Colloque Bibliothèque de sociologie (3) : appel à communication

Bibliothèque de sciences humaines et sociales (UMS 3036, Paris Descartes & CNRS)
Service commun de la documentation de l’université Paris Descartes
CERLIS – Centre de recherche sur les Liens Sociaux (UMR 8070, Paris Descartes & CNRS)

Bibliothèque et production du savoir sociologique

Histoire et usages

de la bibliothèque de sociologie du CNRS

Colloque
Paris, 10-11 juin 2010

La Bibliothèque de sciences humaines et sociales Paris Descartes-CNRS, le Service commun de la documentation de l’université Paris Descartes et le CERLIS (Centre de recherche sur les Liens Sociaux) organisent, les 10 et 11 juin 2010, au centre universitaire des Saints-Pères et à la Sorbonne, un colloque consacré à l’histoire et aux usages de la bibliothèque de sociologie du CNRS, devenue la Bibliothèque de sciences humaines et sociales Paris Descartes-CNRS.

Au-delà du cas particulier de cette bibliothèque, il s’agira de contribuer à une meilleure connaissance des bibliothèques savantes en sciences humaines et sociales.

Magasins de la bibliothèque. Photo : C. Duteille (CC-BY-SA)

Ces journées d’études seront organisées autour de quatre axes, chacun pouvant être traités avec des méthodes et des approches différentes :

1/ L’institution et ses hommes

Un des premiers objectifs de ces journées de recherche est de contribuer à une meilleure connaissance des histoires institutionnelle et humaine des bibliothèques savantes, notamment dans le domaine des sciences humaines et sociales. L’histoire des bibliothèques françaises reste encore largement à écrire. Malgré la parution en 1992 du dernier volume de l’Histoire des bibliothèques françaises consacré au XXe siècle, nous disposons d’extrêmement peu de travaux scientifiques sur l’époque contemporaine. Parmi ceux-ci, une minorité est consacrée à des bibliothèques universitaires ou de recherche, qui demeurent extrêmement mal connues . Il s’agira notamment de replacer la bibliothèque de sociologie dans le contexte administratif et bibliothéconomique de l’époque en étudiant le fonctionnement interne de la bibliothèque (son personnel, son budget, son organisation) et ses relations à ses tutelles (CES, IRESCO etc. ; CNRS dans son ensemble ; rayonnement national ou international) à une période où la documentation universitaire peine à se mettre en place (les SCD ne sont créés qu’en 1984) et où le retard des bibliothèques de recherche françaises est patent.

2/ La bibliothèque et ses lecteurs

La bibliothèque est constituée pour que des lecteurs utilisent les ressources qu’elle offre. Or ces derniers sont relativement mal connus. Il convient donc d’analyser le lectorat d’une bibliothèque liée à un centre de recherche mais d’ampleur nationale : qui sont-ils ? pourquoi viennent-ils ? quelles sont leurs pratiques de fréquentation ? Que font-ils des livres et des espaces de travail offerts par les bibliothèques ?
Au delà des questions purement documentaires, une bibliothèque constitue un espace de sociabilité privilégié où des décisions d’ordre scientifiques ou administratives peuvent se prendre, loin des questions purement documentaires : elle constitue un lieu de rencontre entre lecteurs, ce qui devra également être étudié.

3/ La bibliothèque et la recherche

Les collections de la bibliothèque de sociologie, situées au cœur des laboratoires, ont une influence directe sur la formation intellectuelle des chercheurs qui la fréquentent et, par conséquent, sur leurs propres travaux. À une époque où la sociologie française se structure, dans le contexte de la Guerre froide où les oppositions idéologiques sont à leur acmé, la bibliothèque se doit de faire des choix qui ont une grande influence. Les collections sont-elles pour autant en phase avec la recherche sociologique internationale, française, des laboratoires proches, au cours des soixante ans de son existence ?
Eclairer l’histoire des bibliothèques savantes, c’est éclairer l’histoire des disciplines et des savoirs savants.

Envoi autographe de Raymond Aron à Maurice Halbwachs. Photo : R. Mathis (CC-BY-SA)

Envoi autographe de Raymond Aron à Maurice Halbwachs. Photo : R. Mathis (CC-BY-SA)

4/ Les collections et les services

La définition d’une bibliothèque a considérablement évolué au cours de la seconde moitié du XXe siècle, ce qui apparaît dans l’offre de services : elle n’est plus un reposoir de livres mais un organisme proposant de multiples facilités à un lectorat qu’il est nécessaire de connaître.
La collection, qui passe pour l’une des plus importante de France voire d’Europe, demeure néanmoins au centre des préoccupations, de sa constitution grâce aux dons de plusieurs importants sociologues (Halbwachs, Gurvitch…) à la politique documentaire actuelle prenant en compte l’environnement intellectuel de la bibliothèque.

