’auteur : plutôt que travailler à proposer une biographie sommaire, autant réutiliser ce qui existe déjà.
Avec cependant le problème posé par la normalisation des noms : cet exemplaire est par exemple attribué à Abū-Maʿšar Ǧafar Ibn-Muḥammad. Aucune réponse dans Wikipédia quand on clique sur le lien. Or, l’article existe bien mais, selon le principe de moindre surprise, il est nommé Albumasar, nom francisé traditionnel de l’astronome. Que les personnes adeptes des histoires qui se terminent bien se rassurent : je viens de créer sur Wikipédia une redirection depuis le nom utilisé par e-rara et on trouve désormais l’article. Mais ce travail serait à faire systématiquement. Ou il faudrait réfléchir à un travail (utilisant éventuellement VIAF) pour pallier cet inconvénient. Wikimédia France se tient à la disposition du projet pour y réfléchir.
Espérons surtout que cela amènera les utilisateurs de cet intéressant projet à améliorer les articles correspondants dans Wikipédia (alors considérés comme la partie biographique des fiches autorités auteurs et ayant droit à ce titre à toute la sollicitude des bibliothécaires et chercheurs).

—-
e-rara a été récemment signalé sur l’excellente liste de diffusion bibliopat, à laquelle je recommande l’inscription (ainsi que l’adhésion à l’association du même nom)


Mise à jour (31/03 ; 21h)
La normalisation des noms est décidément une difficile affaire. À peine avais-je créé sur Wikipédia la redirection depuis la forme utilisée par e-rara que je recevais un message de mon ami Gilles Rossignol indiquant : « Pour une fois (!) je ne suis pas d’accord avec toi sur cette orthographe « moyen-âgeuse » (pas plus d’ailleurs avec la précédente que tu as bien fait de corriger). {{en}} [la wikipédia anglophone] semble avoir la bonne transcription : Abu Ma’shar al-Balkhi, ce qui correspond au farsi : ابومعشر بلخی . Ce qui donnerait en français : Abou Ma’shar al-Balkhî. J’espère n’avoir pas été trop pédant… ».
Alors, Abū-Maʿšar Ǧafar Ibn-Muḥammad (e-rara) ; Abū Maʿšar al-Balh̲ī, Ğaʿfar ibn Muḥammad ibn ʿUmar (BnF) ; Abou Ma’shar al-Balkhi ? Cela montre en tout cas que le choix d’une autorité auteur n’est ni sans importance ni aisé et qu’il est important de se faire aider de spécialistes.

Aux rencontres Henri-Jean Martin (2)

C’est une malédiction, il est absolument impossible que j’aille quelque part sans parler de Wikipédia.

Non, que je ne sache parler que de cela – je préfèrerais parler de bibliographies ou d’histoire du livre – mais la fascination/répulsion du sujet dans certains milieux, couplée à mon refus de laisser passer des mensonges ou des inexactitudes, fait qu’il faut périodiquement y revenir.

Pour cette seconde journée des rencontres Henri-Jean Martin, le sujet a donc été abordé deux fois.

*D’une part, une personne a trouvé WP bien rigide dans sa gestion du droit d’auteur : ce Monsieur avait écrit un article pour une revue professionnelle et s’étonnait de ne pouvoir le copier-coller dans WP alors qu’il en était l’auteur.

*D’autre part, une dame trouvait que les wikipédiens étaient de gentils rêveurs pleins de bons sentiments mais à mille lieux des réalités juridiques, et qui « pillaient » (le mot est d’elle) le travail des bibliothèques.

Deux mises en cause en contradiction l’une avec l’autre, donc… qui trouvent leur résolution pour peu que l’on applique le droit d’auteur avec rigueur.

*Dans le premier cas, l’auteur doit donner son autorisation écrite pour une nouvelle publication d’un texte. Il doit également donner l’autorisation de son premier éditeur. Etant donné que la revue en question avait refusé que nous placions sous licence libre l’article que nous avions écrit avec un ami, il y a de fortes chances qu’elle s’y oppose de nouveau cette fois-ci. Donc, pas de re-publication – qui serait une contre-façon – en attendant cette autorisation.

*D’autre part, le « pillage ».

Veuillez m’excuser si je m’emporte mais la question du droit d’auteur dans la société de l’information est centrale depuis des années et je me permets d’être sidéré que des professionnels de l’information soient passés à côté des règles les plus évidentes à ce sujet. Lionel Maurel a déjà souligné dans une excellente intervention la fragilité des mentions juridiques variées que l’on peut recenser sur les bibliothèques numériques.

