L’accès aux livres et autres documents
*Je suis assez sceptique sur les lettres de recommandation et autres laissez-passer.
Je me trompe peut-être mais il ne me semble pas que les non-universitaires non-étudiants se pressent pour consulter les fonds anciens. En tout cas pas suffisamment pour mettre en danger la conservation des ouvrages. L’indifférence d’une part, la crainte de n’être pas à sa place dans ce lieu intimidant évitent que les foules des supermarchés se déversent dans les salles d’étude des BM. Si quelqu’un a déjà vu une bande de potes bourrés venir consulter le samedi après-midi, pour se marrer, une édition du XVIe, les doigts pleins de kebab, qu’il me le signale.
En retour, accueillir le lecteur sans questions inquisitrices, dans une relation débarrassée des tensions et de la crainte du jugement me semble particulièrement important. Sans compter la nécessité de justifier le coût de ces fonds qui paraissent souvent élitistes, ce qui ne plaît guère aux élus (la “démocratisation” est toujours un bon argument).
Bref, si l’on prend en compte l’ensemble des données, j’ai l’impression que la bibliothèque a intérêt à jouer sur l’ouverture, même (surtout ?) si cela demeure illusoire (avec éventuellement des conditions d’accès différentes pour la réserve du fonds ancien).
*Un lecteur ne vient pas forcément voir un texte mais parfois un exemplaire. Il est donc inutile (pour ne pas dire plus) de lui interdire des photos sous prétexte qu’on trouve le “même livre” sur Gallica. 1/ On ne saura pas si c’est la même édition/émission qu’après avoir comparé les deux exemplaires. 2/ Si je viens chez vous, c’est précisément pour voir votre exemplaire.
*Quand un lecteur a traversé toute la France, voire l’Europe – avec ce que cela implique de dérangement et de coût – comprendre qu’il veuille “rentabiliser” sa venue.
Donc, en dehors des questions de sûreté et de conservation, ne pas lui refuser de livres. Interdire plus de 1-3 livres en consultations en même temps, cela se justifie pour les raisons sus-citées. En revanche, limiter le nombre de livres consultables par jour est incompréhensible.
La vie sur place
*Le lecteur est une tête de linotte. Il oublie ses affaires personnelles, de la plus importante à la plus superflue. Plutôt que de le fouetter en lui disant que c’est bien fait pour lui, pourquoi ne pas lui prêter ?
**Des piles (rechargeables) pour son appareil photo
**Un casque, pour écouter de la musique sur son ordinateur et faire abstraction de son environnement
**Une règle en fer plate (étalon pour les photos des livres), si possible avec le logo de la bibliothèque en question (le lecteur saura où il a pris cette photo et vous mettez votre établissement en valeur)
**Et bien sûr des crayons à papier (les archives royales des Pays-Bas les offrent en libre service : là encore, ça coûte très peu, donne une bonne image et diffuse l’image de l’établissement)
*Une bibliothèque est un lieu où on passe (souvent) beaucoup de temps. Des journées entières penchées sur des vieux bouquins. On a donc besoin d’un minimum de confort.
**Des chaises à la bonne hauteur pour tourner les pages du livre posé sur la table
**Si les photos se prennent à une place précise, l’installer près d’une fenêtre et mettre à disposition un bras télescopique où visser l’appareil. Si elles se prennent à la place de consultation et s’il n’y a pas de lampe en permanence, en prêter une que l’on branchera le temps de la prise de vue.
*Une prise de photographie n’abîme pas plus le livre qu’une consultation normale. Des conditions de consultation différenciées dans les deux cas ne me semblent pas nécessaires.
*Un lecteur utilise un ordinateur : il doit pouvoir le brancher facilement. Plusieurs prises ne sont pas un luxe (rechargement de piles, disque dur externe…)
*Je n’ai pas forcément de solution mais il est assez désagréable de recopier 15 fois de suite son nom (voire son adresse) sur des fiches de demande de documents. L’informatisation est bien sûr l’idéal (BSG, BnF…) mais on devrait sans doute pouvoir trouver des solutions plus pratiques pour les fiches sur papier.
D’une manière générale, partir du principe que les procédures ne sont pas descendues du Ciel gravées sur des tablettes divines mais qu’elles se fondent sur des choix et des décisions. Faire donc preuve de bon sens en n’appliquant pas les procédures si elles sont inutiles, dans un cas bien précis. Sauf dans quelques très grandes bibliothèques, la masse des lecteurs n’est pas telle qu’on ne puisse leur rendre un service personnalisé.
Et vous, y a-t-il d’autres choses que vous souhaiteriez ?
PS : Plus que sur mon expérience de conservateur, ces quelques humbles réflexions de bon sens se fondent sur mon expérience de lecteur dans diverses bibliothèques et services d’archives de Paris et de province. Je précise qu’en dehors de quelques cas précis [un magasinier prenant apparemment un malin plaisir à refuser une communication à 12h01 parce qu'elles s'arrêtent à 12h00, etc.], j’ai toujours été très bien reçu. Les quelques avanies que j’ai pu subir venaient généralement d’employés appliquant le règlement avec trop de zèle pour se couvrir, ce qui se règle aisément en discutant directement avec le responsable.



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