La Bibliothèque de sciences humaines et sociales Paris Descartes-CNRS (UMS 3036), le Service commun de la documentation et le CERLIS invitent les chercheurs de tous les horizons à une réflexion interdisciplinaire, mêlant approches sociologiques, historiques et bibliothéconomiques.

Les archives de la bibliothèque, récemment triées, sont librement disponibles à la consultation (45, rue des Saints-Pères 75 006 Paris).

Comité d’organisation :
*Jean-Christophe Marcel (Paris-Sorbonne)
*Olivier Martin (Paris Descartes – CERLIS)
*Rémi Mathis (Paris Descartes – UMS 3036)

Comité scientifique :
*Anne-Marie Bertrand (Enssib)
*Sylvia Bozan (CNRS, UMS 3036)
*Jean-Michel Chapoulie (Paris I-Panthéon Sorbonne)
*Roger Chartier (Collège de France)
*Christian Jacob (CNRS)
*Jérôme Kalfon (Paris Descartes)
*Martine Poulain (INHA)
*François de Singly (Paris Descartes – CERLIS)
*Bernard Valade (Paris Descartes)

Les propositions de communication (1000 à 3000 signes) peuvent être adressées à Rémi Mathis (remi.mathis@parisdescartes.fr) avant le 31 mars 2010.

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Mission Tessier : derrière la question Google/Gallica

La mission Tessier a remis ce mardi 12 janvier son rapport au ministre de la Culture. Ses conclusions ne sont pas d’une grande originalité et viennent bien plutôt préciser les rapports de force politiques actuels sur la position à adopter vis-à-vis de Google et de Gallica.

Cela est certes très intéressant et j’espère faire le point dans un prochain billet.

Mais je crois que ce rapport est également important en ce qu’il participe du tournant qui est en train d’être pris dans les bibliothèques, en faveur des partenariats et de la dissémination des données.

Le rapport affiche rapidement la nécessité de prendre comme point de départ les pratiques réelles des internautes (p. 8), y compris en prenant en compte ces réseaux sociaux (p. 9) que certains battent froids ou considèrent comme peu sérieux.

C’est-à-dire que, contrairement à des pratiques encore trop répandues, on n’attende pas que le public daigne venir sur notre site (inconnu et mal fagotté) mais qu’on lui donne une véritable visibilité par de réelles actions.

Ceci pose donc la question de la place du patrimoine écrit sur Internet (p. 22) :

Il conviendra donc de veiller à ne pas numériser pour numériser, mais d’assurer l’accès à ces fonds numérisés, ce qui implique de réfléchir très en amont à la façon dont les documents pourront être trouvés, c’est-à-dire visibles, sur l’internet. Une réflexion approfondie sur l’ensemble des moyens permettant cette visibilité numérique (référencement, indexation, citations dans des blogs ou des sites communautaires, etc.) devra donc être engagée

Cela devra passer par un travail sur les outils qui existent actuellement. L’amélioration de l’ergonomie, de l’ »utilisabilité » de Gallica est nécessaire, par « de nouvelles fonctionnalités, davantage orientées vers les aspects participatifs et communautaires », pour qu’on puisse s’y balader et pas seulement aller chercher le livre dont on a besoin, en en frémissant d’avance. L’amélioration du moteur de recherche interne de Gallica (prévu) également : un de mes grands plaisirs, en bibliothèque, est de voir des employés vérifier que le livre que je demande n’est pas disponible sur Gallica [on ne va tout de même pas me le donner si un autre exemplaire est numérisé... des fois que je l'abîme]. Ils entrent alors « Andilly » dans la recherche auteur et trouve… rien. Il fallait taper « d’Andilly », sinon la recherche échoue. Sic.

Mais cela passera aussi par des pratiques qui se mettent actuellement lentement en place : l’acceptation que l’expertise sur les documents se trouve plus chez les milliers de lecteurs que chez les quelques bibliothécaires et, partant, la nécessité de permettre aux premiers d’enrichir description et organisation des documents.
L’auteur de ces lignes ayant eu l’honneur de négocier au nom de Wikimédia France (dont il est membre du CA ; en collaboration avec Alexandre Moatti) un accord avec la BnF, il vous en parlera bientôt.