Donc, puisque les wikipédiens sont des rêveurs qui ne comprennent rien aux réalités du monde, laissons parler des personnes plus dignes de confiance :

    *Légalité de la chose :

    Les opérations de numérisation de documents ne confèrent à la bibliothèque aucun droit de propriété littéraire et artistique sur les oeuvres ainsi reproduites

    Source : Ministère de la Culture/Fiches juridiques/Questions juridiques liées à l’exploitation des documents numériques

    *Productivité d’un tel embargo

    Nombre de vues des images de la Library of Congress chargées dans FlickR : 1500 à 4000 fois chacune.

    Près de 20 000 pour certaines photos du président Lincoln.

    Nombre de vues des images de la BM de Toulouse environ 400 à 500 fois chacune sur FlickR, sans compter les vues sur Wikimedia Commons, alors que le sujet (les villages des Pyrénées à la fin du XIXe siècle) est ardu.

    Nombre de vues sur le site de la bibliothèque de X ?

    *Soutien de l’Institution (que l’on croit protéger du pillage ?) à de telles pratiques

    À côté des sites internet propres aux services ou aux institutions, la réutilisation de données numérisées par des tiers constitue une forme de diffusion en plein essor […]. Les orientations générales du rapport ci-joint reçoivent mon approbation et tout particulièrement l’objectif de développer autant qu’il est possible les réutilisations de notre patrimoine numérisé, afin d’en accentuer la présence et la visibilité sur les réseaux.

    Source : Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture. Lettre d’accompagnement du rapport du groupe de travail sur la diffusion et la réutilisation des données publiques culturelles numériques. 17 août 2009

N’ayant pas voulu rester trop longtemps sur le sujet, j’ignore totalement les éventuels arguments de cette dame. Je ne peux croire qu’un professionnel pense que la mise en ligne est une fin en soi et non un moyen, un service offert à des usagers. Et qu’il faut donc réfléchir selon les pratiques de l’usager.

Je persiste donc à penser que ce type de perversité bibliothécaire (c’est MON travail, il doit rester sur MON site) n’existerait pas si les bibliothécaires utilisaient réellement les outils qu’ils offrent. S’ils étaient usagers de leur propre bibliothèque et, par là, conscients des besoins des lecteurs. S’ils étaient chercheurs, par exemple [Ceci est un troll… ou pas.].

Terminons en laissant la parole à Robert Darnton, en regrettant que des bibliothèques de service public aient parfois des comportements de renfermement sur elles-mêmes pires que les « grandes sociétés » aux « intérêts commerciaux ».

Aujourd’hui, nous pouvons créer une République des lettres ouverte à tout le monde. Le risque, c’est une domination du paysage par des grandes sociétés qui ont avant tout des intérêts commerciaux. Numérisation veut dire démocratisation : c’est notre responsabilité en tant que chefs de bibliothèques.

PS : Ca n’a rien à voir (encore que…) mais je me réjouis qu’Elinor Ostrom ait reçu le « prix Nobel » d’économie 2009 – elle qui dans son livre Understanding knowledge as a commons, louait l’initiative des Creative Commons.

Vers une meilleure visibilité du patrimoine français

On peut sans doute trouver cela naïf, ridicule et niais mais je tiens au service public. Si je suis fonctionnaire, c’est avant tout pour servir l’Etat et la société.

Je n’ai rien contre l’argent – je préfère en avoir que n’en avoir pas – et reconnaît que le privé fait parfois des choses extraordinaires.
Mais pour moi l’argent est un moyen pour atteindre des buts (diffuser la connaissance,…) tandis qu’une entreprise considèrera que diffuser la connaissance est un moyen pour gagner de l’argent. Cela peut avoir de très belles conséquences – les industries culturelles ont sans doute plus fait pour la démocratisation du savoir que tous les théâtreux bien pensants si heureux de montrer aux pauvres (amenés à coups de fouet si nécessaire) leurs jolies créations – mais cela limite tout de même fortement les possibilités d’action…

Aussi, quand au nom de ces mêmes valeurs de profit, des institutions d’Etat mettent en péril leurs missions premières, cela ne me réjouit guère. Surtout quand le gain est infiniment inférieur à ce que l’institution gagnerait en terme d’image, de rayonnement, de visibilité (autant de choses qui ont un coût à prendre en compte).