Il est enfin nécessaire d’aller vers une mise à disposition la plus grande possible. Il convient pour cela de régler quelques difficultés juridiques comme celle des oeuvres orphelines (p. 12) mais dans le but d’une plus grande diffusion de ces oeuvres et non pour reprivatiser – cette fois-ci au profit de l’Etat – ce qui était libre auparavant. Il est agréable de voir que les membres de la mission pensent ainsi en termes d’ »usages légitimes ». Cela est piquant car on retrouve la notion états-unienne de fair use qui manque tant au droit français. On lit ainsi que ce ne serait pas forcément une mauvaise chose que de passer outre le droit des bases de données (derrière lequel se cache notamment la BnF pour protéger son coûteux travail de numérisation) pour permettre, selon les cas, le téléchargement systématique (p. 16).

Bref, conséquence de l’immixtion du politique dans les problématiques patrimoniales, la question de l’utilité sociale (et donc de l’utilisation) des fonds patrimoniaux des bibliothèques se retrouve sur le devant de la scène : les professionnels seront donc appelés à modifier leurs pratiques afin de s’adapter à celles d’un public à conquérir, ce qui peut être d’une très grande fécondité pour peu que les questions soient réellement posées (en dehors des a prioris idéologiques).

Ce rapport – ainsi que celui de l’été dernier sur la diffusion des oeuvres culturelles publiques – vont dans le sens d’un renouvellement des pratiques des professionnels du patrimoine écrit que j’appelle de mes voeux depuis quelques temps déjà, ce qui me réjouit…

***

Et puisque tout le monde semble soudainement passionné par le livre ancien : je vous livre un scoop. Vous voyez l’édition que Pierre Le Petit a donnée en 1671 des Confessions de Saint-Augustin dans la traduction de d’Andilly ? Eh bien, il n’y en a pas une mais deux.

Partager l’expertise

« Can you help? » n’est pas seulement le cri du touriste à la sortie du métro Palais-Royal – Musée du Louvre.

C’est également celui du bibliothécaire/bibliographe/chercheur qui a épuisé l’ensemble de la littérature spécialisée, est allée jusqu’à dépouiller les périodiques finnois de l’Entre-deux-guerres et se trouve obligé de confesser son impuissance. Et de faire appel à la cantonade afin de trouver de l’aide. Encore faut-il que la cantonade soit suffisamment nombreuse afin d’augmenter les chances de tomber sur la personne qui possède la réponse.

C’est pourquoi le site d’une grande association internationale est un endroit idéal. Cerl a donc depuis un certain temps mis en place une page spéciale destinée à ce type de requêtes.

Un exemple : vous tombez sur un tampon de ce type

Tampon G avec couronne (Photo : Renae Satterley)

La partie est bien mal engagée car, quand bien même vous pouvez indiquer dans quel livre vous avez tiré la photo, les indices sont minces et nombreux les noms de famille commençant par « G ». En désespoir de cause, vous postez la requête sur Cerl et là, miracle, il existe à la British Library un Guilford Project qui travaille sur les manuscrits de Frederick North, 5th Earl of Guilford, bibliophile et lettré romantique. John Goldfinch, qui s’occupe de l’ISTC à la British, met la personne sur cette voie et le tampon est rapidement identifié comme celui de la bibliothèque des comtes de Guilford (probablement Frederick).

Le système, qui fonctionne déjà depuis un certain temps, a récemment pris une nouvelle forme (2.0, si j’ose dire) avec possibilité pour les personnes intéressées de se créer un compte afin de se loguer et de participer à une discussion. Le système inclut une recherche en plein texte sur l’ensemble des pages et des discussions. Il s’agit finalement ni plus ni moins que d’un service de référence en ligne spécialisé et en vase clos.

Comme tous les systèmes communautaires, cela ne peut fonctionner que si le nombre de personnes jouant le jeu est suffisamment élevé mais, à l’heure où on accorde de plus en plus d’importance aux provenances, il serait dommage de n’y jeter pas un oeil de temps en temps.

Pourquoi n’avons-nous pas d’outils adaptés ?

Les personnes, qu’elles soient chercheuses ou bibliothécaires – en tout cas bibliographes – qui doivent régulièrement collationner des ouvrages le savent : la tâche est longue et fastidieuse. Pas seulement parce qu’on revient avec les mains toutes noires de la poussière qui s’est déposée lors des trois derniers siècles. Mais également car détecter des différences entre deux exemplaire est extrêmement difficile. Et pourtant, la détection de ces earmarks (euh, existe-t-il un terme français ?) est très utile pour s’assurer de l’appartenance de deux ouvrages à la même édition ou au contraire comprendre les méthodes de travail d’un atelier à partir des corrections sous presse.