La logique est celle-là :
*On obtient trois sous en vendant des photos (cas de certaines bibliothèques, hélas)
*On compromet par là ses missions premières (faire connaître et mettre en valeur ses collections) mais on montre à sa tutelle qu’on est dans la ligne du Parti (avoir des fonds propre)
*Tout cela sert surtout à obtenir de l’argent de cette tutelle
*Avec cet argent, on lance des campagnes de « communication » et on paye une réclame qui n’aurait pas été nécessaire si on n’avait pas soi-même organisé un embargo sur ses fonds, si on ne s’était pas opposé à leur visibilité et à leur diffusion

Aussi ne puis-je qu’adhérer aux propos de David Monniaux – tout comme moi membre du conseil d’administration de Wikimedia France – quand il affirme dans une tribune libre du journal Libération (16 septembre 2009) :

Les crises de lamentation sur l’omniprésence américaine se succèdent ; mais, au lieu de réellement tenter de la contrer, les politiques menées par nos services publics la confortent. Le gouvernement américain met en valeur des activités aussi diverses que les collections de la Library of Congress, ses recherches scientifiques, ses parcs naturels ou ses missions spatiales en publiant largement ses documents et photographies et en n’exigeant aucune droit de reproduction ? Nos services publics pratiquent largement la rétention d’information, truffent leurs sites de mentions « reproduction interdite, tous droits réservés » y compris quand l’existence de ces droits est douteuse, et ne répondent souvent pas aux demandes d’autorisation de reproductions de documents, malgré la loi. Par exemple, pour obtenir une photographie officielle du ministre français de la Défense, le plus simple est d’attendre qu’il fasse une visite au Pentagone et de prendre la photographie américaine.

Nos services publics font souvent primer la logique commerciale et comptable sur celle de l’accès à la culture, du progrès scientifique et de l’enseignement. Si un géologue français veut publier une portion de carte de France, il a le choix entre des données américaines gratuites et faciles à obtenir et des données de services publics français coûteuses et difficiles à se procurer ; et on voudrait critiquer Google Earth ? On affecte de s’opposer à Google au motif qu’il s’agit d’une entreprise commerciale, mais nos musées restreignent la diffusion de photographies d’œuvres d’art dans le but de pouvoir vendre celles-ci à d’autres entreprises commerciales, les éditeurs de livres ou d’affiches.

Un exemple vécu de conséquence concrète de cette obsession du profit ? Si un enseignant organise une exposition publique de posters réalisés par ses élèves où figure, par exemple, la figure de Louis XIV, il a le choix entre ne pas respecter la loi sur le droit d’auteur, acheter une photographie à l’agence photographique de la Réunion des Musées Nationaux (mais avec quel budget ?) ou recourir, par exemple, au site Wikimedia Commons. Paradoxalement, un service privé américain, à but non lucratif, apporte plus au public français qu’un service public national. Que serait une politique vraiment ambitieuse en matière de diffusion publique sur Internet ?

Plutôt que l’incohérence, les hésitations et les économies mesquines actuelles, une règle simple : gratuité, licence libre et large diffusion de la quasi totalité des documents produits ou numérisés par ou pour les administrations et établissements publics ; exceptions étroites à cette règle pour des marchés spécifiques (clichés à haute résolution pour les livres d’arts, par exemple). Bien sûr, il y aurait des coûts ; mais quelques dizaines de millions d’euros par an, à l’échelle d’un grand pays comme la France, pour un investissement durable promouvant l’image de notre culture à l’étranger et la diffusion de la culture auprès des publics qui n’ont pas les moyens de fréquenter les musées, est-ce si cher payé ?

On a l’impression qu’un certain nombre de personnes pensent encore comme il y a trente ans et qu’ils passent ainsi complètement à côté des enjeux actuels.
Et ceci quel que soit le bord politique ou l’appréhension de la culture qu’ils peuvent avoir : autant que le dirigeant d’institution culturelle voulant un retour sur investissement, le poète en résidence – mystique de l’Art en pleine béatitude culturelle – à qui je dis qu’il me semble qu’il ne touche que des convaincus et que son influence sur le démocratisation culturelle est extrêmement faible et qui me répond « qu’une seule personne de « sauvée » (sic) justifie le prix qu’aura coûté son action », me semble responsable de cette situation.

Heureusement, les mentalités changent. Une commission du ministère de la Culture a été missionnée en 2008 afin de proposer à la ministre (alors Mme Albanel) les axes d’une nouvelle politique en matière de diffusion des œuvres culturelles publiques. Le même David Monniaux avait été auditionné et avait présenté la position de Wikimédia France. Le rapport qui en est issu est extrêmement important car il est présentée dans la lettre d’envoi du ministre Mitterrand comme la « charte de réutilisation du patrimoine numérisé du ministère ».
[on lit « chartre » dans l’original mais comme j’ai l’habitude des gens qui parlent de l’Ecole « des chartres », voire « de Chartres », je ne relève même plus… même chez un ministre de la Culture]

Les choses changent disions-nous. Les usages nouveaux nés de l’internet sont ainsi pris en compte dans ces pages qui sont d’une lecture réjouissante :