Personnellement, je me borne à les relever sur les numéros de page et les signatures car il n’est tout simplement pas possible, en dehors d’une étude de longue haleine, de lire l’intégralité du texte de chaque exemplaire d’un livre.

Il existe pourtant des méthodes afin de collationner deux livres de manière plus ou moins automatisée. La plus ancienne est peut-être le collationneur Hinman [pas d'article sur la wikipédia francophone... soupir... : bon, je m'y collerai]. Inventé à la fin des années 1940 par Charlton Hinman, cette machine permet par un habile jeu de miroirs de superposer l’image de deux livres posés devant soi afin de faire apparaître les différences de composition : il a servi à des travaux de grande précision sur le folio de 1623.

Mais cela n’est pas très pratique. D’une part, la machine est complexe, coûteuse et fragile. D’autre part, elle ne permet de comparer que deux exemplaires présents dans une même bibliothèque. Or, on a surtout besoin de comparer un exemplaire de la BnF et un de la Méjanes (c’est un exemple) : étrangement, ces bibliothèques ne proposent pas le PEB sur les livres du XVIIe siècle…

En revanche, l’informatique vient encore une fois à notre secours. Rien de plus facile que de superposer deux photographies dans un logiciel de traitement d’image (The Gimp, Photoshop, etc.). Il faudrait peu de chose pour améliorer cela : une interface pratique qui fasse le travail de préparation/superposition des photos de manière rapide, comme cet outil utilisé pour comparer des photographies.

C’est ce sur quoi travaille actuellement un groupe de recherche du Center for Digital Humanities at the University of South Carolina, constitué à la fois d’informaticiens et d’historiens du livre et de la littérature (ainsi que d’étudiants). Le projet Sapheos va permettre de créer une interface qui facilitera ces comparaisons. Développé en opensource, le logiciel permettra de superposer des images même si leur taille et leur luminosité diffèrent, même si certaines pages sont courbes, etc.

[je vous conseille d'aller voir les captures d'écran sur leur site. Je ne les reproduis pas ici car cela serait contraire au droit d'auteur en l'absence de fair use dans le droit français. Le droit d'auteur à la française n'évolue pas car la plupart des gens s'assoient dessus et ne voient donc pas la nécessité de le réformer : personnellement, je décide de le respecter 1/car c'est la loi 2/pour montrer son absurdité dans de très nombreux cas]

Ne reste plus qu’à permettre aux lecteurs de prendre des photographies de bonne qualité, éventuellement grâce à un scanner en libre service. On en trouve désormais pour à peine 10 000 euros.

Tout cela est réjouissant et va dans le bon sens. Mais demeure tout de même une question : pourquoi avons-nous dû attendre 2010 pour disposer de cet outil ? Et pourquoi dépend-on des Etats-Unis pour cela ? Les bibliothèques ne devraient-elles pas aussi être des centres de recherche et développement afin de mieux servir le lecteur et de soi-même disposer des outils nécessaires à son travail ?

[Billet largement écrit à partir d'une discussion sur la liste Exlibris]

[brève] Accord Google/BM de Lyon : l’essentiel

Ceci est un petit résumé du CCTP, à destination des personnes étranges qui ne prendraient aucun plaisir à la lecture des cahiers des charges…

*Généralités
Le contrat porte sur 450 000 à 500 000 ouvrages (= titres ou =volumes ?) sur 10 ans (art.2)
La numérisation doit commencer dans les 18 mois suivant la notification du marché et les 200 000 premiers ouvrages doivent être numérisés dans les 4 ans (art.3)
Elle a lieu dans un lieu secret situé à moins de 50km de Lyon (art.4)

*Traitement de l’opération

*Google ne numérisera pas une partie des pages, elle peut notamment laisser de côté les pages déchirées et les cartes et documents dépliants (art. 14). Sauf si la BML compte effectuer des scans supplémentaires, cela voudrait dire que la consultation de l’exemplaire numérisé ne suffira pas à une personne intéressée et qu’il faudra tout de même parfois recourir à l’original… qu’on nous refusera puisque l’ouvrage aura été numérisé.

*Les documents seront numérisés à la fois en mode image et texte. Problème : il est seulement indiqué que le logiciel d’OCR doit être « performant ». Le flou dans le vocabulaire, alors qu’il est aisé de parler en pourcentage de caractères reconnus, laisse craindre que ce ne soit guère le cas. En tout cas, pour l’instant, les résultats sont très mauvais sur les typographies du XVIIe s. (art.14)

*Les ouvrages ne seront pas absents plus d’un mois de la BML, ce qui limitera leur indisponibilité pour les lecteurs (art.8)

*Les conditions habituelles de conservation devront être respectées et des précautions sont prises lors du transport et de la numérisation elle-même (art.5-7 et 12)

*La BML accepte étrangement que les fichiers ne leurs soient pas forcément donnés en format TIFF. Le JPEG est accepté !

*Les fichiers remis à la BML ne devront pas comporter de filigrane ou de marque de Google

*Google paye 0,64 euros pour création de méta-données bibliographiques dans la limite de 25 000 titres (art. 16). Manière de pallier les éventuelles insuffisances du catalogue de la BML ?

*Un contrôle qualité a lieu mais il n’est pas contraignant : Google ne renumérise que si les deux parties en sont d’accord (art. 18), de même pour la qualité de la mise en ligne.

*Absolument tous les coûts sont à la charge de Google (art. 19)

*Consultation de la bibliothèque numérique

*Google remet à la Ville de Lyon un exemplaire des fichiers créés, accompagnés des métadonnées afférentes.

*La consultation est prévue selon deux modalités (art. 20). D’une part les fichiers seront intégrés à Google Recherche de livres. D’autre part Google propose à la BML une solution clef en main pour la consultation sur internet des ouvrages numérisés. L’entreprise états-unienne décide alors de tout : « Les fonctionnalités, le design et le contenu de ce service hébergé restent entièrement sous le contrôle du titulaire [Google]« 
Seule assurance, une recherche avancée est prévue et l’on pourra rechercher à la fois en plein texte et par les métadonnées bibliographiques. Ce portail doit fonctionner 6 mois après le début des opérations de numérisation, donc en 2010.

*Un lien sera établi vers le catalogue de la BML (art. 21)

*Clauses juridiques

*Google a l’exclusivité de la numérisation sur les livres qui lui sont confiés (sauf exception, au cas par cas, dans le cadre des services habituels au lecteur) (art. 24). Il a également l’exclusivité de leur exploitation commerciale pour un temps donné.

*La Ville de Lyon dispose librement des fichiers et des métadonnées attachées, et peut en faire ce qu’elle veut, notamment créer sa propre bibliothèque numérique. Elle peut permettre des téléchargements de pages à l’unité mais doit mettre en oeuvre des solutions pour s’opposer au téléchargement de « parties substantielles » de la base.
Cela pose le problème du statut juridiques des scans. Si des droits existent sur les métadonnées et sur l’ensemble de la bibliothèque en tant que base de données, je ne vois pas de quels droits Google pourrait disposer sur les scans eux-mêmes.

*La Ville de Lyon peut conclure des partenariats à des fins éducatives ou de recherche. Si elle veut coopérer à plus grande échelle, elle doit demander l’accord de Google

Pour un identifiant des éditions anciennes

Les lecteurs de ce blog auront certainement compris qu’une de mes ambitions est de faire entrer le traitement du livre ancien dans le champ des digital humanities.

Autant l’on pouvait se permettre de cataloguer chacun de son côté au grâcieux temps de Léopold Delisle, autant il me semble que la mise en ligne des catalogues est cruel pour les bibliothèques patrimoniales. Précisément parce que le catalogage est éclaté et qu’en dehors de quelques projets qui me tiennent à coeur (le STCN néerlandais par exemple), il n’existe pas de coordination nationale et encore moins internationale.

Assurément, des règles de catalogage existent (ISBD(A) ; Afnor Z 44-074) mais elles ne sont pas suffisantes et, partant, sont adaptées ici et là en fonction des besoins et des possibilités en main d’oeuvre et en temps. On obtient donc une grande diversité des descriptions actuelles ; plus grande encore si l’on veut bien considérer qu’un très grand nombre de notices provient de la rétroconversion rapide de fichiers du XIXe siècle.

Or, en informatique, il faut que chaque objet soit clairement identifié. Il est très difficile sans cela de créer des liens entre ces objets. C’est pourquoi par exemple les articles de revues scientifiques possèdent un « doi« . Il est plus facile d’identifier automatiquement un article par une courte suite de caractères que par nom de l’auteur + titre de l’article + titre de la revue + numéro + pages, le tout non normalisé. Et c’est donc pourquoi, quand Persée numérise des revues, elle attribue de manière rétrospective des « doi » aux articles.