*sur internet, les documents sont appelés à être modifiés, réutilisés, partagés… (recommandation 3 : favoriser les appropriations innovantes et créatives par les particuliers)

*il est plus productif de disséminer les données sur des sites sans rapport direct avec la culture plutôt que de tenter laborieusement de draîner un public rétif vers un site qui ne l’intéresse pas (reco. 1 : Conclure des accords de réutilisation avec les éditeurs des sites internet les plus fréquentés)

*Wikipédia et sites de ce genre constituent une vitrine gratuite dont bénéficieront les institutions culturelles concernées (reco. 2 : lever les obstacles à la présence de données françaises sur les sites collaboratifs)

*L’internet (et plus encore celui de demain) se nourrit de métadonnées : l’expertise des institutions doit être utilisée pour offrir ces nouveaux services (reco. 4 : associer des coordonnées géographiques aux données numérisées)

*Internet est un marché de l’attention, y compris pour les institutions culturelles ; or l’internaute ira vers le plus pratique. Si la RMN refuse qu’on réutilise une photo d’un Velazquez du Louvre pour l’article de WP, on en prendra un du Prado et c’est le Louvre qui fait la mauvaise opération, pas WP (reco. 11 : rendre public le régime de réutilisation ; reco. 14 : proposer une licence « clic » gratuite en cas de réutilisation non commerciale ; reco. 15 : tarifer au tarif le plus bas possible en cas de réutilisation commerciale)

*Il ne faut pas attendre les demandes en comptant sur son prestige mais faire naître les occasions de réutilisation des données que l’on offre (reco. 21 : Multiplier les appels à projet de réutilisation) et en faire un des critères d’évaluation des institutions (reco. 24 et 25)

Le rapport dans son ensemble se trouve ici.

Si l’on ajoute à cela la récente autorisation de la photographie à la BnF, on se couche satisfait… en attendant la prochaine étape : la Bundesarchiv a déjà versé 100 000 photos dans Wikimedia Commons, la base de données de Wikipédia, et la deutsche Fotothek 250 000. Alors, à quand la BnF, la RMN, les AN et toutes les AD ?

Allez, c’est votre ministre qui vous le demande

Bibliothèques et bibliothécaires dans Wikipédia

La publication d’un article que j’ai co-écrit avec Olivier Morand, conservateur du fonds ancien de la bibliothèque d’Orléans, pour le Bulletin des bibliothèques de France me donne l’occasion de revenir sur la question de la représentation des sciences de l’information et des bibliothèques dans la Wikipédia francophone.

Notre corpus de départ, d’environ 600 articles, repose sur le contenu du portail Sciences de l’information et des bibliothèques. Nous avons entièrement dépouillé ce portail afin de nous constituer une base de données comprenant pour chaque article un certain nombre de renseignements qui nous avaient semblé pertinents :
*poids de la page ;
*date de création ;
*année avec le maximum de modifications ;
*poids de la page de discussion liée ;
*nombre de contributions (dont modifications mineures) sur la page
*nombre de contributeurs uniques ;
*nombre de notes de bas de page ;
*nombre de références citées en bibliographie ;
*évaluation et avancement dans le cadre du projet Wikipédia 1.0 ;

La constitution de cette base a permis une première analyse, approfondie par un traitement statistique des données dans le logiciel « R » : quelques figures significatives sont données dans l’article.

Je ne mentionnerai ici que quelques idées :

Au sujet de Wikipédia en général
*le travail collaboratif semble fonctionner dans la mesure où il existe une corrélation nette entre nombre de contributeurs (et nombre de contributions) et qualité de l’article

Au sujet des bibliothèques
*les articles sont dans l’ensemble de qualité assez faible, courts, franco-centrés, manquant de références fiables
*peu de personnes contribuent sur ces articles – d’où leur piètre qualité. Une communauté – souhaitable – de bibliothécaires wikipédiens n’a jamais vu le jour, alors qu’on aurait pu penser que ce mélange de contenu encyclopédique et de nouvelles technologie intéresse la profession
*l’absence totale d’article est rare mais des manques criants demeurent
*cette sous-représentation des bibliothécaires est dommageable dans la mesure où les valeurs et références de la profession sont mal comprises par la communauté des wikipédiens

Je suis sans doute trop allusif, mais pour les développements, les démonstrations et les exemples, je me permets de vous renvoyer à l’article lui-même.

PS : Je remercie encore ici Marie-Alice Gariel, doctorante en neurosciences à Lyon et Amsterdam, qui a bien voulu quitter ses matrices de connexions entre les aires du cortex pour nous faire profiter de son excellente connaissance du Logiciel R et réaliser les graphiques dont nous avions besoin, à partir de nos données.


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