Pour les livres paraissant actuellement, cet identifiant est l’ISBN. Ce dernier ne correspond pas précisément à une édition (les versions brochée et reliée d’une même édition possèdent des ISBN différents, par exemple) mais permet l’automatisation voulue : cliquez sur l’ISBN indiqué après le titre sur la liste des publications d’un auteur dans Wikipédia et vous obtiendrez une page vous permettant de chercher cet ouvrage dans la plupart des bibliothèques et librairies du monde. Imaginons une grande bibliothèque numérique comprenant des centaines de milliers d’ouvrages récents identifiés par leur ISBN, il est possible d’établir des liens entre les ouvrages à chaque fois qu’un livre en cite un autre, puis de déterminer combien de fois et par qui un titre est cité. Ce système est, dans le domaine scientifique, à la fondation de la bibliométrie, ensemble de techniques consistant à déterminer la visibilité (l’importance ?) d’un article en fonction des citations qui en sont faits puis, à plus petite échelle, le « facteur d’impact » d’une revue. Ce qui peut être contestable quand il s’agit d’évaluer des chercheurs à la seule lumière de ces chiffres mais ce qui nous dessine une extraordinaire carte des influences dans le monde scientifique.

Revenons au livre ancien. Les problématiques sont exactement les mêmes. À ceci près que les bibliothèques numériques existent déjà ou sont en voie de constitution rapide.
*Donner des identifiants (uniques, au niveau mondial) aux livres permettrait de reconstituer ces réseaux visibles par l’étude des citations : que de découvertes pourrions-nous alors faire ! combien plus rigoureux seraient alors les travaux d’histoire culturelle !
*Ils permettraient la création d’un méta-catalogue permettant de retrouver en un clic tous les exemplaires d’une édition/émission dans les bibliothèques du monde entier.
*Cela permettrait à une petite bibliothèque de se rattacher à cet identifiant et donc de bénéficier du travail de catalogage fin des grandes bibliothèques spécialisées (partons du principe que les descriptions seraient placées sous une licence libre) qui y gagneraient, elles, en visibilité et en influence. Donc, de semi-automatiser le catalogage du livre ancien.
*etc. ?

La bibliographie descriptive serait une matière morte.

On pourrait enfin travailler de manière rigoureuse et sérieuse sur les fonds anciens.

Attribuer un identifiant à un exemplaire nécessite néanmoins que l’on puisse se rattacher, en toute connaissance de cause et sans erreur possible, à une émission. Cela signifie utiliser l’empreinte typographique, à mon humble avis trop peu utilisée alors qu’elle constitue l’élément le plus important de la description pour le bibliographe. Nous en parlerons bientôt.

La bibliothèque idéale (pour un lecteur)

L’accès aux livres et autres documents

*Je suis assez sceptique sur les lettres de recommandation et autres laissez-passer.

Je me trompe peut-être mais il ne me semble pas que les non-universitaires non-étudiants se pressent pour consulter les fonds anciens. En tout cas pas suffisamment pour mettre en danger la conservation des ouvrages. L’indifférence d’une part, la crainte de n’être pas à sa place dans ce lieu intimidant évitent que les foules des supermarchés se déversent dans les salles d’étude des BM. Si quelqu’un a déjà vu une bande de potes bourrés venir consulter le samedi après-midi, pour se marrer, une édition du XVIe, les doigts pleins de kebab, qu’il me le signale.

En retour, accueillir le lecteur sans questions inquisitrices, dans une relation débarrassée des tensions et de la crainte du jugement me semble particulièrement important. Sans compter la nécessité de justifier le coût de ces fonds qui paraissent souvent élitistes, ce qui ne plaît guère aux élus (la « démocratisation » est toujours un bon argument).

Bref, si l’on prend en compte l’ensemble des données, j’ai l’impression que la bibliothèque a intérêt à jouer sur l’ouverture, même (surtout ?) si cela demeure illusoire (avec éventuellement des conditions d’accès différentes pour la réserve du fonds ancien).

*Un lecteur ne vient pas forcément voir un texte mais parfois un exemplaire. Il est donc inutile (pour ne pas dire plus) de lui interdire des photos sous prétexte qu’on trouve le « même livre » sur Gallica. 1/ On ne saura si c’est la même édition/émission qu’après avoir comparé les deux exemplaires. 2/ Si je viens chez vous, c’est précisément pour voir votre exemplaire.

*Quand un lecteur a traversé toute la France, voire l’Europe – avec ce que cela implique de dérangement et de coût – comprendre qu’il veuille « rentabiliser » sa venue.
Donc, en dehors des questions de sûreté et de conservation, ne pas lui refuser de livres. Interdire plus de 1-3 livres en consultations en même temps, cela se justifie pour les raisons sus-citées. En revanche, limiter le nombre de livres consultables par jour est incompréhensible.

La vie sur place

*Le lecteur est une tête de linotte. Il oublie ses affaires personnelles, de la plus importante à la plus superflue. Plutôt que de le fouetter en lui disant que c’est bien fait pour lui, pourquoi ne pas lui prêter ?
**Des piles (rechargeables) pour son appareil photo
**Un casque, pour écouter de la musique sur son ordinateur et faire abstraction de son environnement
**Une règle en fer plate (étalon pour les photos des livres), si possible avec le logo de la bibliothèque en question (le lecteur saura où il a pris cette photo et vous mettez votre établissement en valeur)
**Et bien sûr des crayons à papier (les archives royales des Pays-Bas les offrent en libre service : là encore, ça coûte très peu, donne une bonne image et diffuse l’image de l’établissement)

*Une bibliothèque est un lieu où on passe (souvent) beaucoup de temps. Des journées entières penchées sur des vieux bouquins. On a donc besoin d’un minimum de confort.
**Des chaises à la bonne hauteur pour tourner les pages du livre posé sur la table
**Si les photos se prennent à une place précise, l’installer près d’une fenêtre et mettre à disposition un bras télescopique où visser l’appareil. Si elles se prennent à la place de consultation et s’il n’y a pas de lampe en permanence, en prêter une que l’on branchera le temps de la prise de vue.

*Une prise de photographie n’abîme pas plus le livre qu’une consultation normale. Des conditions de consultation différenciées dans les deux cas ne me semblent pas nécessaires.

*Un lecteur utilise un ordinateur : il doit pouvoir le brancher facilement. Plusieurs prises ne sont pas un luxe (rechargement de piles, disque dur externe…)

*Je n’ai pas forcément de solution mais il est assez désagréable de recopier 15 fois de suite son nom (voire son adresse) sur des fiches de demande de documents. L’informatisation est bien sûr l’idéal (BSG, BnF…) mais on devrait sans doute pouvoir trouver des solutions plus pratiques pour les fiches sur papier.

D’une manière générale, partir du principe que les procédures ne sont pas descendues du Ciel gravées sur des tablettes divines mais qu’elles se fondent sur des choix et des décisions. Faire donc preuve de bon sens en n’appliquant pas les procédures si elles sont inutiles, dans un cas bien précis. Sauf dans quelques très grandes bibliothèques, la masse des lecteurs n’est pas telle qu’on ne puisse leur rendre un service personnalisé.

Et vous, y a-t-il d’autres choses que vous souhaiteriez ?

PS : Plus que sur mon expérience de conservateur, ces quelques humbles réflexions de bon sens se fondent sur mon expérience de lecteur dans diverses bibliothèques et services d’archives de Paris et de province. Je précise qu’en dehors de quelques cas précis [un magasinier prenant apparemment un malin plaisir à refuser une communication à 12h01 parce qu'elles s'arrêtent à 12h00, etc.], j’ai toujours été très bien reçu. Les quelques avanies que j’ai pu subir venaient généralement d’employés appliquant le règlement avec trop de zèle pour se couvrir, ce qui se règle aisément en discutant directement avec le responsable.

L’écartèlement du patrimoine écrit

Le décret qui règle la nouvelle organisation du ministère de la Culture est paru au Journal officiel du 15 novembre. Comme prévu, il est créé un secrétariat général et trois directions générales, qui regroupent les nombreuses anciennes directions et délégations.

L’ancienne direction des archives de France (DAF) disparaît et les compétences de l’Etat en matière d’archives font désormais partie de la direction du patrimoine.
Ce n’est peut-être pas le rôle d’un blog sur le patrimoine de rappeler cela mais penser que les archives ne relève que du patrimoine est extrêmement réducteur : les archives sont avant tout des documents dont l’utilité est juridique. Ce n’est presque que par hasard que les plus anciens de ces documents deviennent « patrimoniaux ». Certains pensent donc qu’un rattachement de la DAF au Premier Ministre (comme la Documentation française et le Journal officiel) serait plus pertinent.

D’autre part, la direction du livre a causé bien des soucis. Car le livre, c’est à la fois du patrimoine, de la création et un média. Il aurait pu appartenir aux trois directions générales. Mais démembrer l’ancienne Direction du livre et de la lecture aurait été peu pertinent.
Les compétences de l’Etat en matière de livre ont donc été confiées à la direction des médias. L’incohérence n’est d’ailleurs pas cachée puisque cette direction générale a clairement le patrimoine des bibliothèques dans ses missions : « Elle veille à la conservation, à l’enrichissement et à la valorisation du patrimoine des bibliothèques et des médiathèques. Elle exerce le contrôle technique de l’Etat sur les bibliothèques et les médiathèques des collectivités territoriales. » (titre I) et « Elle exerce le droit de préemption prévu par le code du patrimoine » (titre II).

On dira que cela n’est pas pire qu’au temps où DLL et DAF coexistaient. Certes mais à présent, ces anciennes directions sont en plus noyées dans de grandes structures où leur survie est loin d’être assurée. Les bibliothèques seront gérées avec le cinéma, les journaux et le disque. Les archives avec les musées et l’architecture…

Avec de plus le risque de creuser un peu plus la distinction stupide qui existe encore dans bien des esprits entre patrimoine et création en créant des directions distinctes (et forcément concurrente lors de la répartition des budgets). Comme si le patrimoine n’était pas de la création ancienne, comme si la création actuelle n’était pas appelée à devenir patrimoine un jour, comme si la création ne se nourrissait pas du patrimoine, comme si le patrimoine était abandonné et déconnecté de la société actuelle. Bref, comme si on vivait dans un présentisme perpétuel sans recul.

[brève] Mais quelle bibliothèque universitaire négocie avec Google ?

Auditionné le 7 octobre par la commission de la Culture du Sénat, Bruno Racine indique : « la Bibliothèque de Lyon est la seule bibliothèque municipale [française] à avoir conclu un accord avec Google mais des négociations sont en cours avec une bibliothèque universitaire ».

Peut-être suis-je passé à côté d’une information mais je ne crois pas qu’on en ait beaucoup parlé.
De quelle bibliothèque peut-il s’agir ? Les BU possédant un fonds ancien conséquent ne sont pas légion. La BIUM (et l’Académie de médecine), l’INHA et Cujas numérisent elles-mêmes ; la Mazarine, la BSG et la Sorbonne semblent parties sur un projet commun…

Alors qui reste-t-il ? la BNUS ? le Collège de France ? La BIU-LSH et Lyon 1 ? le SICD de Toulouse ? Montpellier ?

[brève] Les dessous de l’accord entre la BM de Lyon et Google seront [peut-être] connus

On a beau savoir qu’il est toujours mieux d’être riche et en bonne santé que pauvre et malade, cela fait toujours plaisir quand l’Etat républicain rappelle à la loi ceux qui prétendent s’en affranchir. Or, une des règles de base de l’administration française est la publicité de son action. Les fonctionnaires agissent dans la transparence et tout citoyen peut veiller à la bonne utilisation de ses impôts.

Comme les choses ne vont pas forcément de soi, il existe une autorité administrative indépendante, la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) – bien connue des archivistes – qui a pour mission de contrôler cette accessibilité. Et éventuellement de conseiller à une administration de permettre la consultation de certains actes.

Ainsi, quand une grande bibliothèque de province signe un accord avec un prestataire étranger pour numérisation de son fonds, elle passe un marché public « soumis au droit d’accès institué par la loi du 17 juillet 1978 ». Les clauses de confidentialité contractuelles n’ont donc pas de valeur légale.

Un journaliste de Livres Hebdo vient ainsi d’obtenir un avis favorable de la CADA pour consultation de l’acte d’engagement et du cahier des clauses techniques particulières de l’accord signé entre la BM de Lyon et Google, car ces deux documents n’entrent pas dans le cadre des renseignements qui peuvent légalement rester confidentiels (moyens techniques et humains, certification, coordonnées bancaires…).

Mais la CADA ne rend que des avis : le journaliste en question possède certes des arguments supplémentaires pour appuyer sa demande mais rien n’indique quelle pourra être la réaction de la mairie de Lyon. Les documents obtenus ne permettront pas non plus de connaître l’ensemble des caractéristiques de l’accord.

On peut donc seulement compter sur la bonne volonté de la Ville et de la BM de Lyon, qui ne peuvent cependant que difficilement faire fi des clauses de confidentialités du contrat signé (même si ces dernières ne sont pas légales). Et même si l’obscurité caligineuse de ce contrat est, en terme d’image, assez désastreuse pour la bibliothèque.

Sources : Livres Hebdo ; Actualitté

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